DIVISIBILITÉ
23. Dès que nous avons l'idée de l'étendue , nous avons celle delà divisibilité; car, quelle que soit l'étendue, l'on peut en concevoirla moitié, le quart, le huitième, le seizième, le trentedeuxième etc. Celte divisibilité, dite mathématique , est évidemment infinie.
La divisibilité physique consiste en ce qu'un corps peut être partagé en parties plus petites, et celles-ci en parties nouvelles qui sont à leur tour divisibles, jusqu'à ce qu'enfin Ton parvienne à des parties tellement tenues qu'elles échappent à nos sens. Elles échappent d'abord au sens du toucher , puis à la vue. L'odorat reçoit l'impression de parties beaucoup plus petites que celles sensibles à la vue. Tous les corps connus peuvent être amenés à un degré de division tel que les parties qui en résultent échappent à nos sens. La divisibilité physique peut être distinguée en divisibilité mécanique et divisibilité naturelle, selon que nous pouvons l'effectuer nous-mêmes, ou qu'elle nous est présentée par la nature.
Les liquides sont évidemment très-divisibles , puisqu'en y plongeant la main nous ne sentons aucune aspérité : nous ne voyons aucune cavité, aucune inégalité à leur surface; les parties qui les constituent sont donc tellement petites qu'elles échappent à nos sens. Ces caractères sont encore plus prouoDcés daus les gaz que dans les liquides.
54. Quant aux corps solides, ils sont aussi d'une extrcmc divisibilité. Du centigramme d'indigo peut colorer très-sensiblement 100000 grammes d'eau j or, un gramme d'eau peut être divisé facilement en 1000 parties, et alors le centigramme d'indigo sera divisé eu 100000000 de parties , sans cesser d'être visible.
Avec un gramme d'or, de platine, d'argent, on fait des fils de plusieurs milliers de mètres de longueur. On tire les mélaux en fil , au moyen de la filière. Cet instrument consiste en une plaque d'acier percée de trous de diamètres de plus en plus petits , à travers lesquels on tire successivement le fil qui s'amincit ainsi de plus en plus.
On ne parviendrait pas à réduire par la filière seule les fils métalliques à leur moindre épaisseur, parce que leur ténacité devenue très-faible ne peut plus résister à la traction qu'il faut exercer pour les faire passer à travers les trous de la filière. En effet , Wollaslon est parvenu à faire des fils de platine beaucoup plus déliés que ceux obtenus au moyen de cet instrument. Pour les produire, on prend un fil de platine d'un centième de pouce anglais d'épaisseur , et on le fixe verticalement au milieu d'un moule d'un tiers de pouce de diamètre, que l'on remplit d'argent fondu : l'on a ainsi un cylindre d'argent d'un tiers de pouce d'épaisseur dont l'axe intérieur est le fil de platine.
En passant ce cylindre à la filière, de manière à lui donner la ténuité des fils ordinaires, le cylindre d'argent et le fil de platine diminuent tous deux en conservant le même rapport d'épaisseur; traitant ce fil si délié par l'acide nitrique, celui-ci dissout le petit tube d'argent , et met à nu le fil de platine qu'il enveloppait. Un pareil fil de platine n'a de diamètre que Y, 200 de millimètre, c'est-à-dire, qu'un fil de soie pris au cocou est 140 fois plus épais.
25. La divisibilité physique naturelle va bien au-delà encore de ce terme déjà si reculé: en effet, dans le sang qui nous parait un liquide uniforme , se trouvent des globules visibles ; les plus gros ont '/125 de millimètre de diamètre, et ces globules sont eux-mêmes des corps composés. Un morceau d'ambre répandra pendant une année entière ses particules odorantes dans
un apparlement, sans que son poids soit sensiblement diminué. Ces innombrables molécules odorantes qui émanent de l'ambre sont donc d'une extrême ténuité. Il en est de même de celles qui émanent des fleurs.
Il est des animaux qui ne peuvent être vus qu'à l'aide d'iuslruments d'optique , et qui sont tellement petits qu'il pourrait s'en placer plusieurs milliers sur une pointe d'aiguille; cependant ces petits êtres sont composés de parties organiques très-distinctes, telles que des parties liquides, des parties dures, et chacune de ces parties est formée elle-même d'éléments chimiques de nature différente.
26. Quoiqu'il en soit de l'extrême divisibilité dont la matière est susceptible, il est évident qu'en la suivant jusqu'à ses dernières limites on rencontrerait des parties impénétrables, et par conse'quent indivisibles. Ce sont ces parties extrêmement petites, indivisibles, incommensurables et soustraites à toute perception sensitive, qui par leur aggrégation en nombre innombrable constituent les corps, et que nous appelons atomes. Par les mots molécules et particules , l'on entend désigner de petits groupes composés de plusieurs atomes.
27. Il est probable que les atomes ont des formes régulières; en effet, si l'on clive un cristal, c'est-à-dire, qu'on le coupe selon ses joints, il conserve une forme régulière jusque dans ses parties les plus tenues; quand elles échappent à la vue, et qu'on continue de les cliver en les regardant avec des instruments d'optique, on les voit conserver encore une forme régulière, d'où nous pouvons conclure qu'elles la conserveraient jusqu'aux atomes, si nous pouvions y parvenir.
