IV. Les ministres sont responsables
Observations, — J'ai déjà précédemment observé que la responsabilité était de toutes les questions constitutionnelles la plus insoluble , si Ton ne distinguait pas soigneusement le pouvoir royal du pouvoir exécutif. C'est pour cette raison que les gouvernements républicains ont échoué dans toutes leurs tentatives pour organiser la responsabilité.
Un monarque héréditaire peut et doit être irresponsable : c*est un être à part au sommet de l'édifice; son attribution, qui lui est particulière , et qui est permanente , non-seulement en lui , mais dans sa race entière , depuis ses ancêtres jusqu'à ses descendants , le sépare de tous les individus de son empire. Il n'est nullement extraordinaire de déclarer un homme inviolable, lorsqu'une famille est investie du droit de gouverner un grand peuple, à l'exclusion des autres familles, et au risque de toutes les chances de la succession.
Le monarque lui-même se prête sans répugnance à la responsabilité de ses ministres. Il a des biens plus précieux à défendre que tel ou tel détail de l'administration , tel ou tel exercice partiel de l'autorité. Sa dignité est un patrimoine de famille, qu'il retire de la lutte , en abandonnant son ministère. Mais ce n'est que lorsque la puissance est de la sorte sacrée , que vous pouvez séparer la responsabilité d'avec la puissance.
Un pouvoir républicain , se renouvelant périodiquement, n'est point un être à part, ne frappe en rien l'imagination , n'a point droit à l'indulgence pour ses erreurs , puisqu'il a brigué le poste ^'il occupe , et n'a rien de plus précieux à défendre que son autorité , qui est compromise dès qu'on attaque son ministère , composé d'hommes comme lui , et avec lesquels il est toujours de fait solidaire.
Rendre le pouvoir suprême inviolable , c'est constituer ses ministres juges de l'obéissance qu'ils lui doivent. Il ne peuvent , h la vérité , lui refuser cette obéissance qu'en donnant leur démission ; mais alors l'opinion publique devient juge à son tour entre le pouvoir supérieur et les ministres , et la faveur est naturellement du côté des hommes qui paraissent