HYGROMÉTRIE, PLUIE, ROSEE, VENTS
433. Objet de l’hygrométrie. — L 'hygrométrie, ainsi nommée de deux mots grecs qui signifient mesure de l’humidité , a pour objet de faire connaître le degré d’humidité de l’air, cette humidité étant caractérisée non pas précisément par la quantité de vapeur d’eau contenue dans l’atmosphère, mais par son plus ou moins de rapprochement du point de saturation (217), ce qui n’est pas la même chose. En effet, à quantité de vapeur égale, l’air est d’autant plus humide que la température est plus" basse, car il est plus près d’être saturé et de laisser déposer les vapeurs qu’il tient en suspension. C’est pour cette raison que l’air est généralement plus humide l’hiver que l’été, quoique dans cette dernière saison l’atmosphère contienne fréquemment plus de vapeurs que l’hiver. C’est encore pour la même cause que la nuit l’air est plus humide que'pendant le jour. En chauffant un appartement, il perd de son humidité, parce que les vapeurs qui s’y trouvent étant portées à une température plus élevée, elles sont plus loin de leur point de saturation.
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La quantité de vapeur d’eau contenue dans l’air varie beaucoup suivant les saisons, les climats, la température et diverses causes locales. En France, l’air n’est jamais complètement sec, ni complètement saturé, môme dans les temps de pluie, mais en général à un état moyen entre l'extrôme sécheresse et l’extrême humidité. Du reste, c’est ce degré moyen d’humidité qui convient le mieux à l’économie animale. Dans un air à l’état d’extrême sécheresse, l’exhalation par les pores de la peau, qui constitue la transpiration cutanée, est trop abondante, la peau se gerce et s’exfolie, et les animaux ont beaucoup à souffrir. Dans un air trop humide, la transpiration cutanée ne peut se produire, et il en résulte une perturbation qui peut déterminer la mort. Il importe donc de régler convenablement l’humidité des lieux qu’on habite, de manière à éviter également 1’e.x.trème sécheresse et l’extrême humidité. Aussi est-ce avec raison que l’hiver on pose sur les poêles des vases contenant de l’eau, car, dans ce genre de chauffage, l’air des appartements ne se renouvelant pas comme dans le chauffage par les cheminées, il tend à se dessécher de plus en plus à mesure qu’il est chauffé davantage, quoique la quantité de vapeur reste la même.
234. Hygroscope*. — Les instruments propres h indiquer l’humidité de l’air sont connus, les uns sous le nom d ’hygroscopes, c’esl-a-dire qui voit l’humidité, les autres sous celui d 'hygromètres, c’est-à-dire qui la mesure. Toutes les substances qui absorbent l’humidité de l’air, comme le sel marin et beaucoup d’autres connus sous le nom de sels déliquescents , peuvent servir d’hygroscopes. Il en est de même d’un grand nombre de substances végétales ou animales, comme le papier, le parchemin, les cheveux, les cordes de boyaux, etc., qui s’allongent par l’humidité et se resserrent par la sécheresse, donnant ainsi une indication du plus ou moins do vapeur contenue dans l’air.
On a imaginé un grand nombre d’hygroscopes dont le plus en usage est ï hygroscope à torsion, devenu populaire sous la forme d’ hygroscope-capucin, représentée dans la figure 153. Ce petit instrument se compose d’une planchette de bois fixée sur un pied et découpée en forme de personnage; la tête de celui-ci est garnie d’un capuchon de carton mince, mobile autour du point a, où il
est attaché à l’extrémité d'un petit bout de corde d<‘ boyau tordu ; ce dernier, à son autre extrémité, est fixé derrière la planchette, dans une tubulure o, comme on le voit dans la coupe AB. Cela posé, la corde de boyau se tordant par la sécheresse et se détordant par l’humidité, elle entraîne avec elle le capuchon, qu’on a soin de disposer convenablement pour qu’il se trouve sur la tête du personnage quand l’air est humide, et en arrière quand l’air est sec.
Ces liygroscopes ne donnent que des indications peu exactes, et de plus ils sont paresseux, c'est-à-dire que ce n’est qu’après un temps de sécheresse ou d’humidité assez prolongé qu'ils commencent à marcher; aussi n’ontils aucune valeur scientifique.
235. Hygromètre à cheveu. — Les physiciens ont inventé un assez grand nombre d’hygromètres; celui qui est généralement adopté est Y hygromètre à cheveu, qu’on désigne aussi sous le nom A' hygromètre de Saussure , parce qu’il est dû à ce physicien et naturaliste célèbre, mort à Genève, sa patrie, en 1799.
Cet instrument est fondé sur la propriété qu’ont les cheveux de s’allonger par l’humidité et de se raccourcir par la sécheresse. Il se compose d’un cadre de cuivre sur lequel est tendu un cheveu, comme nous le montre la figure 154. Ce cheveu, qui a environ 20 centimètres de longueur , est fixé à sa partie supérieure dans une pince ; à sa partie inférieure, il s’enroule autour d’une poulie sur laquelle est un petit trou où s’engage le bout du cheveu. Sur la même poulie, qui est double, s’enroule, en sens contraire du cheveu, un fil de soie portant un poids P destiné à tendre le cheveu. Enfin, à l’axe de la poulie est fixee une longue aiguille qui
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tourne avec elle et se meut devant un cadran dont on va voir ci-après la graduation; mais auparavant il importe de faire connaître la préparation qu’on fait subir au cheveu avant de le disposer comme il vient d’ètre dit.
Les cheveux étant naturellement imprégnés d’une matière grasse qui s’oppose à l’absorption de l’humidité, il est nécessaire de les
dégraisser, ce qui s’obtient en les faisant bouillir dans de l’eau qui tient en dissolution un centième de son poids de carbonate de soude, sel qui entre dans la composition des savons. Le cheveu une fois dégraissé, on le lave dans l’eau distillée, on le fait sécher, puis on le fixe sur l'instrument.
Cela fait, il reste à graduer l’hygromètre. Pour opérer cette graduation, Saussure a adopté deux points fixes, correspondant, l’un à l’extrôme sécheresse, l’autre à l’extrême humidité. On obtient, le premier point, en plaçant l’instrument sous une cloche de verre dans laquelle on met en même temps des substances très -avides d’eau, comme de la chaux vive ou de l’acide sulfurique. L’air qui est sous la cloche perdant peu à peu son humidité, le cheveu se raccourcit et l’aiguille avance de droite à gauche dans le dessin ci -contre; au bout de quelques jours, elle devient stationnaire, et au point où elle s’arrête on marque zéro sur le cadran. On trouve ensuite le second point fixe en retirant les matières desséchantes de la cloche et en mouillant les parois de celle-ci; l’air se sature alors promptement, le cheveu s’allonge avec rapidité, l’aiguille avance de gauche à droite, et redevient stationnaire au bout de quelques heures. A son second point d’arrêt, on marque 100, et partageant enfin l’intervalle du 0 à 1 00 en cent parties égales, l’instrument est gradué.
L’hygromètre ainsi construit est très-sensible et indique rapide-
Fig. 154. — Hygromètre à cheveu.