‹ Cours de physiqueChapitre 12 sur 173 · IMPÉNÉTRABILITÉ · texte numérisé non relu

IMPÉNÉTRABILITÉ

Une autre propriété générale dont nous allons parler, et qui est plus importante que la précédente, parce qu’elle sert mieux à bien constater l’existence des corps, est l’impénétramtite. Le n est que par nos sens que nous pouvons acquérir la certitude de 1 existence de la matière, et notre expérience nous apprend que si nous voulons mettre un corps dans la meme place qui est déjà occupée par un autre corps, nous éprouvons une difficulté qui peut d’abord paraître faible, mais qui finit par être insurmontable. C’est cette propriété des corps de ne pouvoir occuper en même temps la même place, qu on a désignée sous le nom d’impénétrabilité. Il y a à cet egard plusieurs anomalies, et nous sommes obligés de nous arrêter pour les expliquer. Commençons par celles qu’il est e p us aci e de résoudre. Si l’on prend une éponge et que, 1 on applique sur cette éponge un autre corps, un morceau de bois, par exemple, et que l’on presse ensuite ces deux corps 1 un contre î autre, le bois occupera une partie de l’espace qui était occupe par l’eponge ; mais il sera facile de voir que ces deux corps n’occupent pas en même temps le même espace.

1 on versf de Feau Sllr un cube de craie, cette eau pénétrera peu a peu dans ce cube, et finira par être absorbée entièrement; et cependant le volume du cube de craie ne sera pas augmenté. L’explication de ce phénomène est toute naturelle. Le cube de craie étant composé de particules de craie liées au moyen de l’eau et d’une légère compression, qui par conséquent ne se touchent pas et laissent des vides entre elles, vides qu on pourrait voir au moyen d’instrumens grossissans* on conçoit très bien que l’eau ait pu pénétrer dans le cube et s y loger en quantité assez considérable.

U est une autre anomalie qu’il n’est pas aussi facile de résoudre, mais que nous résoudrons cependant au moyen de ce que nous avons dit sur la porosité, en distinguant soigneuse-

ment la porosité qui indique une solution de continuité, de celle qui appartient à la constitution des corps et qui n’indique pas une solution de continuité. Les corps peuvent être considérés comme formés de particules matérielles qui sont dans un espace déterminé. Si nous échauffons de l’eau, elle va occuper en se réduisant en vapeur, un espace qui sera mille sept cents fois plus grand. Mais dans cette opération, nous n’avons point changé la nature de l’eau, c’est toujours de l’eau; seulement elle est dans un état différent, les particules sont plus écartées les unes des autres que lorsque ces particules occupaient un volume mille sept cents fois plus petit. Ainsi, nous concevons parfaitement que les paticules des corps ne se touchent pas, qu’elles sont à des distances plus ou moins grandes, toujours relatives à l’action de la chaleur ou d’autres forces. Ceci va nous servir à expliquer facilement une espèce de pénétration qui a lieu entre deux corps qui n’ont point de pores visibles. Si l’on verse dans un tube une certaine quantité d’eau , et par-dessus une certaine quantité d’un autre liquide susceptible de se mêler avec l’eau , de l’alcool, par exemple , de manière que ces deux liquides, avant le mélange, remplissent exactementtoutle tube, et qu’ensuite on agite cetube, on remarquera d’abord une élévation de température qui annonce l’action intime et réciproque de l’eau et de l’alcool; et l’on verra aussi que le volume de mélange se trouve moindre que celui que les deuxcorps occupaient avant d’être mélangés. Voilà le fait bien établi; il s’agit d’en donner l’explication. Nous admettons que les particules de l’eau et de l’alcool sont à une distance quelconque, déterminée par la chaleur: quand on mêle ces deux corps, ils se réunissent, il y a une combinaison, une action très intime; de cette action il résulte qu’une particule d’alcool et une particule d’eau se réunissent ensemble ; mais comme cette réunion est déterminée par une tendance qu’elles ont à se porter l’une vers l’autre, il arrive qu’elles se rapprochent plus que les molécules des deux corps n’étaient rapprochées entre elles. En dernier résultat, vous avez le même nombre de molécules ; mais ces molécules occupent un espace plus petit. II n’y a point d’exception à cette règle ; lorsqu’on mêle des corps qui peuvent se réunir chimiquement, il y a une diminution de volume. Cette pénétration ne contredit pas le principe que nous avons établi, que deux corps ne peuvent occuper en même temps le même espace.

Cette impénétrabilité, si évidente dans les corps solides, existe même dans les corps les plus subtils. L’air nous paraît

pénétrable parce qu’il n’oppose aucune résistance à nos motivemens : c’est là ce qui a fait que l’existence de l’air a été inconnue pendant si long-temps. Ce qu’on appelle le vent et qui produit souvent des chocs très violens , n’est que de l’air mis en mouvement; mais cette comparaison ne se présente pas immédiatement à l’esprit. Aujourd’hui il est démontré que l’air est un corps qui ne laisse point prendre sa place sans résistance ; on ne pourrait jamais faire que de l’air fût réduit dans le même espace qu’un autre corps qui voudrait prendre sa place. Si l’on plonge dans un vase rempli d’eau une cloche que l’on tient renversée, cette cloche ne se remplira pas d’eau, à moins qu’il n’y ait dans la partie supérieure une ouverture par laquelle l’eau puisse s’échapper. Il est vrai que l’eau monte un peu dans la cloche, mais cela tient à ce que l’air est compressible ; mais jamais on ne parviendrait à le réduire à un espace qui serait entièrement nul.

Page 1