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mité cœcale , et rétréci vers le point où il se réunit à ceux qui sont à côte de lu,. Leur diamètre en largeur est de </1000 de pouce, leur lo„gUeUr est double de leur largeur Ils sont formés d'une membrane amorphe (membrane propre des glandes, voyez page 237), sur laquelle rampent des capillaires sanguins A l'intérieur de ce petit tube , on voit , grâce à la transparence de la membrane amorphe, une couche épithéliale, à cellules petites rondes ou ovalaires, de 0,006 à 0,007-. Leur noyau est trèspetit; d a à peine 0,001-. Entre le noyau et le contour de la cellule d y a quelques granulations extrêmement fines. Le contenu des cellules n'est pas soluble dans l'acide acétique. Les cellules se disposent en mosaïque dans les premières divisions des conduits excréteurs , mais rarement offrent-elles cet aspect dans le cul-de-sac.

Dans ces petits culs-de-sac est contenu un liquide visqueux, transparent , parsemé d'une fine poussière et de quelques cellules épithéliales. On fait sortir ce liquide , sous forme de courant sirupeux et lent, quand on brise les culs-de-sac par pression. Les cellules épithéliales sont alors entraînées l'une après l'autre. Ce liquide donne à l'eau la viscosité delà salive.

L'épithélium des conduits excréteurs est une variété du cylindrique , et d;ins le conduit de Stenon c'est un véritable épithélium cylindrique , suivant la remarque de Henle (l).

Toutes les glandes salivaires, quel que soit leur volume, ont la structure que je viens de décrire. Les petites glandes labiales qui roulent sous la membrane muqueuse ne diffèrent de la parotide que parce qu'elles sont formées seulement de trois ou quatre acini, aboutissant à un petit conduit commun , ou même s'ouvrant isolément à la face interne des lèvres. M. Ch. Robin s'est assuré que la glande linguale ne fait point exception. Dans ce point même, le peu d'abondance du tissu cellulaire permet d'isoler avec facilité les acini les uns des autres, et de les étudier.

( I Encyclopédie analomiquc, t. VI , p. 247.

DE L'INSALIVATION.

Des glandes salivaires dans les principaux groupes

d'animaux.

Les glandes salivaires ne manquent guère que chez les animaux privés de sang et chez ceux qui prennent leur nourriture dans l'eau. Chez ces derniers , l'action de la salive serait annulée par celle du milieu ambiant, qui, d'ailleurs, peut la remplacer quant à ses usages mécaniques. Quelques-uns pourtant sont munis de glandes , regardées comme des glandes salivaires, mais , en général, elles versent leur liquide dans le second compartiment de l'appareil digestif, et non dans le premier, qui est baigné par l'eau. Les mollusques céphalopodes ont deux paires de glandes qui s'ouvrent , l'une dans l'arrière-bouche , un peu avant la naissance de l'œsophage, l'autre en arrière du petit cartilage qui recouvre la langue. Les poissons , qui n'ont point de glandes conglomérées ouvertes dans la bouche , ont des glandes simples ramifiées qui s'ouvrent dans le pharynx. M. Ch. Robin les a observées sur les raies, les acouthias , les roussettes, les squales et quelques autres poissons cartilagineux. Quant aux petites masses lobulées placées devant le pharynx de ces animaux, il a montré que c'étaient des glandes ou ganglions vasculaires , et non des glandes salivaires (1).

Au moment d'examiner les dispositions des glandes salivaires dans les principales classes d'animaux, il est bon de remarquer, avec M. Duvernoy (2), que ces glandes, malgré leur nombre, peuvent être rapportées à deux groupes, dont l'un, composé des parotides et molaires, constitue le système salivaire postérieur, mis en rapport avec les dents mâchelières proprement dites , tandis que l'autre, composé des sous-maxillaires et sublinguales , forme le système salivaire antérieur ouvert près des dents incisives.

(1) Bulletin de la Société phi/omatique , 1846.

(2) Essai anatomiqite et physiologique sur tes sécrétions; Paris, 1848, p. 5.

Dl tX DIGESTION.

L'appareil salivaire des mammifères est en général composé des mêmes gîandès que nous avons indiquées d'après l'homme. Quelques-uns ont, de plus, une glande située dans l'orbite et au voisinage de l'arcade zygomalique, dont le conduit excréteur s'ouvre près du conduit parotidien ou vers le bord alvéolaire supérieur. Nuck (1) en a fait la découverte en 1682, et l'a décrite en 1686. Les modernes désignent sous le nom de zygomatique cette glande ou cet amas de glandes, qui est trèsdéveloppé chez les carnassiers , où sou conduit excréteur l'emporte sur celui de Stenon et sur celui de Warthon. Les glandes labiales sont très-grosses chez les rongeurs , qui se servent surtout /3e leurs dents antérieures. L'appareil, tout entier, du castor est énorme, et il entoure tout le cou. Les pachydermes, les ruminants , l'ont aussi très-développé. C'est le système salivaire antérieur qui prédomine chez l'échidné et le fourmilier, lesquels n'ont point de dents pour mâcher les fourmis et les termites dont ils se nourrissent. Les parotides sont très-petites chez l'échidné, et manquent chez les paresseux. Ceux-ci ont , en revanche , des sous-maxillaires d'unedimension extraordinaire, couvrantlecou et la poitrine. Elles s'enfoncent comme un coin entre les mamelles , et remontent sur les côtés jusqu'aux oreilles. Cette glande a deux conduits excréteurs, dont l'un s'ouvre à la commissure des lèvres , et l'autre à côté de la langue. Enfin une glande, destinée à enduire la langue du liquide visqueux qui englue les fourmis, s'ouvre aussi à la commissure des lèvres.

Les oiseaux, qui ne mâchent guère, n'ont point de parotides. Les glandes les plus constantes chez eux sont : 1° les sublinguales, réduites à des follicules en cul-de-sac, ouverts sous la langue par une double série d'orifices; 2° les sous-maxillaires, qui sont lobées, et s'ouvrent sous la langue par un canal unique. Viennent ensuite une petite glande buccale, située près de la

(1) De Duclu salivati novo, saliva duclibus oculorum aquosis cl humore oculi aqueo; Lcyde, 168(3. Il a repris ce sujet dans sa Sialographie , etc.

