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VINGT-NEUVIÈME LEÇON

(Suite.)

Action «les lèvres et «les joues.

Les lèvres retiennent l'aliment clans la bouche pendant la mastication. Elles le ramènent aussi sous les arcades dentaires. Les joues ont ce dernier office. Nous avons encore à étudier, ici, des mouvements et des sensations tactiles.

Les mouvements des lèvres, comme ceux de la langue , sont employés à des usages multiples : ils servent à la préhension de l'aliment, à la succion, à la mastication, à l'articulation des sons , à l'expression des passions. Je vais les décrire, une fois pour toutes; les décrire en eux-mêmes, abstraction faite de leur signification, de leurs usages, et rechercher à quelles conditions d'innervation ils sont liés.

Les lèvres peuvent s'écarter l'une de l'autre, se rapprocher, se froncer vers la ligne médiane. Leur commissure peut être portée en dehors, elle peut être abaissée, élevée, dirigée obliquement en haut et dehors , ou bien en bas et en dehors. Leur bord peut être renversé en dehors, renversé eu dedans; les lèvres, enfin, pourraient réaliser une infinité de formes que suggéreraient l'imagination ou le caprice , comme dans l'action de grimacer.

Vêcaiiement des lèvres est produit naturellement par l'écartement des mâchoires. Les lèvres sont ordinairement passives dans ce cas; mais dans la menace ou l'action de mordre, elles s'écartent activement pour démasquer les arcades dentaires. Alors la lèvre supérieure s'élève et l'inférieure s'abaisse.

L'élévation de la lèvre supérieure est opérée par l'élévateur commun de l'aile du nez et de la lèvre supérieure, par l'élcva-

W LA di(îi:stio\.

leur propre de la lèvre supérieure et par le pelil zygomatique (lorsqu'il existe). Ces trois muselés appartiennent en propre à la lèvre supérieure, c'est-à-dire qu'ils ne lui sont pas communs avec la lèvre inférieure. Deux des muscles des commissures concourent à l'élévation de la lèvre supérieure , savoir : le canin et le grand zygomatique.

L'abaissement de la lèvre inférieure est opéré par le muscle carré clu menton, et par deux des muscles qui aboutissent à la commissure, savoir: le triangulaire des lèvres el une division du peaucier.

Le rapprochement des lèvres peut être produit par le simple rapprochement des mâchoires, lorsque leur écartemeut a été passif. Si la déduction des lèvres a été active , le relâchement des muscles contractés, joint à la contraction du muscle orbiculaire, les ramène au contact. Dans l'état de repos des lèvres , la contraction tonique du muscle orbiculairc est nécessaire pour tenir ces parties rapprochées. Dans le cas de paralysie faciale , la lèvre inférieure est souvent pendante et la salive s'échappe de la bouche. Si le rapprochement des lèvres n'est pas borné à ce point où leurs bords sont en contact, si, comme dans l'action de faire la moue , les lèvres se touchent par une portion de leur face interne, alors il y a eu contraction dë deux autres muscles, dont l'un descend la lèvre supérieure et l'autre élève la lèvre inférieure. Le [premier de ces muscles esi le myrtiforme. Il prend son point fixe sur les côtés de 1 épine nasale , plus bas par conséquent que sa terminaison à la lèvre supérieure. Le second est le muscle nommé houppe du menton, qui prend son point fixe sur les côtés de la symphyse du menton , plus haut que sa terminaison mobile à la peau. Dans le mouvement que je décris, la lèvre inférieure monte plus que la supérieure ne descend.

Vous voyez, Messieurs, que chaque lèvre, abstraction faite des muscles des commissures, a des faisceaux musculaires qui l'élèvent, et d'autres qui l'abaissent. Les attaches fixes et les attaches mobiles de ces faisceaux antagonistes sont disposées en sens inverse. A la lèvre supérieure, les atlaches fixes des faisceaux élévateurs sont plus élevées que les points mobiles, et les

DK LA MASTICATION. G71

insertions fixes des faisceaux abaissent onl lieu plus bas que leurs insertions aux parties molles. Le même rapport s'observe à la lèvre inférieure.

Le mouvement par lequel les lèvres se froncent, comme pour la succion, pour l'action de siffler, s'accomplit par la contraction du muscle orbiculaire ou labial.

Les commissures sont tirées en dehors par la contraction de plusieurs des muscles qui s'y rendent : par le grand zygomatique, par le muscle buccinaleur, par la portion du peaucier qui marche d'arrière en avant, sur la face (risorius de Sanlorini). Quant au canin, qui aboutit aussi à la commissure, il ne peut la porter en dehors, puisque son attache fixe est plus en dedans que cette commissure, dans la fosse canine. Le muscle triangulaire , s'il agit seul, tire la commissure plutôt en bas qu'en dehors. Il est si facile cle prévoir comment l'action composée de ces muscles pourra imprimer à l'angle des lèvres une direction oblique, soit en haut, soit en bas , que je ne m'arrêterai pas à ce détail.

