L1V PRÉFACE
prendre que les mots n'étaient d'aucune importance, quand les choses n'existaient pas.
A l'époque où le mouvement national de 1789, détourné de sa tendance naturelle par l'ignorance de beaucoup d'hommes et par l'égoïsme de plusieurs, eut dégénéré en agitation convulsive, sans but précis et sans direction fixe, une portion nombreuse et bien intentionnée de la nation fut la dupe de quelques axiomes vrais en eux-mêmes, mais faussés par l'application qu'on en faisait.
Le dogme de la souveraineté du peuple devint un instrument de tyrannie, et, durant quelque temps, le peuple se laissa opprimer au nom de sa souveraineté '.
Nous sommes plus éclairés aujourd'hui. On a tenté naguère d'exciter dans la masse nationale, avec d'autres mots aussi métaphysiques que celui de la souveraineté du peuple2, un enthousiasme qu'on aurait voulu rendre différent dans son symbole, et pareil dans sa violence à celui de 1793. L'on n'a pas réussi : le prestige des mots est brisé.
Je pense donc que des ouvrages destinés à revendiquer nos libertés en les appuyant sur des principes clairs, applicables, indépendants des formes, et qui tendent à nous préserver des erreurs et des fraudes qui nous ont fait tant souffrir, serviront la cause à laquelle, depuis de longues années, j'ai consacré ma vie.
J'avais d'abord conçu le projet, comme je l'ai dit ailleurs, de faire entrer dans cette collection tout ce que j'avais écrit, même sous les gouvernements antérieurs qui ont régi la France. J'aurais ainsi prouvé que si j'ai cherché la liberté sous diverses formes, je n'ai jamais cherché que la liberté.
Beaucoup d'hommes se sont rapprochés de nos gouvernements
< V. Inf., t. II, p. 273. (E. L.)
2 La légitimité et le droit divin. (E. L.)