‹ Cours de physiologieChapitre 52 sur 60 · C-') Malpighi, foc. cit., p · texte numérisé non relu

C-') Malpighi, foc. cit., p

W DK I.A niOICSTION.

du tympan, branche du hcUï\ cl quelques fiicis du /^r/^ supérieur, branche du pneumogastrique (je néglige les filets du grand sympathique); sur ces cinq nerfs, dis-je, il n'y en a qu'un qui soit affecté aux mouvements de la langue : c'est le nerf hypoglosse.

Je rapporte à six chefs les preuves de celle assertion. Ces preuves, en effet, se tirent, 1° des propriétés motrices du nerf envisagé en général; 2° de sa distribution au tissu musculaire de la langue et non à sa membrane tégumenlaire; 3° de ce que l'irritation du nerf détermine des convulsions dans la langue; 4° de ce que sa section sur les animaux vivants anéantit complètement les mouvements de cette partie; 5° de ce que sa lésion pathologique sur l'homme produit le même résultat; 6° de ce que les lésions des autres nerfs, soit dans les vivisections, soit par accidents pathologiques, laissent les mouvements parfaitement intacts , tant que l'hypoglosse n'est pas lésé.

Les trois premiers arguments plaident seulement en faveur de la proposition que le nerf hypoglosse exerce une influence motrice sur la langue; les trois derniers arguments démontrent que seul il jouit de cette prérogative. Passons rapidemment en revue les uns et les autres.

1° Je renvoie à la partie où je traiterai de la physiologie des nerfs pour la démonstration que l'hypoglosse est exclusivement moieur.

2° La portion terminale de l'hypoglosse dans la langue s'épuise dans le système musculaire après avoir formé des plexus nombreux (1), ou, d'après M. Iluguier, des anses anastomotiques décroissantes, comme celle des artères mésenlériques (2), disposition que nous retrouverons dans d'autres nerfs moteurs. Ce n'est pas qu'on n'ait à diverses époques , et en négligeant la doctrine judicieuse de Galien (3) et de presque toute l'antiquité sur ce nerf; ce n'est pas, dis-je, qu'on n'ait pré-

Ci) Valentin , Encyclopédie anat., t. IV, p. 473 et 474.

(2) Communication orale.

(3) De Usu parlium, liv. ix,chap. 13.

tendu que ses derniers filets atteignaient les papilles. La réfutation de celle erreur introduite dans la science par Boerhaave (1), récemment reproduite par M. Ribcs('2), trouvera place dans l'histoire du goût. Qu'il me suffise de dire ici que s'il arrive parfois (et pour ma part je n'ai jamais vu cela) que des filets détachés de l'hypoglosse gagnent la muqueuse linguale, ces filets proviennent de l'anastomose du lingual avec l'hypoglosse sur le muscle hyo-glosse. Le nerf hyo-glosse , après se les être accolés, les rend à leur destination. C'est ainsi qu'on voit quelquefois le nerf facial, qui est moteur, restituer à la peau quelques-uns des filets de la cinquième paire qu'il s'était accolés au voisinage de l'oreille. Il y a longtemps déjà que j'ai donné cette explication (3).

3° L'irritation du nerf hypoglosse détermine des contractions ou amène des convulsions dans la langue. C'est avec le galvanisme surtout qu'il convient d'exciter l'action du nerf. Richerand (4), qui, le premier, eut l'idée de soumettre à cette action les nerfs de la langue, avait mal institué l'expérience, puisqu'il plaçait une des armatures sur le nerf et l'autre sur la langue, ce qui devait susciter des contractions, quel que fût le nerf rais en expérience. Il faut, pour obtenir des résultats concluants, couper le nerf en travers , et mettre le bout qui tient à la langue en contact avec les deux pôles de la pile, sans que la langue soit dans le circuit; alors l'action propre du nerf fait contracter les muscles, si le nerf est moteur. L'expérience a été ainsi faite, comparativement», sur les trois principaux nerfs de la langue par M. Longet , et il n'a obtenu de secousses convulsives que par l'excitation du nerf hypoglosse (S).