Le buccinateur, qui est le muscle propre des joues , exerce une action intéressante clans la mastication : il ramène dans la bouche et sous les dents tout ce qui a été porté en dehors de l'arcade alvéolaire. Imaginez une petite masse d'aliments placée sous la joue, elle la distendra de manière à faire décrire une courbure aux fibres de ce muscle, qui marchent toutes d'arrière en avant, les moyennes horizontalement, les supérieures un peu obliques en bas, et les inférieures obliques en haut. La contraction du muscle, en redressant ses fibres courbes, les rapprochera de l'axe de la bouche, et elles repousseront l'aliment dans l'intervalle des dénis. Vous ne commettrez pas la faute de supposer que les extrémités de ces fibres devenues courbes, ont pour points fixes les arcades alvéolaires, en s'étendant de l'une à l'autre. Ces fibres, je le répète , sont dirigées d'arrière en avant, de sorte que leur point d'appui antérieur, quand elles redressent leur courbure , est dans les lèvres , et notamment dans l'orbiculaire , avec lequel elles se continuent pour la plupart. Celles de ces fibres qui sont horizontales et naissent de l'aponévrose buccinalo-pharyngienne

v'* DK LA DIGESTION.

peuvent même, en se redressant , s'introduire avee la muqueuse, qu'elles poussent devant elles jusque dans l'intervalle des dents. Suivant M. Gerdy(l), le muscle buccinaleur peut former ainsi avec la muqueuse un bourrelet volumineux dans l'intervalle des dents. Mais je me suis assuré que la joue ne peut rentrer, à ce point , dans la bouche , qu'autant qu'on y fait le vide ; c'est donc la pression atmosphérique qui pousse, alors, les parties molles en dedans , et non la contraction des fibres du buccinateur, qui devenues convexes en dedans , et par conséquent allongées , ont cessé de prendre part au mouvement. M. Gerdy (2) a très-bien décrit le mécanisme par lequel la joue expulse ce qui se dépose dans le cul-de-sac qu'elle forme avec l'arcade alvéolaire. Les joues agissent «tantôt en poussant les aliments contre le plan incliné des dents inférieures, tantôt en s'abaissant par l'action du peaucier, pour les presser de bas en haut avec plus de succès. »

Des nerfs affectés aux mouvements des lèvres çi des joues.

Deux nerfs distribuent des rameaux aux lèvres et aux joues, le nerf facial et le nerf trijumeau. Le premier seul est destiné à transmettre le principe excitateur qui fait contracter les muscles de ces parties. C'est à la face que se montre de la manière la plus évidente la distinction entre les nerfs de mouvement et de sentiment, et cependant on a débuté par une erreur dans l'appréciation des fonctions de ces nerfs. Cette erreur a été de croire que la branche motrice de la cinquième paire (la petite racine) se distribue au muscle buccinateur et même aux lèvres. Tous les auteurs modernes attribuent cette inadvertance à Ch. Bell : elle remonte plus haut. Paletla (3) l'avait peut-être préparée c. lé-r signant cette petite racine sous le nom de nerf temporo-buccal , puisque cela supposait qu'elle ne se bornait pas aux muscles qui

(1) Physiologie médicale et didactique, préface, p. liij.

(2) Loc. cit., p. lij.

(3) De Nervo crolaf et bncc, p. 32 et seq.

meuvent les mâchoires. Bellingeri (I) est beaucoup plus explicite. Il fait provenir de celte petite branche, en outre des rameaux que vous lui connaissez, ceux du buccinateur, de l'orbiculairedes lèvres, de l'élévateur de l'angle des lèvres, et du triangulaire. Il ajoute que c'est ce nerf, et non le facial, qui fait contracter ces muscles. Le passage où il motive cette opinion mérite d'être reproduit. Hune vero voluntarium mùsculorum motuin a sola minori quinti portione pendere, non autem a septimo, vel faciali nervo, qui alicubi ciim ramis ipsius consociatur, démonstration fit ex eo quod in carnea substantiel musculitemporalis, et in musculis ptetygoideis prœsertim, soli immittantur minori s quinti portionis rami absque uilis nervi facialis propaginibus , et tamen isti musculi voluntatis obediunt imperio. Ch. Bell, qui peut-être ignorait le travail de Bellingeri , exagéra la faute d'anatomie , mais il donna un autre aspect à la question physiologique. Il exagéra la faute d'anatomie , car il admit que la petite racine (racine motrice) du trijumeau envoyait une branche au nerf maxillaire supérieur, laquelle se répandait avec lui dans l'épaisseur de la lèvre supérieure. 77 donna un autre aspect à la question physiologique , car ayant reconnu que les muscles des lèvres étaient animés par le nerf facial pour tous les mouvements expressifs qui sont plus ou moins involontaires , il professa que les mêmes muscles obéissaient à la branche motrice de la cinquième paire lorsqu'il s'agissait des mouvements en rapport avec la mastication. Il rapporte l'observation d'un individu qui, atteint d'une paralysie du nerf facial, ne présentait ni paralysie, ni débilité des muscles des lèvres, dès qu'il s'agissait de mouvements de mastication (2).

