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COMPOSITION DES CORPS

Après avoir épuisé ce que nous avions à dire relativement aux propriétés générales des corps et nous être beaucoup étendus sur la pesanteur, nous devons, avant de passer à d’autres matières, exposer la manière dont nous concevons que les corps sont formés.

Il existe deux systèmes sur la composition des corps : le système atomistique et le système dynamique. Le premier est adopté généralement en France et en Angleterre; l’autre système a prévalu dans une grande partie de l’Allemagne.

Dans le premier système, on conçoit que les corps sont composés d’atômes. Nous avons déjà défini ce mot; ce sont des particules extrêmement ténues, jouissant des propriétés générales de la matière, c’est-à-dire, impénétrables, ayant une figure déterminée, ayant aussi, pour expliquer la nature diverse des corps, une nature particulière relativement à chaque corps, placées à des distances respectives les unes des autres, et soumises à des forces, attractives d’une part, répulsives de l’autre, qui maintiennent ces atomes dans leurs positions respectives.

Nous admettons essentiellement dans les corps des distances; ce qui permet de concevoir que ces distances peuvent diminuer et par conséquent qu’elles peuvent augmenter. Lors qu’on comprime un corps, on diminue tes distances, et l’on conçoit alors la diminution de volume que le corps éprouve.

Le système dynamique admet, aucontraire, qu’il n’y a pas de vide dans les corps. En exceptant les solutions de continuité apparentes comme dans l’éponge, d’après ce système, les corps occupent tout l’espace qu’ils semblent occuper. A cela on ajoute une propriété que l’on regarde comme essentielle; c’est que la matière est douée de compressibilité et d’élasticité, c’est-à-dire qu’elle peut être réduite par des forces suffisantes à occuper un espace plus petit, et se dilater lorsque l’action de ces forces diminue.

Je ne m’étendrai pas sur ce système qui loin de rendre raison des phénomènes qui se passent sous nos yeux, conduit souvent à des absurdités. C’est ainsi qu’il faudrait admettre dans ce système, que lorsque deux corps de nature différente se combinent, ils se combinent intimement; ce que nous ne voyons point arriver pour les corps.

Je fais remarquer que ces systèmes sont des conceptions qu’on a imaginées. Le premier a l’avantage de l’analogie et en même temps celui de se prêter plus facilement à l’explication d’un grand nombre de phénomènes. Nous l’adopterons donc avec la plupart des physiciens. Mais, je le répète, c’est une conception de notre esprit de nous représenter ainsi les corps ; nous ne savons pas ce que sont véritablement les atomes.

Je puis prouver cependant que les corps sont réellement composés de particules ou d’atômes qui ont une forme déterminée et régulière. Si l’on prend, par exemple, un morceau de spath d’Islande, et qu’on le brise par un choc ou qu’on le divise avec une lame de couteau, on obtient d’autres corps plus petits qui ont une forme absolument semblable au grand. Dans le spath d’Islande, cette forme est le rhomboïde. Si je réduis ces corps en poussière, et que mon œil ne puisse plus distinguer de formes, avec une loupe ou un microscope j’apercevrai des corps qui seront parfaitement semblables au premier. Quand enfin je ne pourrai plus, même au moyen de ces instrumens puissans, distinguer la forme de ces corps, m’appuyant sur l’analogie, je dirai que si je pouvais voir, je verrais encore des corps réguliers. Une foule d’autres corps nous présentent des phénomènes semblables, tels sont le sel marin, le bismuth, etc.

Il y a néanmoins un grand nombre de cas dans lesquels on ne voit pas de prime abord qu’un corps doit être cristallisé. Un bâton de soufre, par exemple, que l’on brise, ne présente aucune forme de cristallisation. Mais je dis que l’apparence est trompeuse, et qu’en réalité ce corps est réellement formé de particules régulières ; c’est ce qu’on peut démontrer facilement. Il suffit de fondre du soufre, de le verser dans un vase, puis, quand la surface supérieure s’est couverte d’une croûte, l’intérieur étant encore liquide, de briser cette surface. On prend alors la nature sur le fait, et on voit une foule d’aiguilles, de pris mis parfaitement déterminés.

Si l’on attend, au contraire, que la masse soit entièrement coagulée, on ne voit plus cle ces aiguilles. Mais il est évident que puisqu’elles ont existé, et qu’aucune cause n’est

venue les détruire, elles doivent exister encore, et que si elles ne paraissent pas, c’est qu’étant agglutinées les unes avec les autres parla solidification, elles ne peuvent se détacher.

Il en est de même à l’égard de la glace. Si vous attendez que l’eau soit tout-à-fait congelée, vous n’avez qu’une masse transparente, et vous n’apercevez, en la brisant, aucune apparence de cristallisation. Mais si tous brisez la glace avant que la congélation soit entière , vous distinguerez de très beaux hexaèdres.

Nous pouvons donc concevoir que les corps mêmes qui se présentent à nous, sans aucune espèce de cristallisation, n’en sont pas moins composés d’une infinité d’atomes qui ont une forme régulière et déterminée. C’était là ce que nous devions prouver.

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