CONDENSATEURS ÉLECTRIQUES
ne donne aucun signe d'électricité, du moins tant que les plateaux sont en contact avec le carreau de verre; mais si on les écarte, comme le représente la figure 268, on voit les pendules diverger ; car maintenant les deux électricités ne se neutralisent plus. Les plateaux étant ainsi écartés, il est facile de vérifier qu'ils sont électrisés, l'un positivement, l'autre négativement. En effet, si un tube de verre frotté est présenté au pendule du plateau B, ce pendule est repoussé; ce qui montre qu'il possède la même électricité que le verre; tandis que le même tube de verre étant approché de l'autre pendule, il y a attraction.
364. Décharge lente et décharge instantanée du condensateur ;
excitateur. — Le condensateur étant chargé et disposé comme dans la figure 269, mais les cordons métalliques étant enlevés, on peut le décharger^ c'est-à-dire le ramener à l'état neutre, soit par des contacts successifs, et alors on a la décharge lente; soit en mettant les deux plateaux en communication par un conducteur, et la décharge est alors instantanée.
Si l'on touchait d'abord le plateau A, on n'en recueillerait aucune quantité d'électricité, puisque toute celle qu'il contient est neutralisée par l'électricité contraire du plateau B. Mais il n'en est plus ainsi lorsqu'on touche ce dernier : on lui enlève toute son électricité libre, c'est-a-dire toute celle qui n'est pas neutralisée par le plateau A, et c'est alors sur celui-ci que se trouve une certaine quantité d'électricité non neutralisée. On le reconnaît en ce que le pendule 6 retombant, c'est le pendule a qui se met à diverger. En continuant à toucher ainsi alternativement les deux plateaux, on finirait par les décharger tout à fait, mais, par un temps sec, il faudrait plusieurs heures.
Pour obtenir une décharge instantanée, il suffirait de poser une main sur un des plateaux, et de toucher le deuxième avec l'autre main; mais on éprouverait alors une violente commotion tout à fait différente de celle que donne l'étincelle de la machine électrique. On évite cette commotion en faisant usage de M excitateur. On nomme ainsi un arc métallique terminé par deux boules à ses extrémités, et à charnière en son milieu , de manière à se replier sur lui-même. Tenant cet arc à la main, comme le représente la figure 27i ci-après, on fait toucher l'une des boules à un des pla-
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teaux du condeosaieur, et on replie Tare sur sa charnière, jusqu'à ce que la seconde boule vienne toucher Fautre plateau. A Finstant où cette boule est près de le toucher, il part une forte étincelle, due à la réunion des électricités contraires accumulées sur le condensateur; mais ici on ne ressent aucune commotion, la recombinaison ne se faisant plus par les bras et le corps de l'expérimentateur, mais par lare métallique, qui est meilleur conducteur.
365. Limite de d»*rge du oondenMitear. — Deux causes limitent
la quantité d'électricité qui peut s'accumuler sur le condensateur. La première, c'est que celle qui n'est point neutralisée sur le plateau collecteur B (fig. 269) augmentant avec la charge électrique, il arrive un moment où la tension sur ce plateau égale celle de la machine, et alors celle-ci ne peut plus lui céder d'électricité. La seconde cause résulte de ce que la tendance des deux électricités contraires à se réunir augmentant avec l'accumulation sur les plateaux , cet effort finit par l'emporter sur la résistance du carreau de verre; alors il est troué, et les deux fluides se recombinent à travers.