Aujourd'hui, Messieurs, la seience est faite sur ce point de

(i; Çaroli-Fraiicisci Bellingeri, DLsscrlatio inaugur., anno 1818 p 17G cl 177.

(2; Expériences sur la structure cl les fonctions des nerfs , qui conduisent à un nouvel arrangement du système nerveux, travail traduit et analyse ( Arch., 1821, t. I , p. lil).

physiologie. La racine motrice du trijumeau ne parvient ni aux muscles des lèvres ni au muscle buccinateur. Tous ces muscles se contractent sous l'influence exclusive du nerf facial, quel que soit le but à atteindre par ces contractions, qu'il s'agisse de préhen, siou de l'aliment, de mastication, de prononciation , d'expression raciale, etc. Le défaut d'action du nerf facial, quelle qu'en Soit la cause, anéantit constamment les contractions des lèvres et des joues. Les lésions de la cinquième paire ne produisent jamais cet effet. Je n'entrerai pas dans des détails qui seront mieux placés dans l'histoire du nerf facial ; je citerai cependant quelques faits qui confirmeront ce que je vous ai dit de la participation des lèvres et des joues à la mastication ou à la préhension de l'aliment, en même temps qu'ils vous montreront l'influence du nerf facial sur les mouvements de ces parties.

1° Dans une relation de paralysie causée par une tumeur qui interrompait le nerf facial à l'entrée du trou auditif interne, il est dit : «La joue de ce côté ne réagit plus sur les aliments, qui s'accumulent entre elle et les arcades dentaires « (lj.

2° Dans une autre observation de paralysie faciale, il est écrit: «Le buccinateur inactif permet l'accumulation des aliments entre lui et les arcades dentaires, pendant la mastication, et l'intervention du doigt et de la langue devient nécessaire» (2).

3° J'extrais les lignes suivantes d'une autre relation de paralysie du nerf facial : «La joue est pendante; la commissure de ce côté , sans énergie , ne peut empêcher les aliments de s'accumuler en dehors des arcades dentaires. La malade se mord quelquefois la joue en mâchant» (3).

4° Dans un cas où les deux nerfs de la septième paire sont paralysés, «la mastication est très-pénible, car les aliments se portent de chaque côté entre les gencives et les joues, et la malade

(1) Bottu des Mortiers , Dissertation inaugurale, 1834 , n° 36.5, p. 9.

(2) Thèse citée, p. 14.

(3) Loc. cit., p. 16.

DE LA MASTICA.TIQ1V. |?t

est obligée de se servir du doigt pour les ramener sou ; les dents. Les joues sont flasques et pendantes s (1).

6° J'ai observé les mêmes phénomènes sur un étudiant en médecine polonais, M. Grabowski; la paralysie n'existait que d'un côté.

6° M. Paul Dubois a remarqué que l'applicationdu forceps cause quelquefois l'hémiplégie faciale du nouveau-né , par compression du nerf de la septième paire. Un enfant qui était dans ce cas ne pouvait serrer de ses lèvres, dont un côté était inactif, le mamelon/?^ volumineux de sa mère (2). D'autres nourrissons, bien qu'atteints d'hémiplégie faciale, peuvent cependant prendre le sein.

7° Enfin, p'armi tant de vivisections faites à propos du nerf facial , j'en citerai une qui se rapporte à la digestion. M. Mayo (3) a démontré que les lèvres sont complètement immobiles et inhabiles à saisir ou à retenir l'aliment chez un animal dont on a coupé la septième paire, des deux côtés de la face.

Pour épuiser tout ce qui a trait à l'influence nerveuse sur les mouvements des lèvres, quel que soit l'acte auquel ces mouvements coopèrent, je vous dirai, que, non-seulement on a vu , dans les cas de paralysie du nerf facial , la salive et les aliments s'échapper de la bouche par le côté paralysé , mais on a observé, en outre, que la prononciation des voyelles qui exigent l'intervention des lèvres, l'o par exemple, était devenue difficile; que les consonnes labiales , comme le b, le p , étaient mal articulées ; que l'action de siffler était devenue impossible , les lèvres ne pouvant plus se resserrer que d'un côté; que les malades avaient de la peine à lancer leur salive par l'acte de la sputation.

Voilà donc la question jugée relativement aux lèvres ; elle l'est aussi relativement aux joues, c'est-à-dire au muscle buccinateur.

(1) James, Noie relative à un cas de paralysie des deux septièmes paires ( Gaz. méd., 1851 , p. 593 el 59i ).

(2) Thèse de M. Landouzy, 9 août 1839, p. 13.

(3) Anal, and phys. commenlari.es.