(1) Institutiones rci medicœ , n° 486.

(2) Exposé sommaire des recherches faites sur quelques parties du cerveau, elc. ( Gaz. méd., 183J', p. 213 et 214).

(3) Sur les fondions du nerf facial et la paralysie de la face {Journal des connaissances médico-chirurgicales, juiu 1835, p. 358 ).

(4) Éléments de physiol., 10e édit., p. 286.

(5) Anat. et physiol. du système nerveux, elc, t. II, p. 488.

000 DK LA DIGESTION.

Les irritations mécaniques donnent des résultats qui concordent avec ceux que je viens d'exposer. Panizza, ayant dénudé sur des animaux vivants le nerf hypoglosse , a vu que chaque fois qu'on le piquait avec la pointe des ciseaux , la langue remuait (1). MM. Guyot et Cazalis (2) ont aussi observé que le pincement et le tiraillement de l'hypoglosse causaient des mouvements convulsifs dans la langue.

4° C'est au professeur Panizza (3) que Ton doit les détails les plus intéressants sur les effets de la section des nerfs hypoglosses; non-seulement il a constaté la paralysie complète du tissu musculaire de la langue, mais il a fait un tableau très-vrai de l'état de l'animal qui a subi cette mutilation. Cet animal, après avoir été affamé par un jeûne préalable, se consume en efforts impuissants pour faire son profit de la nourriture qui est mise à sa portée. Est-ce un aliment liquide qui lui est présenté, du lait, par exemple; le chien fait avec la tète et les mâchoires la pantomime d'un animal qui lappe, mais il manque à celte opération l'agent indispensable , la langue ne sort pas de la bouche. D'ailleurs, elle demeure immobile en quelque position qu'elle se trouve. A-t-on donné du pain trempé dans du lait; l'animal, qui peut encore le saisir avec les mâchoires, parvient même à je réduire en parcelles, mais la langue refusant son office, les parcelles s'échappent de la bouche aussi souvent qu'elles sont reprises. Que si l'on plaçait à la face supérieure de la langue un bol alimentaire, il ne serait pas mieux avalé, il ne serait pas même mâché , car la langue ne pourrait le présenter aux arcades alvéolaires; ce bol alimentaire s'échapperait de la bouche, ou bien il se placerait entre la langue et l'arcade dentaire, sans que l'animal puisse l'en déloger. S'il arrive que les mouvements de la tète ou l'action de la pesanteur fassent pendre la langue de

(I) Ricerehe spcrimentali sopra i nervi; Paris , 1831, et Gaz. méil., 1835, p. 1i'J.

(2, Séance de l'Académie des sciences du 21 janvier 1839. (3) Loc. cit.

l'un ou de l'autre côté de la bouche, l'animal ne peut plus la rentrer. Si on la renverse dans la bouche, ce n'est qu'en secouant la tète qu'il parvient à la redresser.

Disons, de suite, que cette langue, iuhabile à se mouvoir, n'est pas paralysée pour les saveurs ; car si on la touche avec une solution de coloquinte , l'animal donne des signes évidents de dégoût. Cette langue n'a pas perdu non plus la sensibilité générale, car, si on la pique , l'animal crie; il crie encore lorsqu'il lui arrive de rapprocher les mâchoires alors qu'elle est pendante dans leur intervalle.

Je citerai aussi avec éloge les expériences de Guarini , consignées dans sa dissertation inaugurale , et rappelées par lui dans un travail dont je vous entretiendrai bientôt (1). Lorsque après la section des deux hypoglosses sur un chien, l'animal ne pouvait plus ramener, dans sa bouche, sa langue qui s'en était échappée , Guarini obtenait peu à peu la réduction de l'organe en le soumettant à des piqûres. Un autre chien , dont la langue était pendante après la section de ses nerfs moteurs, ayant été tenu les mâchoires immergées dans de l'eau et immobiles, la langue ne communiqua aucun mouvement au liquide (2).

