‹ Cours de physique, purement expérimentale, à l'usage des gens du mondeChapitre 179 sur 196 · PAR LA PILE · texte numérisé non relu

PAR LA PILE

393. Galvanoplastie. — Dans les procédés ordinaires, pour reproduire en métal des statues, des bas-reliefs, des ustensHes quelconques, on établit des moules de terre sèche qui représentent fidèlement en creux ces mêmes objets ; puis on y coule de la fonte ou du bronze en fusion, et lorsque le métal s'est solidifié, on obtient en relief identiquement le même sujet que le moule représente en creux. Dans le procédé qui constitue la galvanoplastie, il faut bien encore un moule de l'objet à reproduire, mais ensuite cette reproduction se fait sans feu et sans fusion : c'est le courant d'une pile qui vient paisiblement déposer sur une empreinte fidèle

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des objets, une couche de métal plus ou moins épaisse. C'est ce que signifie le mot galvanoplastie, qui est formé du mot galvanisme et d'un mot grec qui veut dire modeler. Cet art a été inventé en même temps par M. Spencer, à Londres, et par M. Jacobi, à Saint- Pétersbourg, en 1838, un an avant l'invention du daguerréotype.

D'après ce qui précède, on voit que la pratique de la galvanoplastie se compose de deux opérations distinctes : i" la préparation du moule ou empreinte des objets à reproduire; 2" le dépôt d'un métal dans ce moule. La première est la plus délicate, et celle d'où dépend le succès du modelage électrique.

Les différentes substances qui servent à prendre les empreintes sont la cire d'Espagne, la cire blanche, le plâtre, et surtout la guttapercha, espèce de gomme qui a été appliquée à une foule d'usages depuis quelques années. Cette substance, qui est dure à la température ordinaire, se ramollit et devient très-ductile à une température peu élevée; il suffit pour cela de la chauffer au bain-marie, c'est-à-dire dans l'eau chaude. Lorsqu'elle a pris ainsi un degré de mollesse convenable , on la façonne en plaque, puis appliquant dessus l'objet qu'on veut mouler, on le soumet à une pressioa suffisante pour que toutes ses parties, même les traits les plus déliés, tracent leur empreinte sur la gutta. Quand celle-ci est ensuite refroidie, on la sépare sans difficulté du type à reproduire, lorsqu'il est métallique, tel qu'une médaille par exemple; mais si l'on opère sur une gravure sur bois, sur un plâtre, sur un sujet de terre cuite, la gutta y adhère, et on est exposé à ne pouvoir la séparer sans déchirure. On obvie à cet inconvénient en déposant sur l'objet à reproduire, à l'aide d'une brosse douce, une légère couche de plombagine, substance qu'on trouve dans le commerce en poudre extrêmement fine ; son vrai nom est graphite , minéral qui n'est autre chose que du carbone à peu près pur et très-bon conducteur de l'électricité.

Supposons que le sujet à reproduire soit une médaille ; le moule une fois obtenu ( fig. 2189 ], on a en creux et retournée la médaille représentée dans la figure 290. Il reste alors à rendre ce moule conducteur, à le métaUiser, comme on dit ; car la gutta étant un corps isolant ne pourrait transmettre le courant de la pile. Or, c'est encore à l'aide de la plombagine qu'on communique au moule la

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conductibilité qui lui manque. Pour cela, avec une brosse douce ou un blaireau, on recouvre de plombagine l'empreinte partout où l'on veut que s'opère le dépôt métallique; puis on fixe à ta plaqu« de gutta trois fils de cuivre, l'un destioé à la suspendre dans ua bain métallique, les deux autres à conduire le courant du premier fil sur l'empreinte plombaginée (fig. 389).

Le moule est alors prêta recevoir le métal qu'on veut y faire déposer; c'est ordinairement du cuivre, quelquefois de l'argent ou de l'or.

pour U galvanoplulle.

métaux qui se déi>osent tous très-bien. Pour Je cuivre, on prend un bain saturé de sulfate de cuivre, c'est-à-dire contenant de ce sel autant qu'il peut en dissoudre; faisant ensuite communiquer les deux pôles de la pile avec deux baguettes métalliques placées au-dessus du bain (fig. 391), on suspend io moule en gutta à la baguette négative, c'est-à-dire en communication avec le pâle négatif, et à l'autre baguette on suspend une plaque de cuivre rouge îi peu près de même grandeur que le moule. Quant i la pile, elle se compose de deux ou trois couples de Danieil , sys-

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tème préférable ici à la pile à charbon , parce que le courant en est plus constant. La différence entre cette pile et celle de Bunsen , c'est que le charbon de cette dernière [ fîg. 385 ] est remplacé par un cylindre de zincZ [fig. Î9\]\ en dehors de celui-ci est un vase poreux identique à celui de la pile h charbon , puis un cylindre de cuivre rouge C. Enfin, le tout plonge dans un vase de verre P rempli d'une dissolution de sulfate de cuivre^ qu'on entretient à l'état de saturation en plaçant au fond du vase des cristaux de sulfate de cuivre qui se dissolvent lentement. C^la posé, le vase poreux étant rempli d'eau acidulée avec de l'acide sulfurique, il y a décomposition de l'eau et formation de sulfate de zinc, comme

¥is. m. -

1d pour 11 galTiucplatlifl.

dans la pile h charbon; mais de plus, l'hydrogène provenant de la décomposition de l'eau se porte sur le sulfate de cuivre en dissolution dans ie vase P et le décompose; de lii résulte une seconde action chimique qui s'ajoute à la première pour donner un courant très- régulier, tant qu'on a soin d'entretenir la dissolution du vase P à l'état de saturation, en y ajoutant de temps en temps de nouveaux cristaux.