Ici , la vérité a eu plus de peine à se produire. On s'est obstiné presque jusque dans ces derniers temps (I), à attribuer au nerf buccal , branche, de la cinquième paire, et non aux filets de la septième , la faculté de foire contracter le muscle buccinateur, etcelte opinion , s'appuyait en apparence, sur un argument anatomique , puisqu'on dérivait (mais à tort) le nerf buccal delà racine motrice de la cinquième paire. Dès la première année de mon enseignement (en 1831), j'ai attribué au facial la contraction du muscle buccinateur, en me fondant sur les effets de la paralysie de ce nerf chez l'homme. Dans ce cas, en effet, la joue est fiasque, elle s'enfle au moment de l'expiration, et surtout quand le malade veut prononcer un mol avec emphase. On a vu la joue battre centre les dents, à peu près comme une jalousie devant une fenêtre ouverte. Vous avez remarqué aussi, dans les observations que je vous ai citées, que les joues ne pouvaient plus ramener l'aliment sous les arcades dentaires. Ajoutons que les lésions de la cinquième paire ne causent pas la paralysie du muscle buccinateur. Du reste , les expériences sur les animaux confirment les résultats de la pathologie humaine. L'irritation mécanique du muscle buccal sur l'âne (2), pas plus que son excitation galvanique sur le cheval (3), ne déterminent de contractions dans le nerf buccinateur. Enfin M. Louget s'est assuré, sur des pièces préalablement macérées dans l'eau acidulée avec l'acide azoi ique, que le nerf buccal , qui est composé, à son origine , d'un mélange de filets provenant à la fois de la racine motrice et de la racine sensitive ou ganglionnaire, abandonne les premiers dans les muscles temporal et ptérygoïdien externe, et s'avance vers la joue, réduit à ses filets sensitifs (4).

Le muscle peaucier, qui concourt aux mouvements des lèvres et des joues, reçoit aussi, du nerf facial, des filets nerveux moteurs.

(1) Gaina, Plaies de léte.

(2) Herbert Mayo, Journal de physiologie expérimentale , t. III , p. 351.

(3) Lôri&et, Anal, etphys. du sysl. rievv., t. H, p. 43'. (1) Loc. cil., p. Hi.

Do la sensibilité tactile «les lèvres et «les* joues, et «les nerfs

qui y président.

La cinquième paire, seule, est affectée à la sensibilité de ces parties et de la voûte palatine. Elle anime la membrane de la voiïle palatine par des branches du maxillaire supérieur, la lèvre supérieure, par le sous-orbitaire terminaison du maxillaire supérieurvla lèvre inférieure , par le dentaire inférieur, branche du maxillaire inférieur, la face interne de Ick joue par le nerf buccal. Tous ces nerfs sensitifs viennent de la branche ganglionnaire.

Lorsqu'une lésion organique ou traumatique interrompt l'action de (a cinquième paire, chez l'homme ou les animaux, ces parties peuvent être piquées, brûlées , pincées, etc., sans que la moindre douleur soit ressentie, bien que le nerf facial soit intact. D'une autre part , la lésion bornée au facial laisse subsister la sensibilité dans les joues et les lèvres.

C'est en étudiant les effets de l'anesthésie des lèvres ou des joues, qu'on peut apprécier l'utilité des sensations tactiles pour la précision des mouvements relatifs à la préhension de l'aliment ou la mastication. Si les nerfs sous-orbitaires et dentaires inférieurs ont été divisés sur un animal qui fait usage de ses lèvres pour prendre l'aliment; l'animal, s'il parvient à le saisir, le laisse échapper, parce qu'il ne le sent pas, et cependant ses lèvres sont mobiles. Chez l'homme atteint de paralysie de la cinquième paire les aliments restent dans la gouttière alvéolaire , comme chez celui qui est atteint d'hémiplégie faciale; mais la cause du phénomène est bien différente dans les deux cas. S'il y a paralysie du facial, le malade a la conscience du séjour de l'aliment dans l'endroit indiqué, mais il ne peut l'en déloger avec ses lèvres et ses joues paralysées. S'il y a, au contraire, simple anesthésie, par lésion de la cinquième paire, l'aptitude à contracter les muscles des lèvres et de la joue persiste , mais le malade, n'ayant point la conscience du séjour de l'aliment clans les parties insensibles de la bouche , n'est point sollicité à les ramener sur la langue ou entre les dents.

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Outre les démonstrations fournies par les cas de lésions organiques du tronc de la cinquième paire, et par les expériences sur les animaux , il y a des observations de lésions partielles sur l'homme qui donnent le môme enseignement.

Mon frère a présenté a l'Académie de médecine une femme à laquelle il avait fait la résection du nerf sous-orbitaire , pour la guérir d'une névralgie. Cette opération avait complètement détruit la sensibilité tactile et générale dans la moitié de la lèvre supérieure (1).

