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est une acquisition précieose ponr un gouvernement libre ; et ponr prouver que cette opinion , que j'exprime aujourd'hui , et qui peut-être est loin d'être générale , a toujours été la mienne , je transcrirai ce que j'écrivais à une autre époque. « Des privilèges, même abusifs, disais-je, sont pourri tant des moyens de loisir, de perfectionnement et de lumières. Une 1 grande indépendance de fortune est une garantie contre plusieurs genres » de bassesses et de vices. La certitude de se voir respecté est un préser- » vatif contre cette vanité inquiète et ombrageuse , qui partout aperçoit n l'insulte ou suppose le dédain , passion implacable qui se venge , par le )» mal qu'elle fait, de la douleur qu'elle éprouve. L'usage des formes douces » et l'habitude des nuances ingénieuses donnent à l'ame une susceptibilité » délicate et à l'esprit une rapide flexibilité. Il fallait profiter de ces quan lités précieuses. Il fallait entourer l'esprit chevaleresque de barrières M qu'il ne pût franchir, mais lui laisser un noble élan dans la carrière que » la nature rend commune à tous. Les Grecs éjfàrgnaient les captifs qui n récitaient des vers d'Euripide. La moindre lumière , le moindre germe » de la pensée , le moindre sentiment doux , la moindre forme élégante , 3» doivent être soigneusement protégés. Ce sont «autant d'éléments indis- » pensables au bonheur social. Il faut les sauver de l'orage; il le faut, et M pour Fiiitérêt de la justice , et pour celui de la liberté : car toutes ces » choses aboutissent à la liberté par des routes plus ou moins directes. Nos n réformateurs fanatiques, continuais-je , confondirent les époques pour n allumer et entretenir les haines : comme on était remonté aux Francs et n aux Goths pour consacrer des distinctions oppressives , ils remontèrent • aux Francs et aux Goths pour trouver des prétextes d'oppression en sens n inverse. La vanité avait cherché des titres d'honneur dans les archives et n dans les chroniques : une vanité plus âpre et plus vindicative puisa dans n les chroniques et dans les archives des actes d'accuÉttion. n (1) J'imprimais ces lignes lorsque la tempête grondait sur la tète de ces hommes , et qu'une tyrannie en péril , les connaissant pour ses ennemis secrets, menaçait d'évoquer contre eux les rigueurs des lois oubliées et les fureurs d'un peuple irrité. Je puis me rendre ce témoignage, qu'à toutes les époques j'ai invité la force à la justice.
Mais je ne crois point qu'en faisant entrer la noblesse dans la Charte , on doive lui conseiller de s'en emparer. Elle n'y réussirait pas : elle perdrait le bénéfice de la liberté , sans obtenir les avantages de la conquête. L'esprit du siècle , et plus encore cèNi de la France , est tout entier à l'égalité.
Oui, je le crois; il est possible , peut-être facile de sauver la France.
L'on a pu remarquer plus d'une fois, durant la révolution, qu'une certaine force morale inaperçue , mais toute-puissante , ramenait les choses et les hommes dans la direction que cette révolution leur a imprimée. Depuis que cette révolution a commencé , diverses factions ont essayé de la faire dévier de sa route : aucune n'a réussi. Bonaparte, par d'incroyables succès, a comprimé cette force mordfe. Mais il est tombé , et l'opinion , qu'on avait crue étouffée par lui , s'est montrée vivante. Dans la première année de la carrière constitutionnelle, on a négligé cette expérience. Les esprits supé-
(1) De Ve9priid9 conquête, poge 1i3.
rieurs eux-mêmes ont besoin de temps pour bien connaitre les élémento avec lesquels et sur lesquels ils doivent agir. Une catastrophe épouvantable en a été la suite. VEurope est intervenue : tout s'est rétabli; mais des haines de parti ont recommencé à menacer l'œuvre de vingt-sept années , et le péril a reparu. L'ordonnance du 5 septembre a replacé la nation dans sa route naturelle , et le péril s'est dissipé.
Quelle est donc cette route naturelle dont il est si fatal de s'écarter? C'est celle que la nation a voulu s'ouvrir au commencement de 1789.
