AÉROSTATS
L’essai du parachute fut d’abord fait sur des animaux. Blanchard laissa tomber ainsi son chien d'une hauteur de 2000 mètres. Un tourbillon l’arrêta dans sa chute et le porta au-dessus des nuages. L’aéronaute rencontra bientôt après le parachute et le pauvre animai qui fit éclater par des aboiements répétés, son inquiétude et sa joie de retrouver son maître. Un nouveau courant les sépara ; mais le parachute et le chien gagnèrent la terre sains et saufs peu de temps après l’aéronaute.
L’invention des parachutes est attribuée à Blanchard, mais c’est J. Garnerin qui, le premier, dans une nacelle soutenue par un de ces appareils (Dg. 105), osa se laisser tomber d’une hauteur de 1000 mètres.
142. Ascension» aérostatique» remarquables. — Aussitôt après la découverte des ballons, de hardis expérimentateurs osèrent confier leur vie à ces vastes appareils, et s’élever avec eux dans les airs. Le 15 octobre 1783, quatre mois et quelques jours après l’expérience d’Annonay, un jeune enthousiaste de physique^ Pilâtre de Rozier, s’éleva, le premier, dans un ballon à air chaud, à une hauteur de 30 mètres environ ; mais ce ballon était captif, c’est-à-dire retenu par des cordes. Ce n’est que le 31 novembre suivant que le même Pilâtre de Rozier et le chevalier d’Arlandes eurent, les premiers, la gloire de faire un voyage aérien dans un ballon libre. Les préparatifs eurent lieu dans le jardin de la Muette, au bois de Boulogne, en présence de toute la cour. Après un voyage de vingt-cinq minutes, les hardis voyageurs prirent terre, de l’autre côté de Paris, près du moulin de Croulebarbe. Leur ballon était gonflé à l’air chaud ; pour cela, au milieu de la nacelle était un réchaud dans lequel ils brûlaient de temps en temps une botte de paille pour entretenir la dilatation de l’air. On conçoit combien ce procédé était dangereux, puisque à chaque instant le feu pouvait se communiquer au ballon.
La route était désormais frayée. Quelques jours après, l’expérience de la Muette était répétée dans le jardin des Tuileries par le physicien Charles et par l’un des frères Robert, non toutefois avec ce redoutable feu de paille, qui faisait du premier voyage aérien quelque chose d’effrayant, mais à l’aide du gaz hydrogène.
Depuis cette époque, les ascensions aérostaliques furent nom-
AEROSTATS.
breuses. Une tristement célèbre fut celle dans laquelle l'infortuné Pilàtre de Rozier perdit la vie. Voulant combiner les deux procédés de Charles et de Montgolfier, il réunit deux ballons, l’un plein d’hydrogène, l’autre à air chauffé au moyen de feu de paille. Or, l’appareil ayant été incendié et précipité du haut des airs, le malheureux aéronaute périt victime de sa témérité. Nous citerons encore le voyage de Blanchard, qui , le 7 janvier 1785, en compagnie du docteur Jeffries , fit, le premier, la traversée de Douvres à Calais, où l’on éleva une pyramide pour rappeler le souvenir de ce voyage aérien. Du reste, les deux voyageurs faillirent plusieurs fois tomber dans la mer, et ils n’atteignirent les côtes de France qu’après avoir jeté hors de |a nacelle, tout leur leste, leurs instruments et jusqu'à leurs vêtements, afin d’alléger leur ballon.
L’ascension de Gay-Lussac, le 16 septembre 1804, fut la plus remarquable par les faits dont elle enrichit la science, et -par la hauteur qu’atteignit le célèbre physicien, hauteur qui fut de 7016 mètres au-dessus du niveau des mers. A cette hauteur, le baromètre était descendu à 32 centimètres, et le thermomètre, qui marquait 31 degrés à la surface du sol, était alors à 9 degrés et demi au-dessous de zéro.
Dans ces hautes régions, la sécheresse est si grande, que les substances hygrométriques, telles que le papier, le parchemin, se dessèchent et se tordent comme si on les présentait au feu. La respiration et la circulation s’accélèrent à cause de la grande raréfaction de l’air. Gay-Lussac a constaté que son pouls faisait alors 120 pulsations à la minute, tandis qu’à l’ordinaire il n’en battait que 66. Enfin, à cette grande hauteur, le ciel prend une teinte bleue trèsfoncée, tirant sur le noir, et un silence absolu et solennel entoure l’aéronaute.
Parti de la cour du Conservatoire des Arts-et-Métiers à dix heures du matin, Gay-Lussac descendit au bout de six heures près de Rouen, ayant fait environ 30 lieues.
143. Application* de* aérostats. — Jusqu’ici la principale application des aérostats a été de faire des observations de physique et de météorologie dans les hautes régions de l’atmosphère. Dès leur origine, on proposa de les appliquer à l’art de la guerre, pour observer les mouvements de l’ennemi à l’aide de ballons captifs.
A KROSTATS.
A la bataille de Fleurus, le 16 juin 1794, le général Moreau se tint , pendant deux heures , à 400 mètres de hauteur, dans un ballon retenu captif par des cordes, et observant do là les dispositions de l’ennemi, il les fil connaître par deux lettres successives au général Jourdan. Le gain de la bataille fut en partie attribué aux renseignements utiles qu’on avait puisés à cette source. Mais les ballons ne pourront être d’une véritable utilité que du jour où il sera possible de les diriger. Or, les tentatives faites jusqu’ici dans cë but ont complètement échoué. On n’a aujourd'hui d’autre moyen que de s’élever dans l’atmosphère jusqu’à ce qu’on rencontre un courant d’air qui mène à peu près dans la direction qu’on veut suivre.