La pression atmosphérique se transmet en tous sens
Il ne faudrait pas croire que la pression de l’atmosphère ne s’exerce, comme la pesanteur, que de haut en bas. En effet, les gaz, de même
Fig. 81. — Tâte-vin. Fig. 80. — Effet de la pression
atmosphérique.
que les liquides (69), ont la propriété de transmettre les pressions en tous sens ; d’où il résulte que le poids de l’atmosphère se fait sentir non -seulement de haut en bas, mais latéralement et môme de bas en haut. Un grand nombre d’expériences le démontrent : par exemple, dans celle des hémisphères de Magdebourg (407), qu’on les tire dans le sens horizontal, comme le montre la figure 74, ou bien dans le sens vertical, on trouve, dans les deux ca9-, qu’il faut le môme effort pour les séparer.
On peut encore vérifier que la pression atmosphérique s’exerce de bas en haut par l’expérience suivante : on remplit d’eau un verre à boire ordinaire, on le recouvre d’une feuille de papier qu’on maintient avec la paume de la main, tandis que de l’autre main on retourne le verre ; retirant alors la main qui soutenait le papier.
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on voit le verre rester plein, l’eau et le papier étant soutenus par la pression qui s’exerce de bas en haut ( fig. 80). Sans la présence de la feuille de papier, l’eau qui est dans le verre se diviserait pour laisser rentrer l’air et l’expérience no pourrait réussir.
L’usage du tâte-liqueur , dont se servent les marchands de vin pour goûter Jes vins, est aussi fondé sur l'effet de la pression atmosphérique. C’est un tube de fer-blanc (fig. 84), terminé à la partie inférieure par un petit cône dont le bout o est ouvert ; h l’autre extrémité est une petite ouverture qui se ferme avec le pouce. Les deux bouts étant ouverts, on plonge le tube dans une barrique pleine de vin, où il se remplit par l’ouverture inférieure. Si, fermant alors le bout supérieur avec le pouce, comme le montre la figure ci -contre, on retire le tube, celui-ci reste plein par l’effet de la pression qui s’exerce en o. Mais si, plaçant le tube au-dessus d’un verre, on retire le pouce, aussitôt la pression atmosphérique s’exerçant par le haut, aussi bien que par le bas, le liquide s’écoule et est recueilli dans le verre.
422. Pre»»ion supportée par le corps humain. — D’après la pression que l’atmosphère exerce sur 4 centimètre carré, pression qu’on a vue être égale à 4 kilogramme et 33 grammes (109), on prévoit que la somme totale des pressions que supporte notre corps doit être considérable; c’est en effet ce qui a lieu. Pour calculer cette pression, il suffit de savoir que chez un homme de grandeur et de grosseur moyennes, la surface entière du porps est environ d’un mètre carré et demi, c’est-à-dire de 4 5000 centimètres carrés. La pression supportée par le corps humain est donc de 4 5000 fois 4 kil,033*r, ou environ 45500 kilogrammes.
Mais, dira-t-on, comment se fait^il que nous ne sentions rien de cette énorme pression? Comment n’en sommes-nous pas écrasés? Pour nous rendre compte de quelle manière nous résistons à ces pressions, remarquons d’abord que d’après ce qui a été démontre dans le paragraphe précédent, la pression de l’atmosphère se transmettant également dans tous les sens, elle agit sur nous par le haut, par le bas, par les côtés, et se fait ainsi contre-poids à ellemême. En un mot, nous sommes dans l’air comme un plongeur dans l’eau , poussés d’un côté, mais soutenus par la pression qui nous pousse de l’autre. Cela explique comment nous ne sentons
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pas ces pressions sur un point de notre corps plus que sur un autre, et comment, vivant au milieu d’elles, nous y sommes insensibles. Mais cela ne dit pas pourquoi nous ne sommes pas aplatis par ces pressions entre lesquelles nous sommes pris comme entre les mâchoires d’un étau. Or, si nous leur résistons, c’est par l’effet
d’une force intérieure qui leur fait constamment équilibre, et cette force, c’est l’élasticité d’une certaine masse de gaz qui se trouve dans le sang, dans le tissu des chairs, en un mot dans tous nos organes.
Ces gaz, il est vrai, sont comprimés par le poids de l’atmosphère , mais ils lui résistent par leur élasticité, en sorte que notre corps est ici tout à fait comparable à un bocal plein d’air. Les parois de celui-ci sont pressées de dehors en dedans par le poids de l’atmosphère, mais quelque minces qu’elles soient , elles résistent, parce que l’air qui remplit le bocal les presse de dedans en dehors, en vertu de son élasticité, avec une force
Fig. 8î. — Effet de la pression atmosphé- précisément égale à celle qui riqne sur le corps humain. les presse extérieurement.
Pour démontrer qu’il y a des gaz dans les tissus de nos chairs et que ces gaz sont comprimés par le poids de l’atmosphère, on fait l’expérience suivante : on a un gros tube de verre, ouvert à ses deux bouts, et à bords épais pour ne pas blesser l’expérimentateur. Ayant placé ce tube sur la machine à faire le vide, on en ferme l’extrémité supérieure avec la paume de la main, comme le montre la figure 82. L’air qui se trouve renfermé sous la main fait d’abord équilibre à la pression extérieure de l’atmosphère, et on
ne ressent sur la main aucune pression. Mais si une autre personne retire l’air qui est dans le tube, en faisant fonctionner la machine, on ressent une forte pression sur la main, et ce n’est qu’avec peine qu’on peut la retirer. En outre , la force élastique des gaz renfermés dans les tissus n’étant plus contre-balancée par la pression de l’air, la paume de la main se gonfle fortement et le sang tend à s’échapper par les pores.
D’après l’expérience qu’on vient de citer, il semblerait que lorsqu’on pose la main sur un corps, on ne devrait plus pouvoir la relever à cause de la pression qu'elle supporte; mais ici le vide n’existe pas sous la main ; entre elle et le corps sur lequel elle est appliquée, est interposée une couche d’air très-mince qui fait équilibre, par sa force élastique, à la pression atmosphérique, ce qui fait qu’on ne ressent aucune résistance lorsqu'on relève la main.
Les ventouses employées en médecine sont une application de l’effet de la pression atmosphérique sur le corps humain, et de l’élasticité des gaz renfermés dans les tissus de nos chairs, gaz qui sont l’acide carbonique, l’oxygène et quelques traces d’azote.