ô° Les observations de lésions organiques du nerf hypoglosse sont beaucoup plus rares que celles qui concernent le nerf facial ou la cinquième paire. J'ai l'habitude de citer ici , depuis 1833, un fait très-concluant, qui a été l'objet d'un mémoire présenté par M. .Montault (3) à l'Académie de médecine. Un kyste hydatique, situé dans la fosse occipitale gauche, envoyait, dans le trou condylien antérieur, un prolongement qui avait atrophié le nerf hypoglosse et ses radiations jusque clans le tissu musculaire de la langue. Or, non-seulement la langue était complètement paralysée du mouvement à gauche, mais, de ce côté, le

(1) Annali universali di medieina, 1842, vol. Cil, 3e série, n° 6 p. 291.

(2) Loc. cit., p. 315.

(3) Archives générales de médecine, 2e série, t. I , p. 434.

658 DE LA DICESTION.

tissu musculaire, condamné à l'inactivité, avait subi une telle réduction de volume que la langue, flasque, mince et ridée, y paraissait réduite à son étui membraneux. Les trois chefs de service dont le malade avait successivement reçu les soins ( Dupuytren, MM. Rostan et Gendrin) avaient constaté que ce côté de langue, atrophié et paralyse du mouvement, avait conservé la sensibilité tactile et générale , ainsi que la sensibilité gustalive.

Je citerai plus loin , d'après M. Jobert, un second cas de pa ■ ralysie de la langue par compression des hypoglosses.

6* La section, la compression, la dégénérescence du lingual et du glosso-pharingien , ne causent pas la paralysie des muscles de la langue. L'irritation de ces nerfs ne détermine pas de convulsions dans cet organe: cela sera prouvé ailleurs.

Je poserai ici une question dont la solution offre quelque intérêt : Le nerf hypoglosse suffit-il pour toutes les contractions des muscles de la langue, quel que soit le but à atteindre par ces contractions ?

1° IN ul doute qu'il ne préside à ceux des mouvements de la langue qui sont en rapport avec la mastication , car nous avons vu qu'après la section de ce nerf, la langue ne présentait plus l'aliment aux dents, et qu'elle ne savait plus reprendre ce qui était tombé en dedans des arcades alvéolaires.

2° Il est certain aussi que le nerf hypoglosse tient sous sa dépendance les mouvements par lesquels la langue concourt à la préhension de l'aliment. En effet , l'action de lapper est un mode de préhension des liquides , et nous avons vu que le chien ne pouvait plus l'effectuer. D'une autre part, Panizza a observé que chez le mouton , la section des hypoglosses empêche l'animal de saisir les brins d'herbe avec la langue, pour les introduire dans sa bouche. Le résultat serait encore plus marqué chez le bœuf.

3° Le temps de ia déglutition, auquel la langue prend part . devient également impossible si les nerfs hypoglosses sont coupés. L'aliment mis sur le dos de la langue ne peut être avalé ; il faut le pousser jusque dans le pharynx, ou que le poids de Gel aliment l'y fasse pénétrer pour que la déglutition s'opère; encore.

dans ce cas, s'opère-l-ellc mal , car faute de résistance en avant , les muscles du pharynx repoussent par l'isthme du gosier, que la langue ferme mal , une partie de la matière alimentaire.

4° On ne peut supposer que pour concourir à la succion, ou à la sputation , les muscles de la langue soient animés par un autre nerf que l'hypoglosse.

5° Restent enfin les contractions qui ont pour objet la parole. M. Guarani (1) a émis , dans ces derniers temps, l'opinion singulière que les faisceaux musculaires de la langue, qui prennent part à l'articulation des sons, reçoivent l'excitation qui les fait se contracter, non de l'hypoglosse, mais de la corde du tympan. Les expériences sur lesquelles il s'appuie sont faites sur des brebis, ce qui ne vous paraîtra peut-être pas très-concluant, eu égard à la chose qu'il s'agit de prouver. M. Guarini affirme que si la section du nerf hypoglosse paralyse les mouvements de totalité de la langue, elle laisse subsister les mouvements intrinsèques dus au muscle lingual (2). La corde du tympan aboutit à ce muscle , suivant M. Guarini , et tout le monde sait que le nerf facial, dont elle provient, est un nerf moteur.

