CHAPITRE VI
Avant de commencer l'étude des instruments d'optique, il est indispensable de se rendre compte de la manièie dont s'opère la vision; il est nécessaire, par conséquent, d'étudier l'organe de la vue et même, jusqu'à un certain point, de connaître ses imperfections.
1. DESCRIPTION DE L'ŒIL. — L'œil est un globe mobile dans une cavité du cnlne, Forbilc, sous l'influence de muscles au nombre de six. La figure 101 en représente une coupe par un plan horizontal.
La partie périphérique du globe oculaire est formée d'une membrane à laquelle sa dureté a fait donner le nom de sclérotique AA. La sclérotique proprement dite est opaque, mais en avant de l'œil, elle est remplacée par une calotte transparente, la cornée transparente B, qui fait légèrement saillie sur le reste du globe oculaire, en présentant une courbure un peu plus forte. Par opposition au nom de cornée transparente, la partie blanche et opaque de la sclérotique visible à travers les paupières s'appelle la cornée opaque.
La sclérotique est tapissée à son intérieur par une membrane très mince, riche en vaisseaux sanguins, la choroïde. Celte membrane présente dans les cellules superficielles de ses deux faces un pigment noir, qui rend obscur tout le fond de l'œil.
La choroïde manque dans la partie antérieure de l'œil. Elle se termine en avant par un anneau MM, de nature musculaire, qui s'appelle le muscle ciliaire. La partie postérieure de cet anneau contient des plexus de vaisseaux sanguins renflés en massue et disposés dans le sens des rayons, qui constituent le corps ciliaire.
De la choroïde se détache encore une autre membrane annulaire, la zone de Zinn, située en arrière du corps ciliaire.
Fig. 101.
Entre le corps ciliaire et la partie antérieure du muscle ciliaire se trouvent, comme enchâssés, les bords d'un disque, l'iris II, percé en son milieu d'une ouverture, circulaire chez l'homme, la pupille. L'iris est de nature musculaire, et le jeu de ces muscles dilate ou rétrécit la pupille. C'est l'iris qui, vu à travers la cornée transparente, donne à l'œil sa couleur variable d'un individu à un autre. Quant à la pupille, elle apparaît comme un point noir au milieu de l'iris.
La choroïde est recouverte elle-même dans le fond de l'œil par une membrane de nature nerveuse la rétine CC. Celle-ci est formée par l'épanouissement à la surface de la choroïde des fibres
d'un gros nerf de sensibilité spéciale, le nerfoptiqueT. Ce nerf traverse la choroïde qui manque à cet endroit en un point R placé non pas exactement au milieu du fond de l'œil mais un peu plus près du nez. La sclérotique se prolonge à la surface du nerf et en forme la gaine G.
Le nerf optique pénètre dans la cavité cérébrale par une ouverture située dans le fond de l'orbite ; avant de se fondre avec la masse du cerveau, les deux nerfs optiques se réunissent et s'entrecroisent partiellement : les fibres qui s'étalent sur la partie droite de chaque œil se réunissent et pénètrent dans la partie droite du cerveau ; les fibres qui s'étalent sur la partie gauche de chaque œil se réunissent de même et pénètrent dans la partie gauche du cerveau.
La rétine est une membrane translucide; sa structure est fort compliquée, nous renverrons pour sa description exacte aux traités spéciaux. Indiquons seulement que le milieu de la rétine présente une petite excavation (fosse centrale) entourée d'une bordure jaune (tache jaune).
Immédiatement derrière l'iris se trouve un corps transparent ayant la forme d'une lentille biconvexe dont la face antérieure est moins bombée que la face postérieure : c'est le cristallin L. Celui-ci est enfermé dans une enveloppe transparente très mince, la capsule cristalline dont le pourtour est fixé à la zone de Zinn ; c'est ainsi que le cristallin est maintenu en place. Cet organe n'est pas homogène ; il est formé par des couches concentriques dont l'indice de réfraction augmente, en allant des couches périphériques aux couches centrales : l'indice absolu moyen est 1,384.
L'œil se trouve divisé par le cristallin en deux parties inégales. La partie antérieure H, comprise entre la cornée et le cristallin, contient un liquide mobile, en grande partie formé d'eau : c'est r humeur aqueuse. La partie postérieure dé l'œil V» comprise entre le cristallin et la rétine, renferme un milieu transparent incolore, de consistance gélatineuse, r humeur vitrée. Ce tissu gélatineux est contenu à l'intérieur d'une enveloppe très mince transparente, la membrane hyaloïde, qui recouvre la rétine et la face postérieure du cristallin.
