‹ Cours de politique constitutionnelle (volume 2)Chapitre 3 sur 143 · VI AVERTISSEMENT DE LA PREMIÈRE ÉDITION · texte numérisé non relu

VI AVERTISSEMENT DE LA PREMIÈRE ÉDITION

vera donc dans le premier volume, après l'exposé systématique des Principes de Politique et de l'Essai sur les Garanties, tout ce qui touche à la responsabilité des ministres et à la liberté de la presse, les deux grandes préoccupations de Benjamin Constant.

Nous avons apporté tous nos soins à donner un texte exact et complet. Pour cela nous avons conféré les éditions originales de chaque pamphlet avec l'édition de 1818-1820. Il y a des différences que nous avons notées avec soin, et qui ne sont pas sans intérêt. Par exemple, il est curieux de voir comment le nom de Buona parte (suivant l'orthographe de 1814), disparaît des éditions plus récentes, soit par respect pour une grande infortune, soit par égard pour l'opposition.

La plupart des notes que nous avons ajoutées ont pour objet d'éclaircir le texte. Dans les écrits de circonstance, il y a des allusions que les contemporains comprennent à demi-mot, mais qui plus tard embarrassent le lecteur. Nous les avons expliquées chaque fois que nons l'avons pu, mais il en est plus d'une qui nous a échappé. Quelquefois aussi nous avons insisté sur certains principes de liberté et de justice défendus par Benjamin Constant, mais nous ne l'avons fait que rarement, ayant plutôt en vue d'appeler l'attention du lecteur que de faire l'éloge de l'écrivain. Benjamin Constant n'a pas besoin qu'on le loue; ses lecteurs seront bientôt ses amis.

Enfin, on a joint au livre une table détaillée qui, on l'espère, sera d'un bon secours à ceux que la politique intéresse, et surtout à ceux qui sont mêlés aux luttes de chaque jour. Benjamin Constant a été le premier journaliste de son temps; à ce titre il est des nôtres, et nous avons souvent besoin de nous appuyer de sa raison et de son esprit. On n'a donc rien négligé pour rendre facile de lire ou de consulter un recueil destiné, suivant toute apparence, à devenir le véritable manuel de la liberté.

INTRODUCTION

Rien ne vieillit plus vite que les écrits politiques, surtout dans un pays agité par les révolutions, et qui depuis moins d'un siï'cle a changé dix fois de gouvernement. Il semble que chaque Français reçoive en naissant le baptême de Clovis. Tous les dix ans, à la voix d'un nouvel apôtre, on renie sa foi politique, on met sa gloire et son plaisir à adorer ce qu'on a brûle, à brûler ce qu'on a adoré. Avec cette fureur de changement, quel intérêt peut-on prendre à ces pamphlets de circonstance que le vent du jour emporte avec lui ? Toutes ces brochures que nous admirions, quand nos sentiments répondaient à ceux de l'écrivain, sont aujourd'hui autant de témoins qui nous reprochent notre incurable mobilité.

Il est cependant des œuvres qui survivent : ce sont celle> où l'auteur a défendu, non pas des formes politiques toujours périssables, mais les principes immuables de la justice et de la liberté. Abandonnées dans les heures de crainte et d'abattement, elles reprennent faveur quand le pays renaît à l'espérance et au goût de la liberté. C'est à cette classe qu'appartiennent les écrits de Benjamin Constant. Ils n'ont rien perdu de leur à-propos. Ko les lisant un sera étonné de voir avec

V1U INTRODUCTION

quelle sagacité cet ingénieux publiciste définissait, il y a quarante ans, les conditions essentielles de la liberté ; peutêtre aussi en faisant un retour sur soi-même, ne pourra-t-on se défendre de quelque honte, en songeant combien la France a peu profité de ces judicieux et patriotiques enseignements.

A quoi tient chez Benjamin Constant cette unité de principes, cette justesse de vues qu'on remarque dans tout ce qu'il nous a laissé? C'est ce que je voudrais examiner. Benjamin Constant n'a point édifié de système politique ; il a écrit au jour le jour, suivant les besoins du moment, mais il y avait chez lui une pensée directrice, une philosophie arrêtée ; c'est là ce qui nous permet de nous orienter et de nous reconnaître, au milieu de toutes ces brochures de forme diverse; elles sont toujours inspirées du même esprit.

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