Voici le précis de ses expériences. Un animal est décapité , sa tête est fendue sur la ligne médiane, ainsi que sa langue et sa mâchoire inférieure. On attend que les muscles aient cessé d'être agités de contractions spasmodiques et que tout soit entré en repos. Alors on soumet à l'action d'une pile bornée à huit ou neuf couples les nerfs dont on veut étudier l'action. Un des fils de la pile est en communication directe avec ce nerf ; l'autre fil est implanté dans la partie antérieure de la langue (3). Si l'on a agi

(1) Annali univcrsali cli medicina, 1842, vol. Cil, 3e série, n° 6, p. 291.

(2) 11 faudrait aujourd'hui préciser davantage et dire ce qu'on entend par muscle lingual. Pour M. Guarini, cela paraît être le lingual de nos auteurs classiques et non tous les linguaux.

(3) Loc. cit., p. 319 et 320,

sur le nerf hypoglosse, la langue se meut avec une grande vitesse; elle se porte en arrière, en avant, en bas, en haut. Pendant ce temps, la partie moyenne de la langue n'est le siège d'aucunes contractions. Si l'expérience est faite sur le facial, la langue se porte immédiatement en haut et en arrière, puis en bas, puis de nouveau eu haut; elle exécute en outre une sorie de mouvement veriniculaire dépendant de la contraction du muscle lingual. Ainsi le nerf facial agirait par la corde du tympan sur le muscle lingual et sur le muscle slylo-glosse.

M. Guarini conclut que l'hypoglosse préside aux mouvements de totalité de la langue , et la corde du tympan aux mouvements intrinsèques (I), et que l'usage du muscle lingual, animé par ce dernier nerf, est de produire les modifications infinies de forme par lesquelles la langue concourt à la production de la parole (2). Après avoir à grand'peine , et non sans danger de mort pour l'animal (3), coupé les deux cordes du tympan, M. Guarini, qui n'avait pas encore eu l'idée de recourir au galvanisme, a vu la langue conserver sa mobilité; mais le chien, qui avalait bien de petits morceaux de viande, ne pouvait plus boire (4).

Enfin la langue reste immobile pendant qu'on galvanise la cinquième paire ou le glosso-pharyngien.

J'ai plusieurs objections à faire à l'opinion que je viens d'exposer. Les paralysies du nerf facial, qui sont si communes, ne s'étendent pas au lissu musculaire de la langue, et si l'articulation est quelquefois empêchée dans ces paralysies, c'est le défaut d'action d'une moitié des lèvres qui en est cause. D'une autre part , la parole était gênée chez le malade , qui avait une atrophie de l'hypoglosse (voyez page 657). Elle était abolie dans le cas

(1) Loc cit., p. 327.

(2) Loc. cit., p. 328.

(3) M. Guarini ne s'était pas avisé, comme l'a fait plus récemment .V. Bernard, de couper ce nerf dans la caisse du tympan.

(4) Loc. cif.jp. 3JG.

DE LA MASTICATION. 6(j I

suivant , que rapporte en ces termes M. Jobert : « J'ai eu occasion d'observer une femme chez laquelle les deux nerfs grands hypoglosses avaient été comprimés de manière à produire graduellement l'abolition de la parole. L'ouverture du cadavre me permit de reconnaître que les nerfs avaient été réellement pressés au point d'interrompre toute communication avec les renflements nerveux, et d'anéantir, ainsi, clans la langue , toute faculté de contraction» (1). Les anatomistes les plus exacts dérivent de l'hypoglosse et non de la corde du tympan le nerf du muscle styloglosse. Enfin, je ne regarde pas comme une bonne expérience de galvanisme celle dans laquelle un des fils de la pile est piqué dans la langue : le courant galvanique pouvant, dans ce cas, causer directement la contraction du tissu musculaire de la langue sans aucune intervention des troncs nerveux. Je suis même étonné que l'expérience pratiquée sur le lingual et le giosso-pharyngien n'ait pas suscité de mouvements des muscles linguaux, car elle en avait produit dans les expériences déjà citées de M. Richerand. Enfin, M. Bernard (*2) n'a rien vu d'anormal dans les mouvements de la langue chez les animaux auxquels il avait coupé la corde du tympan. Il a vu aussi le mouvement fibrillaire de celte partie persister, du côté opéré, aussi bien que du côté sain de la langue sur les animaux empoisonnés par l'acide cyanhydrique.

