TRENTIÈME LEÇON
DE L'iNSALIVATION.
Les animaux qui ont du sang et qui prennent leurs aliments dans l'air ont généralement la bouche humectée par un liquide qui provient des parois de celte cavité ou de différentes glandes situées a son voisinage.
Cet appareil glandulaire est passablement développé chez l'homme, où il se compose : 1° des parotides, dont le conduit excréteur perce la joue au niveau cle la troisième dent molaire supérieure; *2° des glandes sous-maxillaires , dont le conduit aboutit sur les côtés du frein de la langue ; 3° des glandes sublinguales, dont l'appareil excréteur offre de grandes variétés. On a observé à la fois plusieurs des dispositions suivantes : a des orifices ouverts séparément sur la membrane qui recouvre l'amygdale;/^, un conduit excréteur qui se jette dansceluide Warthon et quelques autresplus petits affectant la même terminaison; c. un conduit marchant parallèlement à celui de Warthon et venant s'ouvrir en dehors du frein de la langue; 4° desglandes linguales, placées à la face inférieure cle la langue, là où la membrane muqueuse forme un repli frangé ; 5° des glandes molaires, situées en dehors du muscle buccinateur que leurs petits conduits traversent; 6° des glandes labiales, lesquelles forment une couche épaisse qui double la membrane muqueuse des lèvres: celte couche glandulaire décrite mal à propos comme un amas de follicules , a l'apparence et la structure intime des glandes salivaires; 7° des glandes génales ou buccales, qui siègent sous la muqueuse des joues comme les labiales sous la membrane muqueuse des lèvres; 8" enfin, des glandes palatines, ou grains
DE L'INSALIVATION. 689
glanduleux de la voûte palatine et delà face antérieure du yoile du palais.
L'humidité de la bouche est encore entretenue par les follicules de la base de la langue, qui sont de simples enfoncements dont l'orifice est entouré d'un bourrelet rouge bien connu. Suivant Husche (1), chaque follicule est l'aboutissant de plusieurs petits tubes en cœcum. 11 en est de même du trou borgne. D'autres glandules analogues aux labiales sont situées dans l'épaisseur du tissu charnu de la langue (2); si vous ajoutez, à la salive et au mucus, une humeur perspiratoire, vous reconnaîtrez que le liquide de la bouche est un liquide mixte, dont les propriétés pourront être différentes de celles de la salive proprement dite.
On a mal à propos attribué à l'homme des glandes ou des conduits salivaires qui n'existent que chez les animaux, et dont quelques-uns n'existent même chez aucune espèce animale. Coschwilz (3), professeur à Halles, a décrit, à la face supérieure de la langue de l'homme, un conduit qu'il faisait provenir de la glande sous-maxillaire et de la sous-linguale, il lui faisait décrire un arc de cercle au voisinage de l'épiglotte et fournir plusieurs divisions ouvertes à la face supérieure de la langue. On sait que le coup d'essai de Haller, dans la littérature médicale , fut la réfutation de cette erreur de Coschwitz. Dans sa dissertation inaugurale, qui a pour titre : Expérimenta et dubiacirca ductum salivaient novuni Coschwiziannm, Haller rapporte qu'il a vainement cherché, sur une langue dont les vaisseaux avaient été soigneusement injectés , ce prétendu canal, et que Coschwitz a pris des veines pour un conduit excréteur. Ni la thyroïde ni le thymus n'envoient de conduits dans la bouche, quoi qu'en aient dit Bellinger, Yater (4) et autres.
(1) Encyclopédie anatomique , t. V, p. 541.
(2) C.-H. Weber. Meckel, Ardu, 1827, p. 280.
(3) De Duclu salwali novo; Halle , 1724 , in-4°.
(4) Valcr, Progr. quo novum ductum saliyalem, cwnque prœcipue h Ungua cxcrelorium , etc.; Witlemberg, 1720, in-4°.
090 r,\ DK,i:snuN.
Les sources de la salive ont clé longtemps ignorées. Fabrice d Aquapcndentc, ayant sous les yeux une fistule salivaire ne savait d'où provenait le liquide qui se répandait sur la joue ,1e son malade; d en lait l'aveu dans le passage suivant : C/nde et Wffr modoeffluat, ego certe nescio(\).