Voici un fait (unique jusqu'ici, je pense) qui vous montrera quelles applications importantes peuvent être faites du plus mince détail de physiologie. M. le D1' Nélaton me pria, il y a quelques années, de l'aider à déterminer le siège précis d'une névralgie, qui avait réduit à l'extrémité une femme encore jeune. La douleur se faisait sentir dans la partie profonde de la joue. Convaincu que j'étais que le nerf buccal est un nerf de sentiment, et ayant égard au trajet de la douleur, je diagnostiquai une névralgie du rameau buccal. M. Nélaton inclinait aussi vers cette opinion. L'excision de ce nerf fut convenue, et pratiquée en ma présence par M. Nélaton (2). La névralgie fut guérie, et une partie de la muqueuse de la joue perdit sa sensibilité tactile. La douleur reparut plus tard , mais sur deux autres branches de la cinquième paire.

Enfin je n'ai guère laissé passer d'année, depuis 1831, sans emprunter à Ch. Bell le récit d'une petite anecdote qui met en relief l'influence du nerf dentaire inférieur sur la sensibilité àe la lèvre inférieure. Lu individu , auquel un dentiste inexpérimenté avait vraisemblablement déchiré ou contus le nerf dentaire inférieur, en lui faisant Fexlracl ion d'une molaire, portant à ses lèvres un verre d'eau: «Pourquoi, dit-il, m'avez-vous

(I ) Journal des connaissances mérfico-citirurgicales , mai 1836, p. 441. (2) Ce!. habi> praticien avait inventé pour ce cas particulier un procédé extrêmement ingénieux et facile, que ce n'est par. ici le lieu de décrire.

DE lA MASTIC/YTIOX. 679

donne un verre cassé ? » El; il remarqua aussitôt que le verre était entier, mais qu'il avait perdu la sensibilité d'un côté de la lèvre inférieure. Il avait cru n'appuyer, sur la lèvre inférieure, que la moitié d'un verre, pàrcê que cette lèvre n'en avait éprouvé la sensation que dâils la moitié de son étendue. Il conserva la faculté de mouvoir, mais non de sentir, avec la lèvre » (1).

Conclusion sur la mastication.

Nous avons consacre plusieurs leçons et un grand nombre dé pages à la description d'un acte qui s'accomplit cependant avec rapidité. Ce n'est pas pour faire excuser la méthode que j'ai suivie, mais pour vous en faire reconnaître les avantages, que j'appelle Un instant votre attention sur elle. Vous aVez acquis sur la physiologie de la langue, des joues, des lèvres, etc., des notions que j'eusse nécessairement omis de vous donner, si je me fusse exclusivement renfermé, comme il est d'usage de le faire aujourd'hui, dans la description de la fonction; j'ai, en un mot, essayé de faire concoufrir les deux méthodes d'étude dont je vous ai entretenus dans mes Généralités sur les fonctions (voyez pages 297 et 298). L'examen fractionné que nous faisons des fonctions des nerfs, à propos de chaque organe, n'empêchera pas de reprendre, clans une vue d'ensemble, la physiologie de chaque nerf, et je ne doute pas que vous n'ayez déjà reconnu l'utilité, la nécessité même de ce fractionnement.

Après avoir montré, en particulier, l'action des mâchoires, celle de la langue, des lèvres et des joues, j'ai bien peu de choses à ajouter pour compléter l'histoire de la mastication. Toutes ces pariies travaillent en même temps etavec une précision telle , que l'aliment, reconnu par une surface sensible, pousséyw uhepuis-

(1) Exposition du système naturel des nerfs, traduit par M. Genesl , p. 71.

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sauce contractile, soit sans cesse ramené sous les dents, et même, soutenu sous elles par la langue, les lèvres et les joues, sans qu'aucune de ces parties s'arrête sous les surfaces triturantes au moment de leur rapprochement. 11 arrive cependant parfois à la langue, et plus rarement à la joue, de commettre celle bévue, La douleur vive qui en résulte montre avec qu'elle énergie s'opère le rapprochement des mâchoires.

Les conditions de solidité n'ont point été épargnées à cet appareil de trituration, et elles y étaient nécessaires, eu égard à la force prodigieuse des muscles qui font frapper la mâchoire inférieure contre la supérieure (voyez page 622). Ces conditions de résistance , on peut les étudier dans les dents et dans les mâchoires.

Le rapport des dents avec l'alvéole est tel que la racine presse non par son extrémité, sur le fond de l'alvéole, mais par toute sa surface, sur les parois de cette cavité. Les dents qui sont exposées à de grands efforts ont les racines ou plus longues et plus fortes, comme les canines, ou multiples, comme les molaires. Un tissu résistant, particulier, celui des gencives, concourt à assujettir les dents en place; celles-ci deviennent vacillantes quand les gencives se ramollissent. Le tissu propre de la dent est extrêmement dur, et l'émail l'emporte encore sur l'ivoire. Le fluorure de calcium qui entre dans la composition de la dent, et surtout de l'émail, préserve ces parties contre l'action décomposante que l'acide carbonique de la salive exerce sur le phosphate de chaux ( voyez pages 61 et 65 ).