Mais le temps n'est pas venu, pour nous, d'exposer la physiologie de la corde du tympan.

La conclusion à laquelle celte discussion nous conduit est donc que le nerf hypoglosse, seul, préside aux contractions des muscles de la langue. Remarquez bien que je ne dis pas aux mouvements de la langue , car celle-ci peut, comme j'ai eu le soin de vous en prévenir, être entraînée dans les mouvements de l'hyoïde et de la mâchoire. Bien plus, sa base peut être mue par les mus-

(1) Éludes sur le système nerveux , p. 70.

(2) Recherches anatomiques et physiologiques sur la corde du tympan ; Paris , 1 813 , in-8° , p. 'J5.

°W DE LA DiOKSl ION.

cles constricteurs du pharynx. C'est je pense daprèsees donnée» qu'il faut iuterpréler l'assertion de MM. Jules Guyot et Cazalis (1), que « la section des nerfs hypoglosses paralyse entièrement les trois quarts antérieurs de la langue , en y laissant persister le goût et la sensibilité.»

Les mouvements de la langue, et notamment les mouvements de sa moitié antérieure , sont soumis à l'empire de la volonté; ceux de sa base s'opèrent, dans certaines circonstances, suivant le mécanisme des actions réflexes. Les muscles de cet organe, comme ceux des paupières, offrent parfois une indocilité trèsdifficile à surmonter. Les chirurgiens ne l'ignorent pas.

Les pathologistes ont cherché à se rendre compte d'une anomalie qu'ils croient avoir observée chez certains hémiplégiques, et qui consisterait en ce que la langue , lorsque le malade la tire de la bouche , se porterait vers le côté paralysé au lieu de se dévier dans le même sens que les lèvres. La disposition des fibres musculaires de la langue m'avait paru fournir une explication satisfaisante du phénomène; car, le point fixe des génio-glosses étant sur la ligne médiane , si on admet qu'à partir de ce point les fibres divergent sur le côté, le muscle non paralysé rapprochera de la ligne médiane le bord de la langue vers lequel il se dirige et poussera en sens inverse , et par conséquent vers le côté paralysé , tout le corps de la langue. Mais cela suppose que le styloglosse, l'hyo-glosse, etc., ne prennent point de part à la déviation de la langue.

J'ai pensé, depuis, qu'avant de chercher l'explication de celle anomalie, il eût été convenable , peut-être, delà constater avec soin. Dans le cas que j'ai cité plus haut , où l'atrophie du nerf hypoglosse a bien évidemment paralysé les muscles d'un côté de la langue, cet organe ne se portait pas vers le côté paralysé, c'était tout le contraire. 11 est dit, en effet, que «le côté gauche ( c'était celui où siégeait la paralysie) était entraîné à droite par les muscles de ce côté, toutes les fois que la langue était portée

(1) Séance de l'Institut du 21 janvier 1839.

hors de la bouche. » Lorsqu'une personne atteinte d'hémiplégie faciale tire sa langue directement hors de la bouche, la langue parait déviée, parce que l'ouverture buccale n'est plus sur la ligne médiane. Peut-être que cette apparence a trompé les pathologisles, et qu'il n'y avait aucune déviation réelle de la langue dans les cas qu'ils ont observés. S'il en a été autrement , l'explication manque, car je ne la trouve pas plus, dans l'anatomie du système nerveux central, que dans l'arrangement des fibres musculaires de la langue.

De la sensibilité tactile et générale de la langue , et des nerfs qui en transmettent les impressions.