DE l'insalivation. 695

commissure du bec, et différents cryptes répandus dans la bouche ou entrant dans la composition de la langue.

L'appareil est peu développé chez les oiseaux de proie et chez les palmipèdes. Ceux-ci prennent souvent leur nourriture dans l'eau. Les gribes et les plongeons n'ont que des cryptes muqueux. Les gallinacés, au contraire, ainsi que les échâssiers, ont les glandes salivaires très-développées. L'autruche a une glande linguale volumineuse. C'est plutôt un mucus gluant qu'une salive tenue et liquide qui est sécrété par l'appareil glandulaire annexé à la bouche des oiseaux. Il y a exagération des caractères de cette sécrétion clans les pics et les torcôls dont la glande sousmaxillaire, très développée , verse un liquide blanchâtre trèsgluant.

Les particularités à noter chez les reptiles sont, 1° l'absence de glandes salivaires chez les batraciens, les crocodiliens, et celles des tortues qui vivent dans l'eau ; 2° le développement assez remarquable de l'appareil chez les ophidiens , qui , indépendamment du produit des glandes sus-maxillaires et sus-mandibulaires , reçoivent encore dans la bouche tout le liquide sécrété par la glande lacrymale et une glande nasale dont le conduit s'abouche dans le canal lacrymal; 3° l'absence ou l'état rudimentaire des glandes sus-maxillaires dans les serpents venimeux (1); 4° enfin, l'existence d'une glande linguale assez considérable dans les tortues terrestres.

Dans les annelés , il faut remonter jusqu'aux scoléïdes pour trouver des organes sécréteurs représentant les glandes salivaires. Ici , les anatomistes inclinent à voir les analogues de l'appareil salivaire clans tout, organe sécréteur s'ouvrant au-dessus de l'estomac. Tels seraient le corps glanduleux décrit par M. Morren à la face inférieure de l'œsophage du lombric terrestre , les glandes que M de Blainville a vues chez les néréides , le petit collier glanduleux situé autour de l'œsophage des sangsues, les glandes vésiculeuses ou tubuleuses qui, chez les

(I) Duveruoy, lac. cit., p. 6.

insectes, s'ouvrent dans la bouche, dans le pharynx , ou dans un réservoir communiquant lui-même avec le pharynx, et sécrétant chez la plupart de ces animaux un suc àcre et même corrosif (1), et enfin les glandes qui , chez les cloportes , envoient un conduit excréteur au-dessous du gésier; mais ces derniers sont assimilés au foie par Cuvier.

Ces glandes manquent chez certains insectes broyeurs dont l'appareil masticateur est extérieur, chez les crustacés aquatiques et la plupart des annélides, chez les arachnides trachéennes et même chez les arachnides pulmonaires, à moins qu'on n'assimile à un organe salivaire la glande qui sécrète le venin.

Dans l'embranchement des mollusques , les glandes salivaires commencent à apparaître dans plusieurs ordres de la classe des gastéropodes : les patelles, les buccins, les tritons, les aplysies, les doris , les orchidies , les limaces , les escargots. Chez les premiers de ces animaux, ce sont de véritables glandes lobulées , composées de grains ou acini conglomérés.

Quelques ptéropodes et les céphalopodes ont aussi des glandes salivaires. Elles sont même très-grosses chez ces derniers.

On n'a point signalé d'organes salivaires chez les animaux appartenant au premier embranchement des invertébrés.

Quantité de salive sécrétée en vingt-quatre heures.

On trouve dans Siebold (2) le récit d'une expérience qui dénote une assez grande patience de la part de celui qui s'y est soumis, et qui a pour objet de déterminer la quantité de salive sécrétée dans un temps donné. L'expérience consiste à se tenir la bouche ouverte et inclinée en bas, de telle sorte que la salive s'écoule par son propre poids. Il en a été recueilli ainsi , par un expérimentateur, une demi-once (15 grammes) en une heure;

(1) M. Léon Dufour a déposé dans notre muséum plusieurs .'essins des organes sécréteurs des insectes.

(2) Historia systeiiïalis sativatis, physiologice cl patlioligice considerati , p. 4'3.

DE l'insalivation. 697 cela donnerait donc 12 onces en vingt-quatre heures. Nuck portait cette quantité à une livre.

On a essaye d'évaluer la quantité de salive sécrétée en vingtquatre heures d'après la quantité fournie par des fistules saliva ires. Un soldat , ayant eu le canal.de Stenon coupé par un coup de sabre, mouillait plusieurs serviettes à chaque repas (1). «Sans cet exemple , dit Helvétius , il serait impossible d'imaginer que les glaudes parotides fournissent une quantité de salive si extraordinaire. » Dans le fait recueilli par Duphénix (2) , sur un piqueur auquel un coup d'andouillet de cerf avait causé une fistule parotidienne, on a pesé la salive qui s'en échappait. «La première fois que je fis cette épreuve, dit Duphénix, je trouvai qu'il s'était écoulé en quinze minules >2 onces 1 gros de salive. Une deuxième fois en dix-huit minutes , il en sortit 2 onces 6 gros. Un autre jour , en vingt-trois minutes , j'en reçus 3 onces 2 gros et demi; enfin à la quatrième expérience , on en ramassa 4 onces 1 gros en vingt-huit minutes. »

Vous comprenez bien, Messieurs, qu'il ne faudrait pas ici calculer pour les vingt-quatre heures , d'après ce qui s'est passé pendant la demi-heure du repas; mais en comptant sur deux repas par jour, et en admettant que l'autre parotide en ait sécrété une même quantité, et que les autres glandes en aient fourni en proportion de leur volume, on arrive, même en négligeant ce qui a pu être sécrété dans l'intervalle des repas , à un chiffre si élevé, qu'on est obligé d'admettre que l'irritation des parties avait augmenté la sécrétion de la parotide dont le conduit était divisé.