366. Bouteille de Leyde. — La bauteiiie de Leyde^ ainsi nommée du nom do la ville où elle fut inventée, est un condensateur qui ne diffère que par la forme de celui qui vient d'être décrit. Elle fut trouvée par hasard , en \ 746 , par Musschenbroek , physicien hollandais. Voulant électrisor de l'eau renfermée dans une bouteille, il avait passé dans le bouchon une tige métallique, puis il présenta celle-ci à la machine électrique. Or, à mesure que le liquide s'emparait de l'électricité de la machine, il agissait par influence, au travers des parois de la bouteille, sur la main de l'expérinientateur, et y attirait le fluide contraire. L'électricité s' accumulant ainsi à l'intérieur et à l'extérieur de la bouteille, il arriva que lorsque Musschenbroek, la tenant toujours d'une main, vint à toucher la tige de cuivre avec l'autre main, il reçut dans les bras et dans la poitrine un coup si violent qu'après deux jours il était à peine remis de la commotion et du malaise qu'il avait ressentis; et il écrivait à Paris, au physicien Réaumur, qu'il ne recommencerait pas cette expérience quand on lui donnerait le royaume de France.
Mais le fait découvert par Musschenbroek eut un trop grand retentissement pour ne pas trouver des imitateurs nombreux. Mal-
CONDENSATEURS ELECTRIQUES.
gré les récits effrayants, chacun voulut recevoir la commotion, et quoiqu'on ne se rendît pas compte encore de la théorie de la bouteille de Musschenbroek , ou bouteille de Leyde, comme on l'appela, on parvint promptement à lui donner la meilleure disposition pour en obtenir le plus grand effet possible ; l'Anglais Bevis appliqua à l'extérieur une feuille d'étain, et l'abbé Nollet, professeur de
Fig. 270. — Charge de la bouteille de Leyde.
physique à Paris, remplaça l'eau par des feuilles de métal battu remplissant l'intérieur de la bouteille. Celle-ci prit donc dès lors la forme qu'on lui donne encore aujourd'hui et qui est représentée dans la figure 270 : c'est un bocal de verre mince, rempli de feuilles d'or ou de cuivre battu, qu'on a soin de laisser tomber simplement les unes sur les autres sans les tasser, afin qu'elles présentent une plus grande surface. Sur la paroi extérieure est collée une feuille d'étain qui recouvre aussi le fond, mais laisse le verre à nu jusqu'à une grande distance du goulot. Enfin, dans celui-ci est un bouchon de liège traversé par une tige recourbée à l'extérieur en forme de crochet, et terminée par une petite boule qu'on nomme le bouton ; à l'intérieur, cette tige se prolonge au travers des feuilles de métal qui remplissent la bouteille. On voit donc que cet appareil est un véritable condensateur, dont la lame isolante est la paroi même de la bouteille, et dont les deux plateaux métalliques sont
4liB ELECTRICITE.
l'un la feuille d'élain extérieure, et l'autre les Teuilles d'or qui remplissent la bouteille.
On donne ordinairement au crochet et aux feuilles d'or le nom d'armature intérieure, et à la feuille d'étain celui d'armatvre txtérieure. Cela posé, pour charger la bouteille, on la tient à la main, comme le représente la Qgure S70, et on approche le crocbei d'une machine électrique en activité. Le fluide positif de celle-ci s'accumulaut alors dans la bouteille, agit par influence, au travers de ses parois, sur la feuille d'étain et sur la main, pour y attirer une grande quantité de fluide négatif.
La bouteille une fois chargée , on peut impunément
l'armature extérieure; mais il ne faudrait pas toucher en mèmi' temps, de l'auire main, le crochet, sinon on rece-
Vii. iT^- — Décbarie delà bouuille de Levd».
* ' ' vrait une com-
motion extrêmement forle, résultant de la recomhinaison des deuï électricités contraires par les bras et par le corps.
C'est pourquoi, lorsqu'on veut décharger une bouteille de Leyde, on établit toujours la communication entre les deux armatures au moyen de l'excitateur, en ayant soin de l'appliquer d'abord sur l'armature extérieure qui est celle qu'on tient à la main ou qui communique avec le sol ( fig. Î71 ), sinon on reçoit la conunotion. Si la bouteille était isolée sur un disque de verre ou de résine, peu importerait qu'on touchât d'abord l'armature extérieure ou l'armature intérieure.