SYSTÈMES
voisins, c'est ce que les lois de la Mécanique démontrent ligoureusenaent; mais, quand on dit que cette force est une attraction de la matière, on a fait une hypothèse ausôi gratuite que celle des anciens, quand ils disaient que la force qui fait monter Teau est une horreur du vide. Plus récemment, dans le but d'expliquer les phénomènes de la chaleur, de l'électricité, du magnétisme et de la lumière, on imagina un fluide calorifique, deux fluides électriques, deux fluides magnétiques, un fluide éthéré. Qu'étaient-ce que ces fluides? Des êtres d'imagination, parfaitement choisis d'ailleurs pour se prêter à toutes les explications, parce qu'en les créant pour un objet déterminé on peut leur donner toutes les propriétés que l'on veut. C'est là ce qu'on nomme imaginer des systèmes; le plus souvent ils ne servent qu'à dissimuler l'ignorance où l'on est des choses, à faire illusion sur cette ignorance et à fausser l'esprit, qu'ils habituent à se payer de mots. Il est rare d'ailleurs que le progrès des sciences ne vienne tôt ou tard les déjouer. Le calorique n'est plus invoqué par personne; l'hypothèse des fluides magnétiques a disparu comme inutile quand on a connu les relations du magnétisme et de l'électricité. On cherche depuis longtemps à expliquer les phénomènes électriques par un seul fluide au lieu de deux, et qui peut prévoir le sort de ce fluide et de l'éther lumineux lui-même?
Bien que les physiciens modernes prennent pour se garantir des systèmes autant de soins qu'en mettaient les anciens à les multiplier, ils en admettent cependant quelques-uns encore, mais à une condition qui leur donne une véritable utilité : à la condition qu'ils soient renfermés dans une hypothèse générale qui puisse embrasser mathéipatiquement toutes les lois expérimentales d'une science tout entière, et même en faire découvrir d'autres. De ce nombre est la théorie que l'on accepte en Optique. Aussitôt que l'on a admis que la lumière est un mouvement vibratoire de l'éther, beaucoup de lois expérimentales deviennent des conséquences que l'on fait découler de l'hypothèse fondamentale, et par certains côtés l'Optique s'approche de cet étal de perfection finale où l'expérience n'est plus qu'un auxiliaire qui vérifie les prévisions de la théorie, au lieu d'être l'unique moyen de rechercher les lois : c'est à ces
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caractères que l'on juge aujourd'hui les systèmes, c'est à celle condition qu'on les admet.
OBJET DE LA FHTSiaUE. — SES BÂPF0BT8 HITIHES AYEG LA GHIKIE.
— Nous résumerons de ces considérations générales les deux vérités essentielles qu'elles contiennent : le premier de nos besoins dans Félude que nous commençons est de trouver des phénomènes et d'en chercher les lois expérimentâtes; la seule ressource que nous ayons pour y réussir, c'est d'observer et de mesurer. Fixons maintenant le but et les limites de la Physique.
Le monde est composé d'objets ou corps : les uns sont près de nous, nous pouvons les voir et les loucher; les autres sont placés hors de notre portée, et nous ne pouvons que les voir. Dans tous les cas, nous ne les connaissons que par les impressions qu'ils produisent sur nos sens; quant au principe même qui les constitue, on ne le connaît pas, mais on lui donne un nom : on l'appelle matière.
Les nombreuses observations que l'on possède sur les propriétés et les lois de la matière se sont peu à peu constituées en deux corps de science distincts, la, Physique et la Chimie. On prétendait naguère tracer une ligne de démarcation précise entre ces deux sciences ; mais elles se touchent et se pénètrent par un nombre de points de plus en plus grand à mesure que leur champ s'agrandit et que leurs doctrines se perfectionnent. Le physicien elle chimiste n'ont en réalité qu'un même objet d'étude; la différence qui subsiste entre eux est surtout dans le point de vue où ils se placent.
Les corps qui se présentent à nous offrant des propriétés très diverses, on admet qu'il y a plusieurs espèces de matières : la Chimie s'occupe principalement de les reconnaître et de tes classer. Elle a trouvé qu'il existe un certain nomlwre de matières simples, que celles-ci peuvent se combiner entre elles pour former tous les corps qui se trouvent dans la nature et un grand nombre d'autres qui ne s'y rencontrent pas; elle a donc exlrait des composés les éléments qui les forment, elle a constitué ensuite une foute de combinaisons avec ces éléments qu'elle a reconnus. Par là te rôle de la Chimie se trou-
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verait défini et limité; il se résumerait dans Tétude individuelle et particulière de chaque corps. Mais par cette étude même le chimiste ne peut avoir qu'un but, la recherche des lois générales qui président à la combinaison et à la décomposition, et ces lois font incontestablement partie du domaine commun.
La Physique examine les propriétés générales des corps sous les divers états qu'ils présentent et les modifications qu'ils éprouvent sous Tinfluence des actions, mécaniques ou autres, auxquelles ils peuvent être soumis; elle s'occupe en particulier des effets produits sur les corps sous TînOuence de la chaleur, de Félectricité, du magnétisme et de la lumière.
La combinaison et la décomposition étant au nombre de ces effets, le physicien ne saurait se désintéresser de la composition chimique des corps qu'il étudie; Il y a plus : à mesure que la Physique se perfectionne, elle fournit aux chimistes des moyens de plus en plus nombreux de reconnaître et d'étudier celte composition. Sans parler de la balance, l'instrument par excellence et, jusqu'à ces dernières années, l'instrument presque exclusif des mesures chimiques, la Physique a successivement doté la Chimie d'autant d'instruments d'analyse qu'elle compte de branches distinctes : il suffira de citer le calorimètre, le spectroscope et la pile. Les propriétés physiques des corps, considérées jadis comme sans importance, reléguées pour ainsi dire au même rang que les propriétés organoleptiques, reconquièrent peu à peu leur place légitime; leur étude fournit souvent la solution des problèmes que l'analyse chimique ordinaire s'était trouvée impuissante à résoudre.
Ainsi la ligne de démarcation entre la Physique et la Chimie devient de plus en plus flottante, parce qu'elle est arbitraire; elle est une simple conséquence de l'ordre dans lequel s'est effectué le développement historique de ces deux sciences. Naguère on discutait encore sur la place qu'il convient d'attribuer aux phénomènes de la dissolution et de la cristallisation. Ne pourrait-on pas au besoin revendiquer pour la Physique la notion des équivalents chimiques, qui s'introduira dans notre étude à propos des lois des chaleurs spécifiques et de l'élec- Irolyse, et même Tuniversalilé des réactions que nous consi-
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dérerons au point de vue des quantités de chaleur qu'elles dégagent ou qu'elles absorbent?
On voit qu'il serait puéril de maintenir en toute rigueur des distinctions aujourd'hui surannées. Dans bien des cas, le physicien et le chimiste ne sont plus séparés ni par l'objet qu'ils étudient, ni par les méthodes qu'ils appliquent, mais plutôt par la tendance générale de leurs travaux; on pourrait presque dire la tournure de leur esprit. Leurs deux sciences, destinées sans doule à se confondre, ne formeront bientôt plus que des chapitres voisins d'une science plus élevée et plus générale, la Mécanique moléculaire.