Mitscherlich (3) est arrivé à un résultat bien différent de celuici, par l'observation d'une fistule parotidienne. Elle ne donnait que de 60 à 95 grammes en vingt-quatre heures. Or, en comparant le poids d'une parotide au poids de toutes les autres glandes

(1) Mémoires de l'Acad. de chirurgie, t. 111 , p. 409; édit. in-8°, 1819.

(2) Mcm. de l'Acad. de chirurgie , t. 111, p. 403.

(3) Ann. dePogg, t. XXVIH, p. 520, et Rust, Magasin, fiier die gesamente heilhunde , t. XXVIII, p. 598.

(m DE LA DIGKSTION:

salivaires réunies, y compris l'autre parotide, la sécrétion ne s élèverait qu'à 8 ou 12 onces en vingt-quatre heures. Terme moyen, 10 onces.

Admettons donc de 10 à 12 onces pour l'homme.

Un cheval dont on avait coupé le conduit excréteur d'une parotide répandit par la plaie, en vingt-quatre heures, 65 onces et 7 gros de salive (1), ce qui porterait à 10 livres en vingt-quatre heures la sécrétion totale, si l'irritation n'avait augmenté la sécrétion. La sécrétion fut bien plus abondante encorechez un cheval auquel Girard avait coupé les deux conduits de Stenon. Cet animal, qu'on avait fait jeûner , répandit 21 livres de salive en mangeant un demi-livre de foin (?).

Circonstances (jui augmentent ou diminuent la sécrétion

salivairc.

La sécrétion n'est pas tout à fait suspendue la nuit; quelques personnes avalent la salive en dormant; chez d'autres, elle s'échappe de la bouche.

Le simple mouvement des mâchoires sans qu'il y ait mastication augmente l'écoulement de la salive, comme on le voit dans les fistules.

Cette influence du mouvement des mâchoires a été l'objet de grands débats au siècle dernier. On croyait à une compression des glandes, à une sorte d'expression de la salive, plutôt qu'à la sécrétion. La réfutation détaillée que Bordeua faite de celle théorie, dans ses recherches auatomiques sur les glandes (2) , pouvait être nécessaire à une époque où les doctrines mécaniques jouissaient encore d'une certaine faveur. Aujourd'hui il n'y a pas lieu de s'y.arréter. Bordeu à pris à tâche de prouver que les glandes ne sont pas comprimées. Si l'angle de la mâchoire rétrécit, en bas, l'espace occupé par la parotide, cet espace

(1) Schultz, de Alimcnlorum concoclionc expérimenta nova , p 57.

(2) Bordeu, OEuvres complètes , t. H, p. 4'Jetsuiv.

DK L INS VLIVATION. 699

est augmenté, on haut, par le mouvement de condyle en avant. Une éponge imbibée d'eau, mise a la place de la parotide, n'est pas exprimée par le mouvement imprimé à la mâchoire sur le cadavre; l'eau injectée dans la parotide d'un cadavre par le conduit de Stenon n'est pas non plus chassée de la glande quand on abaisse la mâchoire inférieure. Les autres glandes salivaires et toutes les autres glandes du corps ne sont pas plus que la parotide exposées à la compression, etc. Bordeu reconnaît, néanmoins, l'influencé des secousses éprouvées par ces glandes, et qui augmentent leur activité sécrétoire (1). Un grand mérite de Bordeu est d'avoir substitué Y action de la glande à une action purement mécanique, mais il nie, à tort ici, je pense, l'influence de la compression. Cette compression produit non pas la sécrétion , mais Yexcrétion de ce qui est sécrété , ce qui facilite une sécrétion nouvelle. Haller (2) parle d'un individu atteint de spasme cynique et qui, au moment où les muscles des mâchoires se roidissaient, projetait la salive à 2 pieds de distance.

La sécrétion est augmentée par le contact d'une substance sapide avec la membrane muqueuse de la bouche, même dans l'état de repos complet des mâchoires. On a cru que cette sympathie entre la membrane muqueuse de la bouche et les glandes salivaires avait, pour condition, la continuité de ces parties au moyen de la membrane interne du conduit excréteur, et que l'excitation se propageait par continuité de la bouche à la glande. C'est là une grosssière erreur de physiologie. Lorsque le conduit deStenon est interrompu, l'aliment mis dans la bouche n'en excite pas moins la parotide , de même qu'une perte de substance de l'urèthre n'empêche pas de ressentir à la région du gland, la titillation qui indique l'accumulation de l'urine dans la vessie (3).

(1) Loc. cit., p. 132.

(2) Elementaphys., t. VI , p. 58 (dans les notes).

(3) J'ai constaté ce dernier fait dans un cas où plus de 4 centimètres de l'urèthre avaient été retranchés sur un homme adulte. Je donnerai ailleurs la théorie de ces sympathies.

/uu DE LA. DIGESTION'.

La mastication , surtout, accélère la sécrétion salivaire; il y a , dans ce cas, concours du mouvement des mâchoires et de l'impression faite sur la membrane muqueuse de la bouche.

H suffit de la vue d'un aliment agréable, ou de préluder à son introduction clans la cavité buccale , pour que la salive y afflue sans qu'il y ait eu, encore, ni mouvement des mâchoires, ni impression sapide; l'eau vient à la bouche, suivant l'expression usitée.

Les substances dites sialagogues , comme la pyrèlhre , agissent en irritant la membrane muqueuse buccale et suivant le mode auquel j'ai fait allusion plus haut. Il en est de même du tabac. Les glandes salivaires deviennent , dit-on,. plus volumineuses chez les fumeurs.

Les enfants surtout, à l'époque de la dentition, sécrètent la salive avec abondance.

Le même rapport qui existe entre la bouche et les glandes salivaires paraît exister entre ces mêmes glandes et l'estomac. Un homme avait l'œsophage coupé en travers, on lui injecta du bouillon dans l'estomac par le bout inférieur, il sécréta en peu de temps près de 6 onces de salive.

Toutes les influences que nous avons passées en revue appartiennent à l'état physiologique; il en est d'autres qui sont morbides.

