‹ Cours de physiqueChapitre 97 sur 173 · CALORIQUE · texte numérisé non relu

CALORIQUE

A présent que nous avons formé un instrument qui nous avertira des variations de la chaleur, qui nous permettra même de la mesurer, nous allons tâcher de découvrir ce que c’est que la chaleur, c’est-à-dire, nous occuper de l’étude de ses propriétés ; et avant d’étudier un corps échauffé, nous allons chercher à voir si réellement nous ne pouvons pas observer la chaleur hors des corps. Yous allez voir qu’on peut la saisir, pour ainsi dire, un instant hors des corps. Pour cela, il n’y a qu’à supposer un corps échauffé et examiner attentivement tout ce qui se passera autour de ce corps. Prenons, par exemple , un boulet de fonte que l’on fait chauffer; personne ne doute qu’en s’approchant très près de ce corps, on ne reçoive l’impression de la chaleur; mais tout le monde n’a pas observé , ou plutôt ne s’est pas rendu raison d’un phénomène bien singulier, que l’on remarque aussitôt qu’on en est averti; c’est qu’à une certaine distance tout autour de ce corps, dans quelque position qu’on se place, on éprouve la sensation de la chaleur. J’ai déjà dit que nos organes sont des juges très imparfaits et qui nous trompent souvent. Il faut avoir recours au thermomètre, et nous verrons que dans quelque position qu’on le mette autour du corps échauffé, le mercure va monter peu à peu, ce qui est le résultat de sa dilatation produite par la chaleur.

Ainsi nous avons expliqué deux faits :l’un la sensation de la chaleur qui nous avertit de l’existence de la chaleur dans les corps, mais sans pouvoir nous servir à la mesurer, et un second fait plus général, plus constant, qui est la variation de volume que la chaleur produit dans les corps.

C’est une vérité qu’il faut admettre, qu’en généralun corps ne peut agir là où il n’est point. Puisque nous sentons à distance le corps échauffé, il faut nécessairement qu’il s’échappe de ce corps quelque chose qui vienne nous frapper et produire sur nous la sensation de la chaleur, ou vienne frapper le thermomètre et le fasse monter.

Donc d’un corps échauffé il s’échappe tout autour, dans toutes sortes de directions, quelque chose qui est la cause de la sensation de la chaleur, et qui est aussi fa cause de la dilatation des corps. C’est ce quelque chose que l’on a désigné par le nom de calorique.

Si l’on met la main au-dessus d’un corps échauffé, on éprouve une sensation de chaleur plus forte que si on la met-

tait latéralement ou en-dessous. On explique ce phénomène en disant que la chaleur monte , c’est là l’expression vulgaire dont on se sert ; en voici la véritable cause : la colonne d’air que l’on peut concevoir ayant pour base la section horizontale du corps échauffé, s’échauffe par le contact immédiat de ce corps et s’élève, parce que l’air échauffé devient spécifiquement plus léger: de sorte que si je place ma main au-dessus du corps elle reçoit deux impressions r elie est échauffée premièrement par ce qui émane du corps, de la même manière que si elle était placée au-dessous ou à côté de ce corps; et en second lieu par la colonne d’air chaud qui vient la frapper après avoir été en contact avec le corps échauffé.

Si l’on faisait l’expérience dans le vide, si l’on plaçait, par exemple, ainsi qu’on l’a fait, un petit boulet échauffé aumilieu d’un vaste récipient, où l’on ferait le vide, et qu’on plaçât ensuite dans ce récipient des thermomètres à égale distance au-dessus, au-dessous et latéralement, ces divers thermomètres indiqueraient le même degré, la même température.

Par conséquent c’est réellement la présence de l’air qui fait que la chaleur est plus forte dans la situation verticale que latéralement et au-dessous.

Nous voilà parvenus à la découverte de la cause de la chaleur en général, isolée du corps. Cette cause, on a cru devoir lui donner un nom particulier pour la distinguer de ce qu’on appelait la chaleur ; carie mot chaleur indique dans le sens vulgaire une sensation. Ainsi, on dira: j’éprouve de la chaleur; et dans ce sens, ce mot de chaleur indique un effet et non pas une cause; en physique le même mot indiquait une cause. C’est pour éviter cette double acception qu’on a cru devoir chercher un autre mot pour distinguer la cause de l’effet et c’est le mot calorique qu’on a choisi. Cependant les physiciens emploient très souvent le mot de chaleur comme synonyme de calorique,, et c’est alors le sens du discours qui détermine l’acception dans lequel le mot de chaleur doit être pris.

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