Je vais vous donner l'indication succincte des découvertes relatives à cet appareil.
Découverte du conduit parotidien. On voit le conduit parotidien figuré dans les tables de Casserius , mais il y est pris pour un ligament. Ce fut le 7 avril 1660 que Nicolas Stcnon (2) fit sur une brebis la découverte de ce conduit, qu'il décrivit d'abord dans sa dissertatiou inaugurale. On lit dans Haller (3) que quelques étudiants avaient affirmé que Blasius , contemporain de Stenon, lui avait montré le conduit parotidien. Ce conduit avait été entrevu, ditSiebold, dès l'année 1621 par Gaspard Bauhin (4) qui a donné une bonne description de la parotide.
Découverte du conduit de la glande sous -maxillaire. En 1656, quatre ans par conséquent avant la découverte de Stenon, Warthon (6) avait décrit le conduit qui porte son nom. Galien (6) avait dit « qu'il existait à la paroi inférieure de la bouche des orifices qui pouvaient recevoir un stylet qui conduisait à la chair glandulaire placée sous la langue. Il avait été aussi donné quelques indications de ce conduit au temps d'Achillini , mais tout cela avait été oublié. Warthon avait fait ses préparations sur des brutes, van Horne (7) fit connaître le conduit chez l'homme et différents animaux.
(1) Append., lib. n, de Vulnerib. particul.
(2) De Glandulis oris el nuper obscrvalis indc proileitnlibus v'àsis , prœside J.-F. Home defensa; Leyde, 1665.
(3) Elem. phys., L VI , p. 43.
(4) Je n'ai rien trouvé , dans le Thealrum anatomicum de Bauhin , qui justifiât l'assertion deSiebold. A la vérité, il indique l'édition de 1621, et je n'ai pu consulter que celle de 1605.
(5) Adcnol,, p. 139 et seq.
(6) De Usa partium, liv. xi , c. 10.
(7) De Duclibus salivalibus disputai ioncs; Leyde, 1656 et 1657.
DE L'iNSALIViVriOiV.
Quant aux conduits excréteurs de la glande sublingnale j RÏvïnus (1) a signale les petits conduits qui s'ouvrent, en série , sur les eûtes de la langue. Gaspard Bartholin (2), fils de Thomas Bartholin, a décrit, sur le lion et autres animaux, le conduit qui marche, parallèle, à celui de Warthon et s'ouvre près de celui-ci et un peu en dehors. Haller a donné une excellente description de tous ces conduits d'après ses propres dissections (3).
La découverte des glandes linguales appartient à M. Blandin (4). Plusieurs anatomistes ont cru , plus récemment , en avoir fait la découverte (Nuhn, Krause), mais Schlemm (5), qui, lui aussi, croyait les avoir trouvées, a réclamé la priorité pour M. Blandin.
Les glandes salivaires appartiennent à la classe des glandes ramifiées ou en grappes. Voici le précis de leur texture. Elles se composent d'un tube excréteur principal , de branches secondaires qui se jettent sur lui, et de plus petits rameaux qui forment les précédents. On peut ainsi trouver des rameaux de septième, huitième ordre, et plus, suivant le volume de la glande. Les dernières divisions se terminent par plusieurs pelits culs-de-sac , dont la réunion constitue un grain ou acinus. Si vous voulez prendre en sens inverse, et en commençant par la partie fondamentale la succession des parties constituantes , vous direz qu'un ensemble de petits cœcums , au nombre de douze ou quinze , lesquels forment un grain , se jettent dans un conduit excréteur qui se joint successivement à plusieurs autres , dont le dernier s'ouvre clans la bouche.
Chaque petit cœcum ou tube en cul-de-sac est cylindrique, ou plus souvent ovoïde , c'est-à-dire un peu renflé à son extré-
(1) De Dyspepsia, ann. 1679, coroll. 1-2.
(2) De ductu salivali hactenus non descripto , observalio anatomica ; Copenhague, 1684, in-4° ; Utrecht , 1685, in-4°.
(3j Elément, phys., t. VI, p. 4S.
(4) Arch. gén. de mcd., 1. 1 , p 466.
(5) Arch. de Muller, 1815.