Les hypochondriaques salivent beaucoup ; on les appelle sputatores. Cela pourrait bien tenir, chez quelques-uns, à un état pathologique de l'estomac.

L'inflammation de la gorge, le gonflement de la langue, augmentent la sécrétion salivaire ; il y a une période de la variole confluente où la salivation est abondante.

Plusieurs états morbides du tube digestif et notamment les vers déterminent une sorte de ptyalisme. La bouche se remplit de salive au moment où l'on va vomir.

L'influence la plus remarquable est celle des préparations mercurielles. Des malades atteints de salivation mercurielle ont laissé écouler, dans un seul jour, 3, 4 et 5 livres de salive, 3 pintes,

DE l'insamvation. 701

5 pintes, et même jusqu'à 23 livres (1); s'il n'y a pas eu d'erreur dans l'évaluation. On a estimé que des malades avaient perdu de 50 à 120 livres de salive pendant la durée totale d'une salivation (2). Ce n'est point , comme on l'a supposé , l'inflammation des glandes salivaires qui produit cette sécrétion excessive. J'ai deux fois disséqué des glandes parotides enflammées et dont les conduits étaient pleins de pus, la sécrétion salivaire y avait cessé. D'une autre part, les glandes salivaires d'un individu qui avait succombé à un ptyalisme mercuriel n'étaient aucunement enflammées (3). C'est l'irritation des gencives qui cause la salivation, et c'est principalement à cet état qu'il s'agit de remédier (4).

Suivant Lower, la ligature de la jugulaire sur un chien est suivie de ptyalisme, par l'obstacle qu'elle oppose au retour du sang veineux.

Les principales circonstances qui diminuent la sécrétion salivaire sont les évacuations excessives par la peau , les urines, ou le tube intestinal; l'usage de certaines substances, le sucre par exemple; l'absence d'appétit; certaines affections morales, où la langue collée au palais ne peut plus articuler les sons. On peut dire que, dans les maladies, la sécrétion salivaire est encore plus souvent diminuée qu'augmentée. Lorsque, dans les maladies , la bouche commence à s'humecter, lorsque la salive y afflue, cela est souvent l'indice du retour à la santé.

Excrétion ( alivairc.

La continuité de la sécrétion suffit pour faire couler la salive dans la bouche. La contraction des muscles masticateurs se joint

(1) Lepelletier, Physiol. mêd./p. 558.

(2) Haller, t. VI, p. 00.

(3) Compte rendu des travaux de la Société anatomiqiie pendant Vannée 1830, par P.-H. Bérard, p. 30.

(4) Ce préceple, que j'avais déjà donné et mis en pratique à la fin de 1830 , a élé suivi depuis celle époque par plusieurs ehirurfîien3.

fM Dli LA IHOK.STION.

au vis a lei^o , lors des mouvements des mâchoires. A ces deux causes, il faut ajouter la contraction des conduits twëteun eux-mêmes. Le microscope montre en effet, dans les parois du canal de Stenon, des fibres musculaires de la vie organique , et il est vraisemblable qu'elles ne font pas défaut dans le conduit de Warlhon. Ce conduit, plus dilatable que le conduit parotidien(l), lance quelquefois hors de la bouche, par une sorte dléjaculalion, la salive qui s'y est accumulée. Est-ce la contraction du conduit lui-même, ou sa compression brusque par les muscles qui l'environnent, qui produit cet effet?

Dans le cas d'oblitération de quelques parties de l'appareil excréteur de la salive, on a vu ce liquide sourdre sur la joue, comme une rosée transparente. J'ai observé cette particularité sur mon père. Au moment du repas, sa joue rougissait, et la salive, d'abord rassemblée en gouttes , ruisselait bientôt avec abondance sans qu'on pût découvrir les orifices qui lui livraient passage. Un abcès de la parotide , survenu dans le cours d'une fièvre grave, avait été la cause de ce singulier mode d'excrétion salivaire.

Influence des ne ris sur la sécrétion et l'excrétion salivaircs.

Ce que nous venons de dire des circonstances qui augmentent ou diminuent la sécrétion salivaire, ne permet pas de douter qu'elle n'éprouve d'une manière plus ou moins prochaine l'influence du système nerveux. Je ne veux pas dire qu'en l'absence de toute action nerveuse il n'y aurait pas de sécrétion , bien qu'on ait écrit, mais sans entrer dans aucun détail, que la ligature ou la section des nerfs des glandes salivaires arrêtait leur sécrétion (2). Autre chose est d'être la condition d'un phéno-

(1) Plusieurs observations récentes ont appris que certaines grenouilleltes n'avaient pas pour siège le conduit de Warthon.

(2) Dans Siebold , toc. cit., p. 52. 11 renvoie à Kreysig. La même chose est avancée par Shurig.

DE l/lNSALIV/YTION. 703

mène ou tic pouvoir le modifier selon le besoin. Je n'attribue que cette dernière influence aux nerfs des glandes.

Je pense que, relativement aux glandes salivaires, c'est le nerf de la cinquième paire qui exerce l'influence dont je parle. Je le vois se distribuer partout où il y a des glandes salivaires, des filets du maxillaire inférieur restent dans la parotide. La glande sous-maxillaire et la sublinguale reçoivent de la même source par le ganglion sous-maxillaire et le nerf lingual. On voit la branche qui sort du trou mentonnier se répandre en filets nombreux dans la couche glandulaire qui double la muqueuse de la lèvre inférieure. Aux glandes buccales, labiales supérieures , palatines et linguales, ce sont encore des filets de la cinquième paire que Ton rencontre. A ce premier argument, j'ai ajouté depuis longtemps cette considération que, dans certaines névralgies des branches de la cinquième paire, il n'est pas rare que la salive coule en grande abondance. Enfin, nous signalerons, plus tard;, dans ce nerf un grand nombre de fibres grises, dites organiques.