Cependant l'usure attaque peu à peu les clents; elle détruit les dentelures des incisives, dont le bord devient droit , tout en se taillant en biseau, les tubercules des molaires dont la surface devient plate , et elle s'avance peu à peu vers la cavité de la dent. Mais pendant que l'extérieur s'use, l'intérieur se fortifie de nouvelles couches qui protègent et diminuent; la cavité de la dent, et lors même que l'usure s'est étendue jusqu'à cette cavité, une matière solide , jaunâtre , protège encore le bulbe contre l'action de l'air. Chez certains animaux, la dent s'accroit par sa partie

profonde à mesure qu'elle s'use à sa surface (I), et le bulbe et la membrane émaillante, dont la configuration est particulière, reproduisent et l'ivoire et l'émail.

Les conditions de résistance des mâchoires doivent surtout être étudiées à la supérieure. Bordeu (2), qu'on a souvent mis à contribution sans le citer, s'est particulièrement occupé du mécanisme de cette mâchoire, qu'il compare à une enclume sur laquelle frapperait la mâchoire inférieure. L'os maxillaire supérieur, qui forme la partie fondamentale de la mâchoire crânienne, est maintenu en position soit directement, soit médiatement, par quatre colonnes ou arcs-boutants osseux , de chaque côté, savoir : 1° l'apophyse montant de l'os maxillaire supérieur, qui s'appuie sur l'échancrure nasale du frontal; 2° l'angle supérieur de l'os de la pommette, qui s'engrène avec l'apophyse externe du frontal; 3° l'angle postérieur du même os de la pommette, lequel s'arc-boute contre l'extrémité de l'apophyse zygomatique du temporal; 4° l'apophyse ptérygoïdienne, clans laquelle est enchâssée une portion de l'os du palais, articulé luimême avec le maxillaire supérieur.

Toutes ces colonnes viennent s'appuyer contre la base du crâne, et vous remarquerez que celle-ci est épaisse là où elles aboutissent. Entre les colonnes les plus internes, sont ménagées des cavilés qui recèlent l'œil et la membrane olfactive, organes d'une structure délicate, et qui ne sont cependant aucunement ébranlés par les secousses que la mâchoire inférieure imprime à la supérieure.

La mâchoire se renforce là où les dents doivent être soumises aux plus grands efforts. Les incisives, qui, en raison de la manière dont elles se rencontrent et de leur insertion dans la partie du levier la plus éloignée du centre du mouvement, ne sont pas employées pour l'écrasement ni le déchirement des

(1) Outlet. Expériences sur l'accroissement continu et la reproduction des den's chez les lapin 9, etc., mémoire lu à l'Académie de médecine dans sa séance du '27 octobre 1823.

substances Wès-resistâfitès, correspondent à l'ouverture nasale ou elles sont peu soutenues. Mais déjà la canine trouve un point û appui dans la base de l'apophyse montante. Un peu plus en en arrière , le renflement vertical épais et mousse, qui sépare la fosse canine de la fosse zygomatique, renforce puissamment la mâchoire. C'est sous les molaires moyennes, qui correspondent à cette partie robuste de l'os, que nous plaçons les corps trèsrésistants dont nous voulons surmonter la cohésion. Les dents postérieures sont plus avantageusement situées, eu égard au levier, mais moins bien soutenues.

Les pressions auxquelles la mâchoire supérieure est exposée de la part de l'inférieure se font, tantôt, directement de bas en haut, tantôt dans le sens latéral. Il a été prévu aux conditions de résistance dans ces deux sens; l'os maxillaire supérieur est en outre soutenu en arrière.

C'est par les apophyses montantes et par les angles supérieurs des os malaires que la mâchoire résiste de bas en haut, et va s'àrc-bouter contre le crâne. Les apophyses montantes convergent un peu , en montant , comme pour transmettre à un même point du crâne l'effort soutenu par les deux côtés delà mâchoire. Elles ne touchent pas seulement le frontal par leur extrémité supérieure, elles s'appuient encore sur lui par une petite partie de leur face postérieure, de sorte que cela pourrait, jusqu'à un certain point, empêcher la partie inférieure de l'os de basculer en avant. L'os de la pommette est articulé par une si large surface avec le maxillaire supérieur, qu'il fait , pour ainsi dire , corps avec lui. Le prolongement que cet os envoie à i'apophyse orbitaire externe du frontal peut donc être considéré comme un arc-boutant pour le maxillaire, et notamment pour la partie du bord alvéolaire qui supporte les efforts les plus considérables. Voilà pour la résistance de bas en haut.