L'indice de réfraction absolu de l'humeur aqueuse est 1,337 et celui de l'humeur vitrée est presque le même, 1,389.
2. FORMATION DBS IMAGES SUR LA RÉTINE. — Nous venons de voir qu'en avant de la rétine il existe une succession de milieux réfringents parfaitement transparents. Ces milieux forment un système optique convergent : en effet, derrière la cornée transparente, ménisque à faces à peu près parallèles se trouve l'humeur aqueuse plus réfringente que l'air; aussi, des rayons tombant parallèlement entre eux sur la cornée, convergent en traversant l'humeur aqueuse ; le cristallin, lentille biconvexe formée par une substance plus réfringente que celles qui baignent ses faces, augmente la convergence de ces rayons, qui concourent en un point toujours assez voisin de la rétine.
Dans un œil, même normal, les surfaces réfringentes ne sont pas exactement des surfaces sphériques centrées; pourtant elles ne s'éloignent pas tellement de ces conditions qu'on ne puisse, par approximation, regarder l'œil comme un système diop trique centré. Or, nous savons que tout système centré peut être remplacé, au point dé vue de la marche des rayons dans les milieux extrêmes, ici l'air et l'humeur vitrée, par le système de deux plans principaux, de deux points nodaux, et de deux foyers principaux.
La mesure des rayons de courbure de la cornée ot des deux faces du cristallin, et la connaissance des indices de réfraction des milieux de l'œil a permis de fixer les éléments de ce système optique. Voici, d'après l'ouvrage de M. Beaunis, la valeur moyenne de la position de ces éléments :
Distances au sommet de la cornée. Différences,
en centimètres.
Premier point principal Pi (flg. 101) 0°,22 Deuxième point principal P, 0%26 '
Premier point nodal N, 0% 72 j
Deuxième point nodal N, 0e, 76 ' j
Longueur focale antérieure 1e, 50 |
Longueur focale postérieure 2% 01
Comme les deux plans principaux sont très voisins, on pent, tout en restant dans une approximation suffisante, les supposer :
confondus, comme on le fait dans le cas d'une lentille très mince; |
la confusion des deux plans principaux entraîne celle des deux points nodaux (œil réduit).
Empressons-nous d'ajouter que les nombres de ce tableau n'ont rien d'absolu : non seulement ils varient suivant l'individu et suivant l'âge, mais aussi, comme nous allons le voir, suivant la dislance même de l'objet que l'œil regarde; il faut considérer ces nombres comme uno moyenne obtenue par un grand nombre de mesures faites sur des yeux normaux.
Le système optique de l'œil donne des objets extérieurs une image réelle et renversée, qui se peint sur la rétine.
L'expérience suivante permet de s'assurer qu'il en est bien ainsi. On fixe à une ouverture pratiquée dans le volet d'une chambre noire, un œil de cheval ou de bœuf, la cornée étant tournée vers l'extérieur; auparavant, on a diminué l'épaisseur de la sclérotique à sa partie postérieure. On voit alors se peindre sur cette membrane translucide l'image renversée des objets extérieurs.
Quand la rétine est exactement au foyer conjugué de l'objet, l'image qui se peint sur la rétine est parfaitement nette; dans ces conditions, l'observateur voit nettement l'objet. Si, au contraire, la rétine n'est pas au foyer conjugué de l'objet, limage qui se forme sur elle est diffuse, et l'observateur ne voit que confusément l'objet: la perception est la même, dans ce cas, que s'il s'était peint nettement sur la rétine l'image d'un objet diffus. En définitive, cette image qui se forme sur la rétine est un intermédiaire indispensable dans l'acte de la vision, et de la netteté de cette image dépend la netteté de la perception visuelle (*).
(1) On 8* est souvent demandé, et quelques chercheurs se demandent comment H se fait que nous voyons droits les objets, quand leurs images se peignent renversées sur la rétine.
En réalité, dans Tétai actuel de nos connaissances, il n'y a pas même lieu de se poser celte question; car, avant de l'aborder, il faudrait évidemment savoir comment on perçoit la sensation produite par l'image qui se peint sur la rétine; or, il parait bien probable que l'homme ne se rendra jamais un compte exact du mécanisme de la perception.