Il est à remarquer que la plupart des filets de la cinquième paire , qui vont aux glandes salivaires , passent par des ganglions avant de pénétrer les glandes. Ceux de la glande sous-maxillaire passent par le ganglion de ce nom ; ceux de la sublinguale en proviennent aussi, et quelquefois même il y a pour elle un petit ganglion ( ganglion sublingual) décrit par M. Blandin (1). Plusieurs des ramuscules qui se distribuent y la parotide sortent de petits renflements ganglionnaires , dont M. Longet (2) a signalé l'existence au voisinage du condyle de la mâchoire inférieure; ceux des glandes palatines ont passé par le ganglion sphénopalatin.

Je me suis souvent demandé si les filaments ténus du grand sympathique, que les divisions de la carotide externe conduisent

(1) Nouveaux éléments d'anal omic descriptive , t II n Glfî- Paris 1838. ' ' '

(2) Anat. et physiol. du système nerveux.

aux glandes salivaires, n'ont pas aussi quelque influence sur la sécrétion. M. Longet (l) croit à cette influence, et il s'appuie sur ce que , les deux nerfs linguaux ayant été coupés sur un chien , la salive continua de couler au-dessous de la langue, et sur ce que la section du trijumeau, sur un lapin qui avait survécu quatre semaines à cette expérience, n'avait pas causé l'atrophie des glandes salivaires. Ces résultats ne sont point concluants, s'il est vrai que l'influence nerveuse se borne à modifier la sécrétion dans sa quantité et ses qualités, sans être pourtant une condition de l'action sécrétoire. Du reste, je n'ai aucun motif d'exclure le grand sympathique de toute participation à l'innervation des glandes salivaires.

Quant à Xexcrêtion, on ne peut douter qu'elle ne soit aidée par le concours de quelques nerfs, puisqu'il y a des fibres musculaires de la vie organique dans les parois des conduits excréteurs.

Le facial, qui est un nerf de mouvement (2), donne de petits filets au canal parotidien. Il en donne aussi aux petits renflements ganglionnaires dont nous avons parlé plus haut, et d'où sortent des ramuscules qui entourent le conduit de Stenon (3). Le même nerf fournit au conduit de Warthon, tantôt directement par la corde du tympan, tantôt par l'intermédiaire du ganglion sousmaxillaire , qui alors envoie des filaments sur le conduit excréteur. M. Bernard nie cette action du facial, parce qu'il n'a point vu le cours de la salive interrompu dans le conduit de Warthon, ni ce conduit dilaté chez les animaux auxquels il avait coupé la

(1) Anat. etphysiol. du système nerveux , etc., t. H, p. 178.

(2) M. Cusco vient d'apporter des arguments anatomiques imposants a l'appui de l'opinion que le facial est pourvu d'une petite racine ganglionnaire et par conséquent sensitive ( dissertation inaugurale, 10 août 1848, n° 173, p. 14 et suiv.). t)<ms mon Mémoire sur les fonctions du nerf facial (juillet 1835), j'avais déjà agité , au point de vue physiologique , ceUe question , sur laquelle Arnold et Barthold Gaedechens s'étaient prononcés dans le même sens que M. Cusco. Ce débat devra être repris quand nous traiterons des fonctions des nerfs en particulier.

(3; Longet , loc. cil.

DE l'insamvation. 705 corde du tympan^t). Mais il me paraît évident qu'en cas de paralysie du conduit, la salive doit continuer d'arriver à la bouche, puisqu'il n'y a pas de sphincter à l'extrémité du conduit excréteur.

Arnold (2) a attribué un rôle important , et vraisemblablement imaginaire, au ganglion sous-maxillaire relativement à la sécrétion de la salive. « I/action trop forte des substances sur J'organe du goût est mitigée, dit-il, par leur mélange avec la salive ; or, c'est le ganglion sous-maxillaire dont les nerfs se ramifient sur le canal excréteur de la glande qui influe sur l'excrétion de la salive et l'excite plus ou moins, suivant les circonstances. » M. Longeta, en quelque sorte , orné cette hypothèse, en mettant le ganglion entre deux ordres de filets, les uns sensitifs (destinés apparemment à lui apporter l'impression), les autres moteurs, par lesquels il réagirait sur l'appareil excréteur (3). Comme le ganglion sous-maxillaire manque chez le cheval , qui a un large conduit excréteur à la glande sous-maxillaire (4), il est douteux que ce ganglion ait le genre d'action qu'on lui a prêté. Les petits ganglions nerveux que M. Longet a vus au voisinage du condyle de la mâchoire inférieure , ganglions auxquels il donne aussi des racines sensitives et des racines motrices , et qui envoient dans la parotide leurs filets sensitifs , et autour du conduit parotidien leurs filets moteurs, devraient, pour pouvoir être assimilés au ganglion sous-maxillaire, envoyer des filets à l'organe du goût pour en recevoir les impressions et réagir en conséquence (ô).

(I) Recherches anat. etphys. sur la corde du tympan, p. 21. (2; F. Arnold, Mémoire sur le ganglion optique, pnblié par Breschet; Paris, 1830, in-4°, p. 23.

(3) Anal, cl phys. du sysl. nerveux , etc., t. Il , p. 140 et 456.

(4) Bernard, loc. cil., p. 20.

(5) M. Longet, en niant , comme je le fais depuis longtemps, l'action réflexe des ganglions, s'éloigne, il est vrai , de l'opinion d'Arnold ; mais alors pourquoi emprunter à cet auteur la croyance que le ganglion sous-maxillaire est protecteur de l'organe du goût, comme les ganglions ophthalmique , optique et. sphéno-palatin , seraient protecteurs des sens de la vue , de l'ouïe et de l'odorat?

Propriétés physiques et composition de la salive.

La salive a été l'objet d'analyses nombreuses parmi lesquelles il faut citer celles de Berzelius (1 ), de Tiedemann et Gmelin (2), de MM. Leuret et Lassaigne (3;, de Mislseherlich (4), de Wright (5) et de Bostock (6). Récemment encore une commission de lTnstitu't (7) a reçu la mission d'étudier comparativement la salive parolidienne et le liquide mixte contenu dans la bouche du cheval. Certaines particularités de sa composition ont été étudiées par MM. Donné (8), Mialhe (9), et autres, dont les noms seront cités plus loin.