La précision des mouvements de la laDgue pendant l'acte de la mastication est entretenue par la sensibilité tactile dont elle jouit. Pour saisir l'aliment, pour le présenter aux arcades dentaires et l'y ramener sans cesse, pour apprécier le degré de trituration qu'il a subi, pour se retirer à propos de l'intervalle des dents , il faut que la langue jouisse d'un tact assez développé.

Cette propriété est essentiellement distincte de la sensibilité gustative. La pathologie humaine nous offre encore ici une analyse subtile que nous demanderions vainement aux vivisections. J'ai rassemblé six observations de lésion de la sensibilité tactile et générale de la langue avec conservation du goût; en voici la substance:

1° Une dame observée par M. Noble (1) avait la moitié gauche de la langue parfaitement insensible aux agents physiques ordinaires. Uu couteau trempé dans l'eau bouillante est mis en travers sur la langue; sa chaleur n'est sentie qu'à droite. La partie gauche est irritée avec la pointe d'une lancette , sans que cela cause de douleur. La malade sent, des deux côtés, avec la même délicatesse, le doux, l'amer, le sucre, le sel. Une expérience ingénieuse donne, du même coup, la double démonstration

(!) Gaz. méd., 1835, p. 103 (extrait du London médical gazelle).

"°4 DK L/V DIGESTION.

de la perte de sensibilité tactile et de la conservation de la sensibilité spéciale. La langue étant tirée hors de la bouche, on laisse tomber séparément, à droite et à gauche, du sel et du sucre solides : le choc et le conlact sont sentis seulement à droite , mais les substauce? venant à fondre, la sensation gustative a lieu, en même temps , des deux côtés.

2° Dans une observation recueillie par M. Vogl (1) , médecin suisse, je remarque que la moitié gauche de la langue ne sent pas même les piqûres d'épingles; tandis que, les yeux fermés, la malade reconnaît aussi bien, avec la moitié gauche qu'avec la moitié droite de l'organe, l'amertume de la coloquinte, la saveur du sel et celle du poivre.

3° Dans Je journal l'Expérience (2), on rapporte une observation où sont exposés les signes généraux de la paralysie du nerf trijumeau. La langue a perdu sa sensibilité tactile et générale à droite, mais il y a conservation du goût; la saveur de la coloquinte est bien perçue.

4° Mon frère a observé les mêmes phénomènes sur un homme qui s'était tiré un coup de pistolet dans l'oreille droite (3). La moitié droitedela langue n'éprouvait aucune impression du coutact des corps durs , elle pouvait être pincée , piquée à une grande profondeur, sans que le malade en eût conscience. Mais il goûtait également bien à droite et à gauche la saveur de la gelée de groseille , de sucre ou du vinaigre.

5" et 6° Les deux dernières observations que j'ai à vous indiquer sont plus concluantes encore, car la lésion de la sensibilité tactile existe des deux côtés , et le goût est complètement conservé. Dans l'un de ces cas, qui a été recueilli par un médecin italien (4), le malade, les yeux bandés, reconnaît les substances amères, douces, salées, acides, le sel commun, le sucre, la co-

(1) Observation relative à un cas de paralysie du nerf trijumeau [Gaz. méd., 1840, p. 584).

(3) Gaz. méd., 1840, p. 490.

(4) Bullelino délie scienze mediche , 1841 , cl Gaz. méd., 1811 , p. 441.

DE LA MASTICATION. °oa

loquiute, etc., et cependant sa langue est insensible aux piqûres et autres lésions physiques. La sixième et dernière observation, publiée à plusieurs reprises par M. James (1), a cela de particulier que la langue de la personne qui en est l'objet , privée tout à la fois de la sensibilité tactile et gustalive, recouvra d'abord le goût, et plus tard la sensibilité tactile et générale.

11 est donc bien établi que la sensibilité tactile par laquelle la langue concourt à la mastication et à d'autres actes , est distincte de la sensibilité gustative dont nous ne nous occupons point ici.

