HYDROSTATIQUE. — POUSSÉE ÉPROUVÉE PAR LES CORPS IMMERGÉS
les pressions p resteront identiquement les mêmes : elles se composeront donc encore en une force unique Q, la poussée, égale et de signe contraire au poids de la masse liquide déplacée.
D'après une tradition généralemenl répandue dans l'antiquité (^), mais qui n'en est pas plus certaine, Archimède (287-217 av. J.-C.) découvrit ce principe en cherchant à résoudre un problème que lui avait posé Hiéron, roi de Syracuse. Celui-ci voulait offrir à Jupiter une couronne d'or. L'orfèvre chargé d'exécuter le travail dérobe une certaine quantité d'or qu'il remplace par de l'argent. Hiéron l'apprend ; il demande à Àrchimède, son parent, de constater la fraude sans détruire un objet consacré. Archimède y pense sans cesse lorsque, tout à coup, étant au bain, il découvre la solution et, saisi d'enthousiasme, se précipite tout nu dans la rue en s'écriant : eupr^xa, eupr^xa, j'ai trouvé, j'ai trouvé ! Quoi qu'il en soit de cette légende, Archimède nous a laissé un Traité des corps flottants où il établit le principe qui porte son nom, ainsi que les conditions d'équilibre des corps flottants. Cette deuxième partie de l'ouvrage est « l'un des plus beaux monuments du génie d' Archimède » (^) et jusqu'à ces derniers temps on n'y a rien ajouté. Quant à la première, les démonstrations d'Archimède ont été au contraire considérablement perfectionnées par l'introduction du principe fondamental de Pascal (^).
11 est aisé de vérifier expérimentalement le principe d'Archimède. Ordinairement on procède de la manière suivante : on prend une balance hydrostatique (203) ; sous l'un des plateaux A on suspend superposés l'un à l'autre : 1^ un cylindre creux et vide en laiton C; 2* un cylindre plein en laiton D, dont le volume extérieur est exactement égal à la capacité intérieure du cylindre C. On équilibre le système avec de la tare mise dans l'autre plateau B; on abaisse le fléau de la balance jusqu'à ce que le cylindre D vienne plonger dans de l'eau placée au-dessous en V. Dès que le cylindre D pénètre dans le liquide, la poussée se fait sentir, et l'équilibre est rompu ;
(*) ViTHUVE, De architecturaj lib. IX, 3.
(*) Lagrange, Mécanique analytique (édition Bertrand), I, 168.
(') Voir à ce sujet Thurot, Recherches historiques sur le principe d'Archimède, dans la Revue archéologique, XVIII, XIX et XX. D*Alméida a analysé sommairement ce travail dans le Journal de physique, I, 46; i872.
plus on descend, plus le plateau B remporte. Mais, si à Taide d'une pipette on verse de Teau en G, on constate que l'équilibre est rétabli
Fig. 296
lorsque, le cylindre D étant complètement immergé, le cylindre C est exactement rempli.
D'autres appareils ont été proposés (*). Nous nous en tiendrons à celui-là. Mais nous indiquerons encore une expérience intéressante que Ton peut faire avec les deux cylindres.
205. Réaction du corps sur le liquide. — Un vase plein d'eau V étant placé dans l'un des plateaux A d'une balance et l'équilibre établi avec de la tare mise dans l'autre plateau, on descend dans le vase V le cylindre plein D soutenu par un fil. La balance s'infléchit du côté de A, et pour rétablir l'équilibre il faut, D étant entièrement immergé sans toucher le fond, enlever du vase V assez d'eau pour remplir exactement le cylindre creux C.
(^) Voir en particulier Sire, Ann. de chim. et de phys. (5), II, 253; 1874; et BouDRÉAUx, Journal de physique, IV, 85; 1875.