Tout ce qu'on peut dire à ce sujet, c'est que, comme pour toutes les au-
3. AHGLE VISUEL. — Menons par les deux extrémités d'un objet que l'œil regarde les rayons qui passent par le premier point nodal de l'œil ; soit a l'angle que forment ces rayons, c'est l'angle sous lequel on voit l'objet (angle visuel) : plus cet angle est grand, plus l'objet est vu gros. En effet, chacun des deux rayons que nous venons de considérer donne naissance dans l'humeur vitrée à un rayon qui lui est parallèle et qui passe par le second point nodal ; ces deux rayons forment, par conséquent, entre eux, l'angle a, et ils frappent la rétine aux deux points où se forme l'image de chacune des extrémités de l'objet. On voit donc que la grandeur de l'image rétinienne ne dépend à peu près que de l'angle a, puisque la distance à la rétine du second point nodal est à peu près invariable.
Un même objet est vu sous un angle d'autant plus faible qu'il est plus éloigné, c'est pour cela que les objets paraissent d'autant plus petits qu'ils sont plus loin.
Quand l'angle visuel devient trop petit, l'objet cesse d'être distingué des objets voisins. Ainsi, en général, pour les vues moyennes, les traits qui limitent les millimètres sur une règle graduée cessent d'être vus distinctement à partir de 350 centimètres, ce qui correspond à un angle visuel d'une minute environ et à une image rétinienne de 0%0004.
Vacuité visuelle, c'est-à-dire la possiblité de distinguer de petits objets voisins, dépend beaucoup, du reste, de la perfection de l'œil, et est très variable d'un individu à un autre.
Ajoutons qu'un objet brillant se détachant sur un fond sombre peut être aperçu môme quand il est vu sous un angle beaucoup plus petit qu'une minute; c'est alors l'éclat, et non l'angle, qui règle la visibilité. On en a un exemple dans les étoiles fixes
1res perceptions, nous rapportons la sensation éprouvée non à l'extrémité de la fibre nerveuse qui la transmet, mais à la cause extérieure, parfois très éloignée, qui Ta produite. Quand la partie supérieure de notre rétine est éclairée, nous savons que la source lumineuse qui a donné naissance à la sensation est en bas ; nous le savons par cette éducation de l'œil que chaque homme, chaque animal supérieur a faite d'une manière presque toujours inconsciente, les aveugles de naissance qui recouvrent la vue en ayant seuls conscience.
qui sont vues toutes sous un angle tellement petit qu'il est impossible de le mesurer.
4. ACCOMMODATION. — Supposons que l'œil voit nettement un objet situé à une très grande distance, la lune ou les étoiles» par exemple : l'image de cet objet se forme exactement sur la rétine. Un autre objet situé moins loin, mais à une distance considérable encore par rapport aux distances focales de l'œil, par exemple à une distance excédant 50 mètres, formera son image encore très sensiblement dans le plan focal postérieur de l'œil comme celle d'un objet situé à l'infini. On conçoit par là que, sans aucun changement dans la disposition des milieux optiques de l'œil, celui-ci puisse voir nettement à la fois les objets depuis une distance de 50 à 60 mètres jusqu'à l'infini.
Mais si l'œil n'éprouvait aucun changement, il ne pourrait voir nettement des objets beaucoup plus rapprochés, distants de deux ou trois décimètres par exemple ; car, l'image nette de ces objets rapprochés se formant plus loin que celle des objets éloignés, il se peindrait une image confuse sur la rétine.
Puisque nous pouvons voir nettement les objets rapprochés aussi bien que les objets éloignés, il faut que l'œil éprouve une modification quand, après avoir regardé un objet éloigné, il regarde un objet rapproché. On peut s'assurer, du reste, avec un peu d'attention, que l'on ne peut pas voir simultanément nets un objet situé près de l'œil et un objet situé loin, et qu'il faut un certain temps pour qu'un œil, qui vient de regarder de près, puisse voir nettement un objet éloigné, ou réciproquement.
C'est à cette modification que subit l'œil pour voir successivement nets des objets situés à des distances différentes que l'on donne le nom d'accommodation.
Les expériences de Cramer, reprises et complétées par Helmholtz, ont fait connaître la nature du changement* qui se produit dans l'acte de l'accommodation : les faces du cristallin prennent une courbure plus forte à mesure que l'objet qu'on regarde est plus voisin de l'œil; le cristallin devenant plus convergent, l'image de l'objet est ramenée à se former nettement sur la rétine.
Voici maintenant quel est le procédé d'expérience imaginé par
FlG. 103.