Quant au nerf affecté à la sensibilité générale et tactile, c'est le lingual, rameau de la troisième branche du trijumeau. A ne prendre que les six faits que je viens de citer, on y pourrait trouver la confirmation de cette proposition ; car, dans la 3e observation , le nerf trifacial était enseveli dans une tumeur naissant de la grande aile du sphénoïde ; dans la 4e observation, la balle avait atteint le ganglion de Gasser; dans la 2e, la 5e et la 6e observation, on avait signalé les signes généraux de la paralysie de la cinquième paire; et dans la Inobservation, l'anasthésie avait succédé à une névralgie qui , bien évidemment, siégeait dans la cinquième paire , et avait été suivie de la paralysie du sentiment d'une moitié de la face. A ces observations J'ajouterai, ailleurs , dix cas au moins de paralysie simultanée de la sensibilité tactile et de la sensibilité gustative, provenant de lésion du nerf delà cinquième paire. Si, enfin, vous tenez comple des résultats des vivisections, lesquelles montrent constamment que la sensibilité générale et tactile de la langue est abolie par la section du trijumeau ou simplement du lingual , vous regarderez la proposition que je développe ici comme une des mieux établies en physiologie (2).

(1) Thèse 1840, n° 370, elc.

(2) M. Longet croit avoir surpris quelques indices d'une légère douleur chez les animaux en leur tenaillant la langue , ou en introduisant dans le centre de l'organe un fer rougi au feu. Il explique le fait par l'anastomose du nerf liypo glosse avec les deux premières paires cervicales, celles-ci ayant pu adjoindre à l'hypoglosse quelques filets de sentiment.

[,m Ut LA DUiESilON.

Le nerf lingual ne donne pas, seulement, la sensibilité à la membrane tégumentaire de la langue, il fournit encore de nombreux filets aux muscles de cet organe : filets sensitifs et non moteurs. Ceux qui ont argué de ce fait analomique contre la spécialité d'action des différents nerfs de la langue ont méconnu cette loi sur laquelle j'ai depuis longtemps insisté clans mon enseignement, que tous les muscles du corps reçoivent avec leurs nerfs moteurs des filets provenant de racines sensitives.

Le nerf lingual suffit- il pour entretenir, dans toutes les régions de la langue, la sensibilité générale et tactile? Déjà nous a vous démontré que l'hypoglosse n'avait aucune participation aux actes sensoriaux dont cette partie est le point de départ (page 657). La question est plus difficile à juger, relativement au nerf glossopharyngien. Au premier abord, et en tenant compte des faits pathologiques dont je vous ai donné l'indication, il semble que le nef lingual seul soit affecté à la sensibilité générale et tactile, puisque ni la chaleur, ni le choc, ni la piqûre, ni la pression, n etaient sentis par les malades, lorsque ces causes d'impression étaient portées sur le côté de la langue où l'action de ce nerf faisait défaut. Mais il faut noter que toutes ces épreuves ont été faites, naturellement, sur la partie de la langue qui est accessible à l'expérimentation, c'est-à-dire sur sa région antérieure, où se distribue le lingual. Les médecins qui , pour la plupart , n'avaient aperçu qu'une partie des détails du problème à résoudre, se sont rarement avisés de piquer ou d'exciter mécaniquement la région la plus reculée de la langue chez les malades atteints de paralysie de la cinquième paire. Nous verrons M. Mayo échapper à ce reproche; mais il est véritablement à regretter que tant d'autres occasions aient été négligées de fixer l'opinon sur ce point de physiologie.

Deux expérimentateurs distingués, Panizza et M. Magendie, qui sont d'un avis diamétralement opposé relativement aux nerfs du goût, s'accordent pour exclure le glosso-pharyngien de toute participation à la transmission des impressions de la sensibilité commune , attribuant exclusivement ce rôle à la cinquième paire.

