‹ Cours de politique constitutionnelle (volume 3)Chapitre 28 sur 105 · CHAPITRE Tin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Tin

DBS DISCOURS ÉCRITS.

Des hommes tnàs-éclairés et très-bien intentionnés ont combattu mon opinion par des arguments d'autant plus plausibles , qu'ils sont toujours partie de l'hypothèse que la moindre note écrite par un orateur , pour ne pas perdre le fil de ses idées ou pour aider sa mémoire , serait interdite. La chambre des représentaii|^ de 1815 avait en effet donné l'exemple de cette sévérité. Mais cet excès serait aussi préjudiciable aux discussions qui doivent avoir lieu, quel'excès contre lequel je m'élève. Jeter les yeux sur des notes, ce n'est pas lire un discours. Toutes les fois qu'on traite une question qui porte sur des lois , des décrets , des faits , des chiffres , des détails de localité, ces notes sont indispensables. Elles le sont également pour tout orateur qui veut répondre avec ordre ei d'une manière complète aux assertions de celui qui l'a précédé à la tribune. Aucune mémoire n'est assez forte pour saisir en un instant l'ensemble et les parties d'un discours improvise arec entraînement, prononcé avec rapidité. Le secours de quelques signes qui retracent ce qui a été dit et ce qu'il est important de réfuter est d'une nécessité absolue. Les hommes les plus éloquents de l'Angleterre , lord North , M. Fox, M. Pitt, ne se le refusaient pas. Ils prenaient desnotes pendant les débats. Ils parlaient en tenant ces notes à la main , ne les lisant pas , mais les consultant et s'arrétant même pour les consulter. L'assemblée tolérante et respectueuse envers le talent , les attendait avec patience , et ils reprenaient la parole d'abondance, avec une fécondité et une chaleur itouvellcs. Telle est la marche que nos députés doivent suivre. Point de dissertations académiques, point de discours préparés, qui nécessitent un exorde devenu inutile, parce que vingt exordes pareils ont déjà été récites ; en un mot, point de lecture proprement dite , mais des notes qui classent les idées , indiquent les divers points à traiter , rappellent les ol^ctiens qu'on aurait perdues de vue. On peut s'en remettre à l'intérêt des orateurs pour ne pas rendre ces notes trop volumineuses. Ils se nuiraient n eux-mêmes : un coup d'œil rapide ne leur suffirait plus pour se retrouver dans un volume. Il y a mille choses dont une assemblée fait justice, indépendamment et sans la lettre d'un règlement. Il faut se confier à son bon sens naturel , à ce tact juste et sûr qui dirige les hommes réunis. Un orateur qui abuserait delà faculté de consulter ses notes pour les lire, serait réprimé par le ridicule. Si vous interdisiez ces notes, comment discuterait-on les rapports des ministres , les calculs du budjet , les répartitions de levées d'hommes, enfin mille questions, où les données les plus positives sont requises , et doivent pouvoir être sans cesse reproduites avec précision ? Ainsi y dans tous les cas, de pareilles notes doivent être admises.

Un antre objet snr lequel il me parait clair que la [Hrohibition des discours écrits ne devrait pas s*étendre , ce sont les propositions que tout député est autorisé à faire à la chambre. Mon but dans l'interdiction des discours écrits serait de faciliter la discussion que ces discours entravent ou plutôt qu'ils détruisent. Mais quand un membre de l'assemblée fait une proposition , la discussion n'est pas encore ouverte ; sa proposition est la base de la discussion future. Il n'a point à répondre à des objections, puisque aucune n'a pu être faite encore. Il est donc indifférent qu'il lise ou improvise, et je dirai même qu'il vaut mieux qu'il lise.

II y a dans les hommes une justt^e innée, qui fait toujours entrer en ligne de compte, dans le jugement qu'elle porte de la convenance des paroles, la situation de celui qui parle. Telle expression imprudente ou pen mesurée, que cette justice publique pardonne à un orateur, au milieu d'une discussion vive et orageuse , serait sévèrement réprouvée dans une proposition faite de sang-froid , avant que la contradiction et la lutte eussent produit dans les acteurs et dans les spectateurs cette chaleur sympathique qui excuse ou qui justifie la véhémence. Mais si l'auteur d'une proposition l'improvisait, il serait impossible qu'il apportât cette mesure, cette réserve qui doivent caractériser un acte médité à loisir, et présenté à l'assemblée avec une sorte de solennité.

D'ailleurs les propositions soumises aux chambres sont l'examen des lois existantes , ou l'indication des lois à faire. On ne peut démontrer les améliorations désirables dans les lois qui existent , sans rapporter le texte de ces lois. On ne peut rapporter ce texte sans le lire. On ne peut le citer de mémoire; ce serait entraver la discussion au lieu de l'éclairer; ce serait multiplier inévitablement les citations inexactes^ et perdre tout le temps consacré à relever ces inexactitudes. Il en est de même des propositions pour les lois à faire. La bonté d'une loi dépend *en grande partie de sa rédaction. On ne saurait improviser la rédaction d'une loi. Il faut que chaque mot soit pesé, car chaque mot a son importance (1).

En adoptant le milieu que je propose entre l'abus des discours écrits qui fatiguent nos assemblées et dénaturent nos discussions , et l'interdiction de ces discours , au risque d'enlever à des hommes sages et éclairés , mais dépourvus du talent d'improviser , le droit de faire profiter la nation de leurs lumières , on concilierait tout. Au milieu d'une discussion déjà entamée , les discours écrits ne peuvent que la retarder et la refroidir. Dans ce cas , les hommes qui ne peuvent pas parler d'abondance doivent céder la parole aux autres ; mais , quand il s'agit de propositions , il n'en est pas de même. Alors les discours écrits ne retardent ni ne refroidissent rien, et Ton réunit tous les avantages. L'on met à profit toutes les idées , toutes les facultés. L'on ne condamne point à un injuste silence des députés recommandables , et cependant , quand les discussions sont engagées , on ne les

fante , d^exprimer spontanément leurs vœux , sans pouvoir les conTortir en projets de loi. Il faut en conséquence ne fournir aucun prétexte à des inquiétudes vraies ou simulées. Chaque proposition doit porter rempreintc de la matjirité et du calme ; et , sous ce rapport, rimprovisalion serait dangereuse.

interroiupt plus. Le choc des opinions est réel, la tribune ne devient pas une académie.

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