Cramer. Quand on approche de l'œil d'une personne un objet brillant, comme la flamme d'une bougie, on voit par réflexion, trois images de cet objet (images de Pur k in je) : une première image A (flg. 102) est droite et très éclairée ; elle est produite par la réflexion de la lumière sur la face antérieure de la cornée qui forme un miroir convexe. Une seconde image B, droite aussi, mais plus grande et beaucoup plus pâle est due à la réflexion de la lumière sur la face antérieure du cristallin. Enfin, une troisième image C, petite et renversée, est fournie par la réflexion des rayons sur la face postérieure du cristallin, qui forme un miroir concave. Or, Cramer, en examinant l'œil avec un microscope pourvu d'un micromètre oculaire, a reconnu que pendant l'acte de l'accommodation l'image B formée par la face antérieure du cristallin se déforme. A mesure que l'objet se rapproche, cette image devient plus petite, indiquant une augmentation dans la convexité de la face antérieure du cristallin.
Helmholtz a mesuré avec beaucoup de soin, à l'aide d'un instrument appelé ophtalmomètre (*) les dimensions de ces images, ce qui permet de calculer les rayons de
Fie. 103.
(1) L'ophtalmomètre consiste en une lunette au-devant de laquelle est disposé un système composé de deux lames de verre épaisses, à faces parallèles > A et B (flg. 103) placées l'une au-dessus de l'autre et traversées cha-
courbure des surfaces, réfringentes, en connaissant les indices de réfraction de l'humeur aqueuse et du tissu cristallin.
La variation de grandeur des images a permis à Helmholtz de déterminer la variation de la courbure de6 surfaces réfléchissantes. Il a reconnu ainsi, conformément aux expériences de Cramer, que la cornée ne subit aucune déformation, et que la face antérieure du cristallin se renfle quand l'œil s'accommode pour voir plus près; mais il a reconnu aussi, que la face postérieure du cristallin se renfle un peu pendant cette accommodation, ce qui avait échappé à Cramer. En outra, le calcul lui a montré que les variations de courbure des faces du cristallin sont juste celles
cune, par conséquent, par la moilié des rayons qui tombent sur l'objectif. Ces lames peuvent tourner en sens inverse de quantités égales, de façon à faire des angles égaux avec l'axe de la lunette.
Considérons un point lumineux 0 situé suivant Taxe de la lunette à une distance des lames peu considérable. Les rayons qu'il émet et qui tombent sur la lame A sortent parallèlement à leur direction d'entrée mais éprouvent un déplacement. Il en résulte que la lame A donne de O une image virtuelle 0, à peu près à la même distance que l'objet O, mais déviée latéralement. Cette déviation est nulle si la lame est perpendiculaire à l'axe de la lunette; elle augmente de plus en plus à mesure que l'angle a que fait la normale à la lame avec l'axe de la lunette augmente. La deuxième lame B donnant une déviation en sens inverse, on voit, à travers la lunette, deux images 0, et 0, du point 0. Là distance d de ces images est facile à connaître par la valeur de l'angle a ; on trouve aisément la relation :
dsrfc'sina 1 — ■
\ y/n* — sin**/
dans laquelle e est l'épaisseur de chaque lame et u l'indice de réfraction du i
Pour obtenir avec cet instrument la grandeur des images formées par réflexion sur les surfaces d'un œil vivant, on fait tourner les lames A et B jusqu'à ce que les deux images de la bougie, provenant du dédoublement par l'ophtalmomètre d'une des images de Purkinje, soient tangentes l'une à l'autre ; alors la distance des points semblables des deux images est égale au diamètre de chacune d'elles. Connaissant l'angle dont il a fallu foire tourner les lames, on connaît, par là, le diamètre de l'image.
Faisons remarquer qu'une fois qu'on a rendu les deux images tangentes l'une à l'autre, ce résultat persiste malgré les petits mouvements le l'œil soumis à l'examen ; c'est ce qui permet de faire facilement la mesure sur un œil vivant.
qui conviennent pour ramener l'image à se former nette sur la rétine : il n'y a, par conséquent, pas d'autres causes qui produisent l'accommodation.
Ces changements de courbure du cristallin sont dus au jeu du muscle ciliaire et à un afflux de sang dans le corps ciliaire.
