‹ Cours de politique constitutionnelle (volume 2)Chapitre 4 sur 143 · PHILOSOPHIE POLITIQUE DE BENJAMIN CONSTANT · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE POLITIQUE DE BENJAMIN CONSTANT

Quelle est cette doctrine libérale, dont Benjamin Constant ne s'est jamais écarté ? Lui-même nous l'a dit, dans la préface de ses Mélanges de Littérature et de Politique. C'est une . des dernières pages qu'ii a écrites ; c'est son testament politique.

« J'ai défendu quarante ans le même principe : liberté en tout : en religion, en philosophie, en littérature, en industrie, en politique; et par liberté j'entends le triomphe de l'individualité, tant sur l'autorité qui voudrait gouverner par le despotisme, que sur les masses qui réclament le droit d'asservir la minorité à la majorité. Le despotisme n'a aucun droit. La majorité a celui de contraindre la minorité à respecter l'ordre; mais tout ce qui ne trouble pas l'ordre, toul ce qui n'est qu'intérieur, comme l'opinion : tout ce qui, dans la manifestation de l'opinion, ne nuit pas à autrui, soit en provoquant des violences matérielles, soit en s'opposant à une manifestation contraire; tout ce qui, en fait d'industrie, laisse l'industrie rivale s'exercer librement, est individuel, et ne saurait être légitimement soumis ao pouvoir social '. »

i V. langes,^ Pari . 1829 Pi ; \ vi

INTRODUCTION. IX

Depuis trente ans la science a marché ; n'est-il pas remarquable qu'après les écarts les plus étranges, elle soit rentrée dans le sillon creusé par Benjamin Constant? Nous avons vu paraître le saint-simonisme, le socialisme, le communisme; doctrines diverses, mais qui toutes se ressemblent en ce point qu'elles ont l'orgueilleuse prétention d'organiser la société, c'est-à-dire de la faire entrer de force dans un cadre imaginé par quelques hommes. Où en est l'organisation du travail ? Où sont toutes ces chimères que l'expérience a dissipées ? Cherchez au contraire en religion, en politique, quels sont les écrivains dont le nom grandit, quels sont les véritables maîtres de l'avenir. C'est Channing, c'est Alexandre Yinet, c'est Tocqueville, c'est-à-dire des individualistes, des philosophes convaincus que la liberté est le premier besoin des sociétés modernes; des gens, qui, à leur insu, appartiennent à la même école que Benjamin Constant. Pour ne parler que de Tocqueville, combien ce noble esprit se serait-il épargné de peines et de fatigues s'il avait lu le publiciste libéral ! Dans ces pamphlets, que sans doute il a ignorés, n'aurait-il pas retrouvé ses propres pensées, exprimées avec autant de finesse que de force?

Suivons dans le détail les doctrines de Benjamin Constant, nous verrons qu'il avait résolu, de la façon la plus simple et la plus heureuse, les problèmes qui nous occupent aujourd'hui.

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