Les dispositions mécaniques par lesquelles sont empêchés les déplacements latéraux méritent de fixer votre attention. C'est encore par l'intermédiaire de l'os malaire que le maxillaire supérieur prend un point d'appui sur les côtés. Supposez qu'un effort tende à porter l'os maxillaire supérieur en dehors (ce que favo-

riserait la convergence des apophyses montantes vers le frontal), l'impulsion sera transmise à l'os malaire. Celui ci , arc-bouté par son angle postérieur sur l'extrémité de l'apophyse zygomatique du temporal, trouvera là une résistance inflexible, à moins que l'apophyse ne se brise, car l'Os temporal ne peut se déplacer. Jetez les yeux, je vous prie , sur l'articulation de l'os de la pommette avec l'apophyse zygomatirpie du temporal; vous verrez que les deux Os sont taillés en biseau , que l'os màlaire regarde en haut et en arrière, et que l'arcade zygomatique regarde en sens inverse. C'était la meilleure direction possible pour résister au genre de déplacement dont nous nous occupons. Ce n'est pas tout : l'os malaire a un bord qui va , dans la paroi externe de l'orbite, rencontrer la partie antérieure de la grande aîle du sphénoïde, c'est-à-dire que l'os malaire s'appuie, là, sur l'os le plus solidement enchâssé parmi ceux dti crâne. Tout ce mécanisme est merveilleux !

Enfin, Messieurs, toute impulsion qui solliciterait d'avant en arrière l'os maxillaire supérieur serait annulée par les apophyses ptérygoïdes , contre lesquelles l'os maxillaire est appuyé de telle sorte, que la fracture seule de ces apophyses pourrait permettre à la mâchoire de reculer. Or, ces apophyses, qui seraient faciles à écraser de dehors en dedans, résistent très-bien dans le sens antéro-postérieitr. Ainsi, c'est de la base du crâne, partie fixe et résistante, que descendent les deux supports qui mettent obstacle à ce que les os maxillaires supérieurs ne soient repoussés en arrière. En voyant un sphénoïde, vous vous êtes peut-être demandé, souvent, à quoi bon ces prolongements bizarres qu'il envoie vers sa partie inférieure. Je pertse que leur principal usage es! celui que je viens de vous signaler.

Trois condiiions assurent la solidité de toutes ces articulations. 1° Les os ne sont pas seulement appuyés les uns êtf les autres, ils s'engrènent; 2° les os sont taillés en biseau aux dépens des faces par lesquelles ils se correspondent ; 3° les biseaux sont toujours situés de manière que l'articulation résiste aux efforts qu'elle a à soutenir; et quelquefois, dans la continuité d'une même articulation, le biseau passe d'un côté à l'autre.

DE li A. DIGESTION

De la mastication aux diverses époques de la vie.

Les mâchoires du nouveau-né ne sont pas encore garnies de dents, et, chez lui, la mastication est nulle dans les premiers mois, après lesquels il peut écraser des corps mous sur le tissu fibreux qui revêt les bords alvéolaires.

Les mouvements de la mâchoire du nouveau-né ne se font pas comme ceux de l'adulte. Leur centre oM. dans l'articulation mêm- ; c'est-à-dire que dans l'abaissement et l'élévation du maxillaire inférieur, le menton décrit des arcs de cercle autour du condyle qui ne se porte pas en avant, comme chez l'adulte. Cette particularité est due à ce que la branche de la mâchoire du fœtus n'est pas redressée sur le corps, ne fait point angle avec lui, comme aux autres époques de la vie. Le nouveau-né n'est donc point exposé , comme l'adulte, àla luxation de la mâchoire inférieure ; il peut ouvrir démesurément la bouche sans que le condyle abandonne la surface articulaire du temporal. La chose est sagement ordonnée, car les cris du nouveau-né eussent sans cesse menacé de luxation une articulation configurée comme celle de l'adulte.

La perte des dents, chez les vieillards, rend la mastication moins facile , surtout lorsque les dents qui restent ne se correspondent pas. Après leur chute complète, une mastication imparfaite s'opère, encore, entre les gencives devenues calleuses. Mais une condition très-défavorable s'établit dans le levier lui-même, par suite de la perte des corps triturants dont il était armé. Toute la partie du maxillaire inférieur, qui constituait le bord alvéolaire proprement dit, s'affaisse et disparaît, comme si elle n'eût existée que pour les dents. Il suit de là que le maxillaire perd plus de la moitié de sa hauteur. On peut s'en assurer en comparant la position du trou dentaire inférieur sur une mâchoire de vieillard et sur une mâchoire garnie de ses dents. Le trou occupe le bord supérieur de la première ; il est situé au milieu de la hauteur de la seconde. Ainsi déformée, la mâchoire inférieure ne rencontre plus la mâchoire supérieure que dans

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son extrémité antérieure. Quelques hommes, par une heureuse exception, conservent leurs dents jusqu'à un âge trèsavancé.

La description de l'évolution des dents prendra place dans l'histoire des âges.

Utilité de la mastication.

La mastication prépare la déglutition en atténuant les masses alimentaires introduites dans la bouche. Les animaux qui mâchent n'ont pas le gosier dilatable comme ceux qui avalent la proie entière.

La division de l'aliment favorise son mélange avec la salive. Elle le prépare aussi à recevoir, par un plus grand nombre de points , le contact du suc gastrique et des autres fluides du tube digestif.