A cette époque , elle s'est proposé pour but d'établir, non-seulement une liberté de fait, mais une liberté de droit, et de se délivrer de toute possibilité d'arbitraire. La douceur pratique du gouvernement ne lui suffisait pas. Elle avait besoin de la sécurité, autant que de la jouissance, et, pour satisfaire ce besoin , elle réclamait des garanties. Telle a été toute la question de 1789; des ambitions particulières, des vanités personnelles, des intérêts nés du trouble , ^t qui ne pouvaient s'assouvir que par le trouble , ont jeté , à travers la révolution , des forfaits horribles et des événements déplorables. Mais, au milieu de ses souffrances , de ses convulsions, de sa servitude , la nation n'a csssé de vouloir ce qu'elle a voulu; et chaque fois qu'elle a pu élever la voix , elle a recommencé à le demander. La preuve en est que , si l'on prenait au hasard les écrits publiés aux difféAntes époques, malheureusement trop courtes, durant lesquelles elle a joui de quelque liberté, l'on trotiverait toujours l'expression des mêmes désirs, et l'on n'aurait , pour les adapter au moment actuel , qu'à changer les noms et les formes. Telle est donc la route dans laquelle la nation veut marcher. Elle se l'est tracée en 1789 : elle y est rentrée toutes les fois qu'elle a pu le faire. Elle a désavoué , tantôt par son silence, tantôt par ses plaintes, tout ce qui'l'en écartait.
11 faut donc rec^naitre cette vérité. Ce que la nation craint , ce qu'elle déteste', c'est l'arbitraire. On ne l'établirait pas plus avec les acquéreurs de biens nationaux, que contre les acquéreurs de biens nationaux, pas plus avec les hommes de la révolution , que contre les hommes de la révolution. Aux mots de liberté, de garantie, de responsabilité, d'indépendance légale de la presse, de jugements par jurés, avec des questions bien posées , de respect pour les consciences , cette nation se réveille. C'est là son atmosphère; ces idées sont dans l'air qu'elle respire. Vingtsept ans de' malheurs , d'artifice , et de violence , n'ont pas changé sa nature. Elle est ce qu'elle H été : elle sera ce qu'elle. est: rien ne la changera.
Qu'on ne se trompe pas à un symptôme qui a pu surprendre, mais que je crois avoir expliqué. Deux voix, qui étaient suspectes à cette nation, ont proclamé subitement des principes qu'elles %'étaient jadis fatiguées à proscrire. Elle est restée muette, mais d'étonnement : ce n'a pas été par aversion pour les principes , mais par défiande des hommes. Son silence ne signifie pas : Nous ne voulons pas ce que vous dites ; il signifie : Nous craignons ce que vous voulez. ^
Les dépositaires du pouvoir ont une disposition fâcheuse à considérer tout ce qui n'est pas eux comme une faction. Ils rangent quelquefois la nation même dans cette catégorie , et pensent que l'habileté suprême est de se glisser entre ce qu'ils nomment les factions opposées, sans s'appuyer d'aucune.
Mais tout parti, toate association , toute rëonion dliommes dans le pouvoir oa hors du pouvoir , qui ne se ralliera pas aux principes nationaux , ne trouvera d'assentiment nulle part. Si le hasard lui remet l'autorité , ou si elle s'en saisit par ruse ou par force, la nation la laissera gouverner, mais sans l'appuyer : car c'est un des résultats de son expérience que cette habitude de se retirer de tout ce qui n'est pas dans son sens , sûre que par €3e1a seul , tôt ou tard , tout ce qui n'est pas dans son sens tombe. Elle s'épargne ainsi la fatigue de la résistance ; elle échappe au danger, laissant cseux qui veulent marcher à eux seuls , faire route entre deux abimes. Dans de pareils moments, on dirait qu'elle est morte , tant elle est immobile et prend peu de part à ce qui se fait. Mais proclamez une parole, excitez une espérance qui soit nationale , elle reparaît pleine de vie , et aussi infatigable dans son zèle , qu'elle est inébranlable dans sa volonté : elle reparait tellement forte , que souvent ceux qui l'ont appelée ont la faiblesse de s'en épouvanter; ils ont tort. Elle ne réclame rien d'injuste; elle hait tout ce qui est violent ; mais elle a un sens parfait sur ce qui est vrai et sur ce qui ne Test pas ; et il y a une chose qu'elle ne pardonne point , c'est de croire qu'on peut la tromper. Elle est du reste fort équitable dans ses jugements ; elle tient compte des circonstances; elle sait gré aux hommes du mal qu'ils ont empêché; elle excuse même le mal qu'ils ont laissé faire, quand elle voit qu'ils n'y ont consenti que pour en éviter un plus grand. Mais elle exige aussi qu'on la conduise au but qu'elle veut atteindre : dès qu'on s'en écarte, on a beau faire et beau parler, elle ne prend point le change ; elle s'arrête, avertie par son instinct infaillible que ce qu'on dit n'est qu'une ruse , et que ce qu'on fait lui est étranger.
SO