Il est bon d'être prévenu que les résultats des analyses offrent quelques différences, suivant qu'on opère sur la salive parolidienne ou sur le liquide mixte contenu dans la bouche , et suivant que la salive est examinée au moment des repas ou dans

(1) Traité de chimie , t. VU, p. 154, et Annales de chimie, t. LXXXV1II, p. 23.

(2) Annales de chimie et de physique , t. XXV, p. 266 , et Recherches expérimentales sur la digestion, au commencement du 1er volume.

(3) Recherches physiologiques el chimiques pour servir à l'histoire de la digestion ; Paris, 1825, p. 34 ( les auteurs n'ont donné que le résultat de l'analyse). Lassaigne, Ann. de chimie et de physique, t. IX, p. 326; t. XIX, p. 174.

(4) Ann. de Pogg , t. XXV111, p. 520, et Rust, Magazin fier die grsamente, t. XXV1U, p. 491.

(5) The Lancet, 1842.

(6) John, Chemische labellen des thierreichs, p. 27. Journal des progrès, t. IV, p. 93.

(7) Élude comparative de la salive parolidienne et de la salive mixte du cheval , sous le rapport de leur composition chimique et de leur action sur les aliments, par MM. Magendie , Rayer et Payen (rapport lu dans la séance du 20 octobre 1845).

(8) Recherches sur les caractères chimique: de la salive consider^ comme moyens de diagnostic , etc.; Paris, 1835. Histoire physiologique et pathologique de la salive, elc; Paris , 1836 , in-8°.

(9) Mémoire sur la digestion el i assimilation des matières amy/oïdes et sucrées ; Paris , 1846 , in-8°.

DE L'UVSALIVATlON. 707

leur intervalle , le matin à jeun où dans la journée, et suivant qu'il y a, ou non, urte irritation gastrique.

Comme il n'est pas facile de se procurer la salive buccale des animaux, en assez grande abondance pour en faire des analyses , on a presque toujours eu recours à la section du canal parotidien. Cependant la commission de l'Institut (1) a imaginé un moyen ingénieux de se procurer le liquide mixte de la bouche du cheval. On faisait manger à l'animal, et on recueillait pa** une ouverture pratiquée à son œsophage, du son lavé à l'eau froide, puis à l'eau bouillante, et enfin à l'eau distillée, et l'on retirait de ce son la salive dont il était imprégné. La salivé mixte coule avec assez d'abondance de la bouche d'un chien bâillonné , pour qu'on puisse l'étudier.

Chez l'homme, c'est la salive mixte qui a été le plus souvent analysée; cependant on a quelquefois mis à profit les fistules du conduit parotidieu. C'est sur le liquide découlant d'une fistule parotidienne que Mitscherlich (2) a fait son beau travail. MM. Leuret et Lassaigne (3) ont aussi analysé la salive d'une fistule parotidienne.

Propriétés physiques. — La salive est une humeur visqueuse, inodore, claire comme de l'eau, ou plutôt offrant une teinte légèrement bleuâtre , comme si on avait ajouté une goutte de lait à une livre d'éau. Siebold (4), qui fait cette comparaison, dit encore que la salive file, comme ferait une dissolution d'une partie de gomme dans 40 parties d'eau. 11 faut ajouter qu'elle est plus ou moins filante , suivant les différents sujets.

(1) Étude comparative de la salive parotidienne et de la salive mixte du cheval, sous le rapport de leur composition chimique et de leur action sur les aliments , par MM. Magendie , Rayer et Payen (rapport lu dans le séance du 20 octobre 1845).

(2) Annales de Pogg, t. XXVII! , p. 320 , et Rust , Magasin fur die gesamente heilkunde, t. XXVIII, p. 491.

(3) Recherches pluysiologiques et chimiques sur la digestion, p. 31

(4) Uistoria syslemalis salivalis , physiologice et palhologice considérait, p. 45.

La salive de la glande maxillaire du chien n'offre pas cette teinte opaline; celle de la parotide du même animal ne la prend que par le refroidissement (1).

Examinée au microscope, elle présente des globules. Asch(2) et Lceuwenhoeck les ont aperçus les premiers; Treviranus les a niés ; mais Tiedemann et Gmelin (3) ont de nouveau constaté leur existence. De nos jours, on les a reconnus pour des globules muqueux; ils sont produits par la membrane muqueuse delà bouche , mais non exclusivement par elle. Les conduits salivaires en charrient aussi , comme l'a démontré Sébastian (4) , d'après l'examen du produit d'une fistule parotidienne de l'homme.

La commission de l'Institut (Ô) n'a vu dans la salive parotidienne du cheval, après l'avoir filtrée, que de petits flocons blancs , composés de carbonate de chaux et d'un peu de matière organique; tandis que des globules arrondis, transparents, se trouvaient dans le liquide mixle provenant de la bouche du même animal. Les globules ou grumeaux de la salive sont de grosseur inégale. Weber (6) leur donne de 4 à ô millièmes de ligne, et il y a vu une tache offrant quelque ressemblance avec un noyau; ils se renflent dans l'eau, et quelques-uns y deviennent muriformes.

La densité de la salive l'emporte bien peu sur celle de l'eau; le poids de celle-ci étant représenté par 1000, la salive pèse 1006 environ; Gmelin n'avait trouvé que 1004, mais Siebold donne le chiffre de 1008, et Mitscherlich celui de 1006 à 1008.

Composition chimique. — La salive est-elle acide, neutre ou alcaline P

Fréd. Hoffmann, Vieussens, Viridet et autres, ont dit qu'elle

( I ) Bernard , Mémoire sur le rôle de la salive dans les phénomènes de la digestion (Arch. gén. de méd., 4e série, t. XIII, p. 8).

(2) Asch, Nat. spermalis, p. 78. Leeuw., PMI- trans., n° 106, p. 121.

(3) Loc. cit.

(4) Van Setten , de Saliva , 1837.

(5) Loc. cil., et Gaz. méd., 1845, p. 690.

(6) Cité par Burdach, t. VII , p. 430.