Certaines parties végétales résistent complètement à l'action des sucs de l'estomac et du tube digestif. Or, si ces parties servent d'enveloppe à des principes nutritifs, il faut qu'elles soient entamées pour que ceux-ci soient digérés. Les parties épidermoïdes des végétaux (épisperme, épicarpe) jouissent de ce pouvoir réfractaire. Si une lentille , uu haricot , un pois, voire même un grain de raisin peu mûr, n'ont pas reçu un coup de dent , ou n'ont pas été écrasés dans la bouche, ils traversent tout le tube digestif sans être attaqués, de sorte que la fécule et les principes azotés qu'ils renferment n'ayant point subi l'action des sucs digestifs, sont perdus pour la nutrition. Il en est de môme de ceux des grains d'avoine qui échappent aux dents molaires du cheval. Bien plus: les grains de fécule, lorsque celle-ci n'est pas cuite, doivent être triturés ou devenir déhiscents pour que les liquides digestifs les attaquent. Nous verrons bientôt pourquoi la trituration ou la déhiscence leur est nécessaire.

L'épiderme qui recouvre les parties vertes des végétaux doit être entamé aussi pour quelles cèdent leurs principes nutritifs. L'herbe, qu'elle soit fraîche ou sèche, traverserait sans être dissoute toul le tube digestif tVim animal herbivore si les mâchoi-

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reine l'avaipnt broyée, déchirée. Uéaumur (l)tilavalcr g un mouton huit tubes de lailou qu'il avait remplis d'herbe. Celle herbe claiL Fraîche, clans quatre tubes, et desséchée dans les quatre autres; il avait eu soin de l'humecter tic sa salive afin qu'il ne manquât que la trituration. La plupart des tubes l urent rendus par l'anus, clans les trente heures qui suivirent leur ingestion. Ni l'herbe fraîche, ni le loin, n'avaient été digérés, et si on les lirait avec les doigts, ils résistaient comme des brins d'herbe qui n'auraient subi que la macération. Spallanzani(2), après avoir répéié ces expériences, a fourni une contre-épreuve, en Faisant avaler à un mouton des tubesconteuant, les uns, des herbes qu'il avait mâchées lui-même, pour remplacer la rumination, les autres, de l'herbe entière. Les premiers étaient renfermés dans de petits sacs de toile pour que l'herbe ne fût pas entraînée mécaniquement. L'herbe qui avait été mâchée était presque entièrement dissoute après trente-trois heures; celle qui n'avait pas subi cette préparation n'avait rien perdu de sa fermeté, et ne paraissait pas avoir diminué de volume. Il obtint le même résultat en introduisant des tubes contenant, les uns , des graines mâchées , el les autres, des graines entières.

-, Je n'ai pas besoin de yous faire observer que la mastication a, clans toutes ces expériences, une influence complexe, puisque l'aliment mâché est en même temps pénétré de salive.

La mastication est beaucoup moins nécessaire pour une nourriture animale; beaucoup de carnivores avalent des animaux entiers.

On a pu rapporter à une trituration imparfaite de l'aliment certains troubles cle la digestion éprouvés par des hommes qui apportaient trop de négligence à cette opération préparatoire.

On cite d'une autre part quelques observations de santé florissante malgré l'état d'ankylose de la mâchoire inférieure. Un

(1) Histoire de l'Académie des sciences, 1752, p. 09 et 70.

(2) Expériences sur la digestion de l'homme cl des diverses espèces d'animaux, traduit par Sennebier, p. 149 et suiv.

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homme observé par le docteur Payan (I) vécut jusqu'à soixante et dix-sept ans, bien que sa mâchoire inférieure eût été complètement soudée au temporal dès l'âge de cinq ans. Un cas d'ankylose des mâchoires, avec santé parfaite, est raconté par le docteur Healy et consigné dans la dissertation de M. JBoyer (2). M. Cruveilhier cite une observation analogue (3). J'ai vu une pièce pathologique relative à cet accident, mais les autres détails m'ont manqué. J'ai lu encore clans la Gazette médicale )a relation d'un cas d'ankylose de la mâchoire sans troubles de la nutritions

Je crois qu'on s'est trop pressé de conclure de ces observations que l'homme pouvait, sans inconvénient, se passer d'exercer la trituration des aliments. Ce qui constitue une mastication imparfaite, ce qui peut nuire en un mot, c'est d'introduire dans l'estomac des morceaux trop volumineux. Or, telle n'est pas la manière de procéder de ceux qui ont les mâchoires ankylosées , car ils n'usent que d'aliments dont l'atténuation a été aussi parfaite que possible. L'individu observé par le docteur Healy «divisait d'abord les aliments en tranches minces ; puis il les faisait passer, par un mouvement de succion, dans la bouche, en les introduisant clans l'espace laissé vide par la chute d'une incisive; puis il faisait éprouver au morceau d'aliment introduit une sorte de mastication en le pressant et en le coulant avec la langue contre la surface interne des mâchoires et de la voûte palatine.»

La mastication favorise aussi l'action gustative.

(1) P. Boyer, De l'Jnkylose; Paris, 1848, p. 12.

(2.) Loc. cit., p. 14.

(3) Boyer, loc. cit., p. 15.

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