Ces détails connus, voici comment agit le courant de la pile dès qu'il passe de la baguette A Jt la baguette B, au travers de la dis-

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solution de cuivre qui remplit la cuve M : non-seulement le sulfate de cuivre est décomposé , mais aussi Toxyde de cuivre qui entre dans sa composition, lequel est réduit en oxygène et en métal. Or, par suite de cette double décomposition , Tacide sulfurique et Toxygène mis en liberté se rendent au pôle positif, tandis que le cuivre se porte seul au pôle négatif, où il se dépose lentement sur l'empreinte métallisée, y acquérant graduellement une épaisseur de plus en plus sensible. Au bout de deux jours, le cuivre présente ■ assez de solidité pour qu'on puisse le détacher du moule , et on a alors un fac-similé d'une pureté et d'une fidélité incomparables. Quant à la plaque de cuivre rouge plongée dans le bain, au pôle positif, voici son usage : elle sert d'abord évidemment à transmettre le courant; mais, de plus, à mesure que l'oxygène et l'acide I sulfurique mis en liberté sont entraînés au pôle positif, le premier • de ces corps s'unissant au cuivre de la plaque, le transforme en j oxyde, et ce dernier se combinant aussitôt à l'acide sulfurique, il se reproduit du sulfate de cuivre en quantité précisément égale à i celle qui a été décomposée ; en sorte que le bain reste toujours au même degré de concentration , c'est- à-dire contient toujours la même quantité de sel en dissolution, et, par suite, peut servir \ indéfiniment, si l'on a soin de renouveler la plaque de cuivre j rouge. j

394. Dorure et argenture par la pile. — La dorure et Targen- I

ture électriques ont beaucoup de rapport avec la galvanoplastie, ' dont elles ne diffèrent que parce qu'au lieu de faire précipiter des métaux dans un moule pour reproduire des objets donnés, elles ne font que recouvrir ceux-ci d'une couche mince d'or ou d'argent. U n'y a plus ici de moule à préparer, comme dans la galvanoplastie, mais les pièces métalliques qu'on veut dorer ou argenter doivent subir trois opérations qui demandent à être faites avec soin : c'est le recuit , le dérochage et le décapage. Le recuit consiste à chauffer les pièces sur des charbons incandescents pour détruire les matières grasses qui pourraient adhérer à leur surface. Puis, comme ces pièces, qui généralement sont en cuivre, se sont oxydées à la surface, on enlève, en grande partie du moins, la couche d'oxyde par le dérochage, opération qui consiste à plonger les pièces quelques instants dans de l'acide sulfurique

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étendu d eau à les Trotler avec une bro<>se dure et èi les laver Enfin la surface des p èces n élant pas encore parfa tentent pure on les soumet au décapage en les plongeant dans de 1 acide azo-

t que ord na re ou eau forte pu s da s de 1 ac de azol que dans lequel on a projeté un pe ie sel mar n et de su e On lave alors les p èces dans 1 eau d t Ice et on lea aeche dans de la sciure

Les pièces ainsi préparées, supposons qu'il s'agisse de les argenter; pour cela, on les suspend au p6le négatif d'une pile h charbon de trois ou quatre couples (fig. 391), el on les plonge dans un bain d'argent chauffé a 60 ou 80 degrés. Enfin, on fixe à l'électrode positive une plaque d'argent a, qui se dissout au fur et à mesure que l'argent est précipité par le courant, et entrelient ainsi dans le bain une quantité constante de métal. Le sel d'argent qu'on fait dissoudre dans le bain est, en général , un cyanure double d'argent et de potassium, c'est-à-dire un sel composé de deux métaux, argent et potassium, et de cyanogène, corps gazeux formé de carbone et d'azote. L'épaisseur de la couche d'argent qui se dépose sur les pièces dépend du temps de leur immersion et de l'intensité du courant.

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Pour dorer par la pile, les procédés sont identiquement les mêmes que pour argenter; seulement, on doit &îre usage d'un bain d'or, et terminer le pôle positif par une plaque d'or. Le sel d*or qu'on fait dissoudre dans le bain est ordinairement un cyanure d'or et de potassium.

La dorure et l'argenture constituent un art tout nouveau. Dès 1803, Brugnatelli, élève de Volta, avait doré deux médailles d'argent en les suspendant au pôle négatif de la pile dans une dissolution d'or, mais il n'alla pas plus loin. C'est M. de la Rive, à Genève, qui , le premier, en 1 840, indiqua un procédé de dorure par la pile et fit connaître l'utilité qu'on pouvait retirer jdes courants électriques pour la dorure des métaux. Cependant, les bains d'or et l'appareil voltaïque dont il faisait usage ne donnaient pas une dorure solide, et, de plus, beaucoup d'or se perdait. A la fin de la même année, M. Elkington, en Angleterre, fit connaître, le premier, le bain de cyanure d'or et de potassium. Enfin, M. Ruolz, quelques mois après, trouva de nouveaux bains pour argenter, platiner, etc., et parvint à dorer et à argenter un grand nombre de métaux. Des brevets furent pris et exploités sur une grande échelle, mais on a trop oublié depuis la part de gloire qui revenait au savant physicien de Genève.

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