5. LIMITE DE VISION DISTINCTE. — Un œil normal peut voir nettement des objets placés à l'infini : il voit les étoiles comme des points brillants, la lune avec un contour net. En accommodant, l'œil normal peut voir des objets placés plus près jusqu'à environ 15 à 12 centimètres de l'œil; mais il est incapable, quelqu'eflbrt qu'il fasse, de voir nettement des objets situés très près : il y a une limite à l'accommodation, la courbure du cristallin ne peut dépasser une certaine valeur. Pour tout œil, il existe une distance en deçà de laquelle il cesse de voir avec netteté, c'est la distance minima de vision distincte ; le point le plus rapproché que l'œil peut voir nettement s'appelle le punctum proximum.
Quand on veut voir dislinctoment de petits objets à l'œil nu, on les approche à la distance minima de vision distincte, car c'est à celte distance qu'ils sont vus sous le plus grand angle sans cesser d'être vus nettement. Plus 1# punctum proximum est rapproché de l'œil, mieux l'œil est capable de distinguer les petits détails d'un objet.
6. EMMÉTR0PIE. — MYOPIE. — HYPERMÉTROPIE. — L'œil normal qui peut voir depuis une distance de 12 à 45 centimètres jusqu'à l'infini est appelé œil emmétrope : sans effort, l'œil emmétrope voit nettement à l'infini; en faisant le léger effort que nécessite l'accommodation, il peut voir à distance finie.
On désigne sous le nom d'œil myope un œil qui est caractérisé par l'impossibilité de voir nettement au delà d'une certaine distance {distance maxima de vision distincte) ; le point le plus éloigné qu'il peut voir avec netteté s'appelle le punctum remotum.
Pour un œil myope, le punctum proximum est plus rapproché que pour un œil emmétrope, il pout n'être qu'à 7 ou 8 centimètres de l'œil et même moins. Aussi les myopes peuvent-ils voir plus gros les petits objets que les emmétropes.
L'intervalle compris entre le punctum proximum et le punctum remotum {latitude d 'accommodation) est d'autant moins étendu
que ces points sont plus près de l'œil; ainsi certains myopes ne peuvent voir net que des objets placés entre 8 et 20 centimètres de l'œil.
La myopie est due à une convergence trop grande du cristallin. Un objet éloigné donne naissance alors à une image située en avant de la rétine. Il faut donc que l'objet se rapproche jusqu'à une certaine distance (punctum remotum) pour que son image se peigne nettement sur la rétine; l'œil peut voir encore l'objet quand il se rapproche davantage en accommodant, c'est-à-dire en renflant davantage son cristallin, jusqu'à ce que l'objet ait dépassé la position du punctum proximum.
La myopie est quelquefois héréditaire, mais le plus souvent elle est acquise. Quand on a faiteffort pendant quelque temps pour regarder de petits objets, qu'on approche près de l'œil pour les voir sous le plus grand diamètre apparent possible, par exemple, après la lecture d'un ouvrage imprimé en caractères fins, un œil même normal devient myope pendant quelque temps ; on s'en aperçoit à ce que les objets éloignés ne peuvent plus être vus distinctement. Cetie myopie momentanée met souvent plus d'une demi-heure à disparaître complètement : le cristallin, qui s'était renflé au maximum pdbr donner une image nette de l'objet placé aussi près que possible de l'œil, ne peut plus immédiatement revenir à la forme plus aplatie qui est nécessaire pour la vision distincte des objets éloignés. Si cet effort de l'œil se répète fréquemment pendant que le sujet est jeune, le cristallin garde définitivement une courbure trop prononcée et la myopie définitive survient.
La statistique constate que la myopie n'existe guère que dans la classe studieuse. La mauvaise habitude qu'ont beaucoup d'enfants et de jeunes gens de lire de très près en est la cause (f). Les myopes sont en très petit nombre dans les basses classes d'un lycée. Leur nombre augmente et la myopie s'aggrave à mesure qu'on examine une classe plus élevée. La myopie se corrige aisément par l'emploi de verres diverti) L'emploi trop fréquent de dictionnaires, souvent imprimés beaucoup trop fin, joint à un éclairage parfois défectueux des salles d'étude, contribue beaucoup à donner aux élèves l'habitude de regarder de près et est une des causes qui augmente le nombre des myopes.
gents. Désignons par D la distance maxima de vision distincte d'un myope; supposons que celui-ci place devant son œil, et très près, une lentille divergente de distance focale précisément égale à D; cette lentille donne une image virtuelle et droite des objets situés à l'infini dans son plan focal, c'est-à-dire à une distance D de l'œil ; par conséquent, cette image est vue nettement. Les objets placés plus près de l'œil fournissent une image située à une distance moindre queD; en accommodant, l'œil peut les voir aussi. En définitive, l'adjonction d'un verre divergent à un œil dont les milieux réfringents sont trop convergents donne un système optique d'une convergence convenable.