DE l'insamvation. 709 renfermait des sels acides , qu'elle éteignait le mercure, qu'elle attaquait les vases de cuivre, qu'elle rougissait la solutiou d'héliotrope ; que le lait tournait, si les cuisinières, après l'avoir goûté , remettaient la cuiller clans le vase qui le contient, elc. Duverney dit qu'elle n'est acide que chez les gens âgés. Haler (1) ne l'a jamais vue acide sur lui-même, Tiedemann et Gmelin nient aussi cet état acide de la salive, chez les personnes bien portantes.

D'autres ont écrit que la salive était neutre ; Montègre dit avoir constamment trouvé la sienne dans cet état (2); c'était aussi l'opinion de Fourcroy.

Tiedemann et Gmelin (3) et M. Donné (4) pensent que la réaction légèrement alcaline de la salive est son état normal.

C'est ici qu'il faut tenir compte du lieu où a été prise la salive et du moment où on l'a recueillie. Or en mettant de côté certains états pathologiques, voici ce qu'on observe :

Il y a des personnes qui ont la salive buccale légèrement acide ; mais, au moment du repas, elle dévient alcaline, ainsi que le fait observer Mitscherlich. D'autres l'ont neutre, et chez elles elle devient encore alcaline au moment du repas ; d'autres l'ont habituellement alcaline, et cette alcalinité augmente lors de la mastication des aliments. Fréquemment elle est acide le matin à jeun et passe ensuite à l'état neutre ou alcalin. Si maintenant nous comparons la salive mixte à la salive parotidienne , nous voyons la commission de l'Institut (5) constater, sur le cheval, l'alcalinité des deux salives, mais celle qui vient directement de la glande est beaucoup plus alcaline que celle de la bouche (6).

(1) Haller, Elem. phys., t. VI , p. 53.

(2) Expériences sur la digestion, p. 28.

(3) Loc. cit.

(4) Loc. cit.

(5) Loc. cit., p. 690.

(6) 11 ne faut pas perdre de vue que celle salive buccale est prise au moment du repas dans l'expérience précitée.

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rail laisser quelques incertitudes dans voi re cspritsurla nalurede la salive, niais je crois pouvoir ramener tous ces faits aune règle commune. Je pense que si la salive buccale devient alcaline au moment du repas, cela ne lient pas à ce que la nature de la sécrétion change , à ce moment , mais simplement à ce que l'afflux abondant de la saliye, lorsque Ton mange (laquelle salive est toujours alcaline ) , neutralise et au delà la légère tendance à l'acidité qui s'observe dans la sécrétion buccale (1). Tous les autres faits peuvent recevoir la même explication. Si le liquide buccal est acide le matin , c'est qu'il a peu coulé de salive dans la bouche pendant la nuit, tandis que la sécrétion buccale a continué. Quant aux différences individuelles, elles tiennent à la prédominance de l'une ou l'autre de ces sécrétions antagonistes. A la vérité Mitscherlich l'a vue couler acide d'une fistule parotidienne pendant Tintervalle des repas; mais, hors le moment du repas, il s'en écoule fort peu, et l'acidité pouvait tenir à la sécrétion opérée dans le trajet de la fistule. M. Bernard (2) a vu , chez deux femmes de la Salpêtrière , dans le service de M. BaiUarger , une salive bien nettement alcaline suinter sur la joue à la suite d'une obstruction du canal parotidien. Arnold a constaté que l'on obtenait constamment une réaction alcaline en appliquant le papier réactif sur l'orifice du conduit de Stenon,

Il y a eu quelques débats sur la cause de l'alcalinité de la salive. MM. Leuret et Lassaigne l'attribuent à un excès de soude, Tie4emann et Gmelin à un carbonate ou bicarbonate de soude, la commission de l'Institut à une grande quantité de bïcarbo-

(1) Je vois avec plaisir mon collègue Andral développer, dans un mémoire qu'il vient de lire à l'Institut, la même doctrine que j'ai professée pendant plusieurs années. Recherches sur l'état d'acidité ou d'alcalinité de quelques liquides du corps humain, dans l'état de santé et de maladie; mémoire lu à l'Académie des sciences, le 19 juin 1818, par M. Amiral.

(2) Loc. cit., p. 7.

DU l'insalivation 111 nate de potasse , tandis que M. Bloodlol a nié positivement l'existence des carbonates alcalins dans les sucs muqueux , au nombre desquels il range la salive (1). Enfin, Schullz a cru que X ammoniaque était la cause de l'alcalescence de ce liquide , ce qui a été réfuté par Mitscherlicb, lequel n'a point trouvé, d'ammoniaque à l'état de liberté dans la salive fraîche. Nous admettrons donc que la salive doit son alcalinité à un excès d'alcali fixe.

La salive appartient à cette classe d'humeurs où l'eau et les matières organiques n'ont pas conservé le même rapport que dans le sang (page 290). L'eau y est prédominante. Les chiffres qui, dans diverses analyses , expriment le rapport de l'eau aux parties solides ou solidifiables (tant organiques que salines) tournent autour de 9,900 parties d'eau, sur 10,000 parties de salive.

Sur les 100 parties de matières solides . il y en a un peu plus de 40 fournies par les sels, et le reste est composé de matières animales.

Les sels de la salive sont, en outre de ceux dont j'ai parlé à propos de l'alcalinité, le chlorure de sodium , le chlorure de potassium, des phosphates de soude et de chaux.

La salive contient aussi des sels ammoniacaux. Les alcalis introduits dans la bouche font naître la sensation de saveur urineuse , parce qu'ils décomposent ces sels et mettent l'ammoniaque en liberté. Cette explication est de M. Chevreul.

D'autres sels sont en minime quantité dans la salive, ou même n'y sont pas généralement admis. Tels sont le lactate de potasse, indiqué par Mitscherlich ; le lactate de soude, reconnu par Berzelius et par Guibourt ; ïacétate de soude dont l'existence dans la salive est soupçonnée par Gmelin; le carbonate de chaux que la commission de l'Institut signale à l'état de corpuscules microscopiques , et que Gmelin admet aussi clans ce li-

(1) Traité analytique de la digestion, p. 120 et 121 ; 1843.

n* DE LA. DIGKSTION.

quide; enfin du phosphate et du carbonate de magnésie ( Gmelin ) , et de la silice ( Miischerlich ).