Nous reconnaitrons donc d'après cela que les atomes des corps de forme régulière sont eux-mêmes réguliers. L'on peut démontrer également que les corps irréguliers contiennent des atomes de forme régulière.
Pour le prouver, faites fondre du soufre dans deux vases semblables placés sur un fourneau, puis retirant le feu, laissez les refroidir lentement et sans remuer ; les parties extérieures du liquide seront refroidies les premières , en sorte qu'il se formera bientôt une croûte à la surface du soufre , dont l'intérieur sera encore liquide; si l'on verse alors ces parties intérieures
encore liquides hors de Tua des vases , on trouvera celui-ci tapissé intérieurement de cristaux. Aucun doute que dans ce moment l'autre quantité de soufre fondue ne contienne les mêmes cristaux j pourtant , si on la laisse se refroidir complètement sans verser les parties intérieures liquides , il n'en résulte qu'une masse informe, quoique contenant certainement des cristaux dans son intérieur ; cela est dû à la juxtaposition des parties encore liquides contre les cristaux déjà formés. Ce corps irrégulier contenant des cristaux, et les cristaux étant regardés comme formés par des atomes réguliers, il est évident qu'il doit luimême être considéré comme composé d'atomes de forme régulière. Il en est ainsi de tous les corps. Un morceau de sel marin n'ayant aucune forme déterminée, venant à être brisé sous le choc du marteau , se partage en petits cristaux cubiques qui évidemment existaient dans la masse irrégulière et qui sont formés d'atomes réguliers.
Si tous les corps n'ont pas des formes régulières , cela est dû à la juxtaposition des atomes. Nous devons donc considérer les corps comme formés d'une série d'atomes de forme déterminée et constante pour chaque espèce de corps.
28. C'est à la forme des atomes et à leur arrangement qu'est due la formation des cristaux. Les cristaux sont des polièdres terminés par des faces régulières , planes, unies, formant entre elles des arêtes droites et constantes. La forme des cristaux est très-variable pour les différents corps : les principales formes sont: le prime hexaédrique (f. 11) , le cube (f. 12), le tétraèdre (f. 13), l'octaèdre (f. 14), le rhombe (f. 15).
Il y a formation de cristaux, lorsqu'un corps passe lentement et sans trouble de l'état gazeux, ou de l'état liquide, à l'état solide ; alors les atomes , obéissant à la force de cohésion, se rapprochent en se disposant de certaines manières. C'est de cet arrangement des atomes et de leur nombre que dépendent les formes cristallines : ainsi en supposant des atomes cubiques, ils ne formeront de cristaux cubiques qu'en se réunissant par nombres cubiques 8, 27, 64, etc.
29. Il y a trois manières de faire cristalliser les corps , savoir par solution, par fusion et par sublimation.
1° Lorsqu'un liquide a dissous d'un corps autant qu'il peut
en contenir, on dit qu'il est saturé. La plupart des corps sont plus solubles à cbaud qu'à froid : il est donc évident que si l'on dissout un corps solide dans un liquide chaud, de manière à saturer celui-ci, puis, qu'on laisse refroidir, le corps dissous devra se resolidifier en partie. En effet, le liquide saturé à cbaud a , en se refroidissant , perdu de sa force dissolvante , et par conséquent, devenu froid, il sera sursaturé: toute la quantité du corps solide qui excède celle nécessaire pour saturer le liquide à froid , repassera donc à l'état de solidité ; si ce passage se fait lentement et sans trouble , il en résultera des cristaux.
En exposant à l'air la solution Saturée à froid après cette première cristallisation , il s'évaporera continuellement du liquide: à mesure que le liquide saturé diminuera ainsi de volume par évaporation spontanée ^ il y aura un petit excès du corps solide, qui par conséquent devra se cristalliser. Cette cristallisation étant la plus lente possible donne les plus beaux résultats.
On peut obtenir des cristaux extrêmement grands en plaçant dans une solution saturée et abandonnée à l'évaporation spontanée, des petits cristaux du corps solide dissous , qu'on appelle élèves j à mesure que le corps dissous repasse à l'état solide, Ses atomes viennent se poser sur les faces du petit cristal : si l'on a soin de refourner celui-ci de temps en temps, afin que toutes ses faces prennent le même accroissement, il deviendra le plus grand possible.
C'est généralement dans l'eau distillée qu'on dissout les corps pour les faire cristalliser.
2° Le second moyen consiste à fondre les corps par la chaleur, dans un vase, et à laisser refroidir lentement la masse fondue. Les parties extérieures se solidifiant d'abord , il se formera une croûte à la surface ; perçant cette croûte et versant les parties intérieures encore liquides , on trouve la paroi du vase tapissée de cristaux.
5° Le troisième moyen, employé pour les corps qui peuvent se volatiliser par la chaleur, consiste à cbaufTer ceux-ci dans un vase dont le fond seulement est échauffé (f. 16). Le corps étant ainsi exposé à la température que possède la partie inférieure du vase, se transforme en vapeurs, et ces vapeurs arrivant à
la partie supérieure froide se condensent en solide et se crislallisent. Celte opération prend le nom de sublimation.
On ne peut fiiire cristalliser un corps qui n'est ni fusible , ni soluble , ni volatil.
CIIAPIVMS: 3.