Mais on voit qu'il ne faut pas que le myope prenne un numéro de lorgnon trop fort, c'est-à-dire une lentille divergente à trop court foyer; en effet, si la distance focale est inférieure à D, l'image fournie par la lentille des objets situés à l'infini, tombe en avant du punctumremotum, l'œil est déjà obligé d'accommoder pour la voir nette, et cette accommodation continuelle aggrave la myopie, ce qui est dangereux pour la conservation de la vue.
L'habitude de se servir d'un lorgnon pour regarder de près, quand on pourrait s'en passer, force aussi à accommoder plus qu'il ne serait nécessaire sans le lorgnon et produit le même inconvénient.
Passons maintenant à un autre genre de vue, T hypermétropie, qui est le contraire de la myopie. Un assez grand nombre de personnes peuvent voir nettement des objets virtuels; ainsi, en regardant à travers une lentille convergente à longue distance focale et placée près de l'œil des objets situés très loin, elles les voient nettement. Or, la lentille convergente donne des objets éloignés une image réelle qui fonctionne par rapport à l'œil comme un objet virtuel. Un œil qui est capable de voir un objet virtuel est appelé hypermétrope : pour un pareil œil le système réfringent est moin6 convergent que pour un œil emmétrope, et il est déjà obligé d'accommoder pour voir les objets réels situés à l'infini, a fortiori k distance finie. Presque toujours, le punctum proximum est plus éloigné pour un œil hypermétrope que pour un œil emmétrope, ce qui se conçoit aisément.
Quand le punctum proximum est trop éloigné, il en résulte une gêne dans la vision ; ainsi, pour lire, il faut placer le livre
trop loin, ce qui non seulement est incommode, maïs, en outre, ne permet pas de voir les caractères sous un diamètre apparent assez grand pour être bien distincts.
On corrige le défaut que présente un punctum proximum trop éloigné, en plaçant au-devant de l'œil une lentille convergente ; celle-ci donne d'un objet, situé dans le plan focal, une image à l'infini qui est vue nettement par l'œil. Si l'objet est placé un peu au delà du plan focal, la lentille en donne une image réelle, fonctionnant comme objet virtuel par rapport à l'œil et qui peut encore être vue. Si l'objet est un peu en deçà du plan focal, la lentille en donne une image virtuelle éloignée qui peut être encore vue en accommodant. Ainsi, c'est toujours dans le voisinage du plan focal de la lentille qu'il faut placer l'objet à regarder.
Du reste, comme nous l'établirons à propos de la loupe, l'angle sous lequel l'œil voit l'objet à travers la lentille ne dépend, à peu près, que de la distance de l'objet à la lentille.
7. PRESBYTIE. — La puissance d'accommodation, c'est-à-dire la plus grande variation que peut présenter la convergence des milieux optiques de l'œil, diminue à mesure qu'on avance en âge. Cette diminution commence à se faire sentir dès l'âge de 35 à 40 ans ; le punctum remotum s'écarte de plus en plus de l'œil ; à 70 ans, la puissance d'accommodation est nulle, l'œil est tout à fait presbyte. Si dans la jeunesse l'œil était emmétrope, dans la vieillesse il ne voit plus nettement que les objets situés très loin ; si l'œil était hypermétrope, il ne voit plus net à aucune distance, et ne peut voir nettement que des objets virtuels ; si l'œil était myope, le punctum proximum s'é tant confondu avec le punctum remotum (qui s'est le plus souvent un peu éloigné), l'œil ne voit plus net que les objets situés juste à cette distance : les objets situés au delà et en deçà de ce plan sont vus confusément. L'œil est alors myope et presbyte à la fois.
On corrige l'inconvénient que présente l'éloignement du punctum proximum, comme nous l'avons vu au paragraphe précédent, en plaçant devant l'œil une lentille convergente (besicles ou lunettes). Dans le cas d'un œil à la fois myope et presbyte, deux genres de verres sont nécessaires : des verres divergents pour voir les objets éloignés, situés au delà du plan de vision
distincte, des verres convergents pourvoir les objets situés près, situés en deçà du plan de vision distincte.
S. CHAMP DE L'ŒIL. — Pour qu'un objet soit vu très nettement,
il faut que son image se forme sur la fosse centrale qui est la