Treviranus (I) ayant remarqué que la salive humaine colorait sensiblement le perchlorure de fer en rouge, avait attribué cet effet à un acide organique particulier, qu'il avait nommé acide sanguin. ïiedemann (2) et Gmelin, en faisant des recherches à ce sujet, annoncèrent la découverte d'un corps, qu'ils ne s'attendaient guère à rencontrer dans la salive de l'homme : le sulfocyanure de potassium. La salive de la brebis leur a offert du sulfo-cyanure de sodium, mais il n'en ont pas trouvé dans la salive du chien. Le docteur Van Setten dit avoir trouvé le sulfocyanure de potassium dans le liquide provenant d'une fistule salivaire de l'homme. Dre (3) croit avoir confirmé celte découverte, que Mitscherlich pas plus que M. Dumas (4) ne révoquent en doute. Cependant le fait a été contesté par d'imposantes autorités. Berzelius croit que l'acide hydro-sulfo-cyanique prend naissance pendant que l'on fait bouillir l'alcool avec la salive. La commission de l'Institut, qui n'a pu trouver cet acide dans la salive parotidienne du cheval, le regarde comme un produit de l'altération de la salive. D'autres, comme Schultz(4), attribuent à l'acétate de soude la coloration en rouge de la salive mise en contact avec le chlorure de fer, et ils allèguent à l'appui de cette explication, que la couleur produite est plutôt rouille'e que purpurine. M. Blondlot (5) va jusqu'à nier celte coloration pour le plus grand nombre de cas. M. Lassaigne m'a affirmé qu'il avait vainement cherché, dans la salive, le sulfo-cyanure de potassium.

Je passe à rémunération des matières organiques contenues dans la salive.

(1) Biologie, t. IV, p. 331.

(2) Loc. cit.

(3) Journal of science, t VII, p. 60.

(4) De Alimcnlorum concoctione , p. 61.

(5) Loc. cit., p. 123.

DE L'INSALIVATION. 713

La salive contient du mucus. Déjà le microscope vous l'y a montré. Une partie de ce mucus, tenue en dissolution par la soude, contribue à donner à , la salive sa viscosité. Le mucus est plus abondant dans le liquide mixte (liquide buccal), mais il ne manque pas dans les conduits des glandes. Suivant Siebold (1), la salive est d'autant moins épaisse qu'elle vient d'une glande plus volumineuse. Les plus petites glandes établiraient ainsi la transition avec les follicules muqueux. Cette opinion, qui n'était peut-être que spéculative, est confirmée, si on se borne à opposer la parotide à la glande sous-maxillaire. Le liquide de la première est très-diffluent, de consistance aqueuse, tandis qu'on voit sortir du canal de la glande sous-maxillaire, divisé, chez le chien, de grosses gouttes perlées, d'un liquide visqueux, gluant, transparent, essentiellement différent du fluide parotidien (2). Chose curieuse, une infusion de la substance de la parotide donne un liquide aqueux, tandis qu'une infusion de la sousmaxillaire donne un liquide gluant et visqueux. L'infusion des glandules génales et labiales donne un produit analogue à celui de la parotide. L'infusion des glandes palatines ressemble à celle des glandes sous-maxillaires (3).

On trouve dans la salive la matière extractive composée, nommée osmazome, une huile contenant du phosphore (Tiedemann et Gmelin). F. Simon a retiré de la salive du cheval un corps gras, mêlé de cholestérine , et une assez notable quantité de caséine (4).

Quant à l'albumine coagulée admise par Bostoch, quant à l'albumine liquide signalée par Brande, et dont MM. Leuret et Lassaigne indiquent des traces ainsi que M. F. Simon, on ne la voit point figurer dans le plus grand nombre des analyses. Tiedemann et Gmelin révoquent en doute son existence dans la

( I ) Historia systemalis salivalis , etc.

(2) Homard, loc. cit., p. 8.

(3) Loc. cit., p. 28.

(4) Dumas, Chimie physiologique et médicale, t. VIII, p. G02.

salive. M. Blondlol lait observer que I él. clricilé ne détermine pas de coagulum dans ce liquide, ce qui aurait lieu s'il contenait de l'albumine.

J'ai gardé, pour la fin, l'indication de la matière organique qui donne à la salive son caractère. M. Berzelius, qui l'a isolée le premier, lui a donné le nom de ptyaline. M. Dumas (1) décrit en ces termes son mode de préparation d'après M. Berzelius : « On évapore la salive a siccité; le résidu incolore et gommeux est traité par l'alcool qui lui enlève une matière animale soluble, quelques sels et un peu de graisse, dans laquelle on a parfois reconnu l'existence de la cholestérine. Le résidu alcalin insoluble est traité par un peu d'acide acétique, évaporé à siccité, puis repris par l'alcool. Le résidu de ce second traitement consiste en mucus qui en constitue à peu près le tiers, et en ptyaline : on isole celle-ci en la dissolvant dans l'eau et évaporant celte solution à siccité. »

La ptyaline est soluble dans l'eau et insoluble dans l'alcool concentré. L'eau dans laquelle on la dissout devient filante : d'où Berzelius conclut que c'est elle , surtout, qui donne à la salive sa viscosité.

Les recherches plus récentes de M. Mialhe ont démontré que la ptyaline est un principe altéré , et que l'activité de la salive buccale tient a une autre substance dont je me réserve de vous faire un peu plus loin l'histoire ( voyez Usages de la salive).

Je terminerai ce qui a trait à l'état chimique de la salive normale , par l'indication des principales différences observées par la commission de l'Institut, entre la salive paroticlienne du cheval et sa salive mixte ou buccale. J'ai déjà parlé des différences dans le degré d'alcalinité et dans l'apparence microscopique. La salive mixte contient une grande quantité de chlorure alcalin; mais elle ne renferme pas de carbonate, tandis que la salive parotidienne en présente (cela suppose que ces carbonates sont décomposés dans la bouche ). La salive parotidienne est claire ,

(1) Loc. cit., p. 601.

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