Panizza (#H qui refuse au glosso-pharyngien toute autre sensibilité que celle qui est impressionnée par les saveurs, dit que, après la section de ce nerf, la langue reste sensible aux stimulants physiques ordinaires. Rien de surprenant dans ce résultat; le nerf lingual étant resté intact, les deux tiers antérieurs de la langue avaient conservé leur sensibilité, et on a pu méconnaître qu'une petite portion de l'organe, vers sa base, était frappée d'anesthésic. D'une autre pari, M. Magendie (2), qui professe que la cinquième paire suffit à tout (gustation et sensibilité générale), affirme que, si après la section du lingual il reste un petit point sensible en arrière, cela tient à ce que la base de la langue reçoit des filets du maxillaire supérieur, et en particulier du ganglion sphéno-palatin par le nerf naso-palatin de Scarpa. Pour éteindre la sensibilité dans tous les points de la langue, il suffit, suivant ce physiologiste, de couper dans le crâne le tronc de la cinquième paire. L'explication anatomique donnée par M. Magendie n'est pas acceptable, puisque la langue ne reçoit pas un seul filet du nerf maxillaire supérieur. Quant à l'assertion que la section de la cinquième paire dans le crâne abolit la sensibilité tactile dans tous les points de la langue , elle prouve, comme celle de Panizza, combien il est difficile déjuger, sur un animal, s'il a ou non perdu la sensibilité commune vers la base de la langue.

11 y a pourtant de fortes raisons de penser que le glosso-pharyngien anime cette partie de la langue et possède la propriété que Panizza et M. Magendie lui ont refusée. Voici ces raisons :

1° Le nerf aboutit évidemment à la membrane tégumentaire de la base de la langue.

2° Le nerf lingual ne se distribue pas dans cette région de l'organe, il doit donc y être remplacé par un autre nerf de sentiment.

3° Le nerf glosso-pharyngien est sensible aux irritations mé-

(1) Ricerche sperimentali sopra i nervi, et Gaz. méil., 1835, p. 419.

(2) Leçons sur te système nerveux, t. II , p. 288 et suiv.

«b8 , DE r.A DIGESTION.

caniqucs. A la vérité ce fait est nié par Panizza (1), qui range le glosso-pharyngien dans la catégorie des nerfs à sensibilité spéciale, comme l'optique, l'olfactif, etc., lesquels sont insensibles aux stimulants ordinaires; mais nous verrons, dans une autre partie de ce cours, celte assertion contredite par les expériences d'Alcook (2), de John Reid (3), et de MM. Cazalis et Guyot (i).

4° Dans un cas où une affection de la cinquième paire avait paralysé la sensibilité commune d'un seul côté de la langue, M. Mayo (ô) a constaté que le tiers postérieur de l'organe était resté sensible des deux côtés.

5° Viennent enfin les expériences clans lesquelles on croit avoir constaté que la section des deux nerfs linguaux détruit la sensibilité générale dans les deux tiers antérieurs (6), ou même dans les trois quarts antérieurs (7) de la langue, laissant, en arrière, un tiers ou un quart , animé , encore, par le glosso-pharyngien , et sensible au pincement , à la piqûre et à la cautérisation.

Je n'ai pas besoin de vous dire que, dans cet examen de la participation des nerfs de la langue, à ses mouvements et à sa sensibilité générale, j'ai réservé complètement l'histoire des nerfs du goût.

(1) Ricerche sperimentali sopra i nervi ; Paris, 1845.

(2) Détermination on the question : Whieh arc the nerfs of tastc, dans The Dublin journal, 1836, nft 29.

(3) An expérimental investigation iulo the funclions of the. cighl par of nerves, on the glosso-pharyngeal , pneumogaslric and spinal accessory, dans le Edinb. med. and surgical journal , 1838, t. XLIX , p. 109, 114, 129.

(4) Séance de l'Académie des sciences du 21 janvier 1839, et Gaz. med., 1839, p. 62.

(5) Analomical and physiological commenlaries.

(6) lUmget , Anatomie et physiologie du système nerveux de l'homme et. des animaux vertébrés, t. Il , p. 173.

(7) Jules Guyot et Cazalis, séance de l'Académie des sciences du 21 janvier 1839 , et Gaz. méd., 1839, p. 62.

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