‹ Cours de politique constitutionnelle (volume 3)Chapitre 93 sur 105 · PIÈGES JUSTIFICATIVES · texte numérisé non relu

PIÈGES JUSTIFICATIVES

(1) Lei protestants , dit le cardina} d*Ossat , ii*ont rien attenté , ni contre Henri IV, ni contre aucun des cinq rois , ses prédécesseurs , quelque boucherie que Uun majeetieaitnt faites desdita huguenots.

(2) Voyes V Impartial, en réfutation de Técrit intitulé : Marseille , Ntmes et ses envitons f en 1815 ; Nîmes , de Timprinierie de Gaude fils. Je ne serais pss étonné si mes lecteurs refusaient de croire qu^à une époque où les principes de Thumanité , de la justice et du respect pour les lois sont adoptés par Timmense majorité d*une nation qui ne veut plus ni révolution ni despotisme , Tesprit de parti , ou plutôt rivresse du crime , ose professer des maximes que les assassins du 9 septembre auraient h peine avouées. £n conséquence , je Tais appuyer de citations ce que j*ai affirmé. Mais je prends au hasard les phrases qui se présentent , et j'ayertis que jVn laisse de côté une foule id*autres où le même esprit règne, et dont les expressions ne sont ni moins claires , ni moins subversives de toutes les bases de Tétat social. « Quelques victimes ont payé de leur sang le salaire du A des forfaits trop » nombreux. » Ainsi le salaire dû aux hommes prévenus d*un crime, ce n*est pas Pexamens ce ne sont pas les formes , ce n^est pas un jugement , c*est Passassinat au coin des rues. « On sait, quoi qu^en dise M. Dursnd , que les victimes , dont il se plaft à augmenter le » nombre , avaient en grande partie mérité leur sort, et que la vengeance de quelques « royalistee du Gard n*a fait au fond que remplacer et prévenir la justice. » Ainsi des hommes peuvent mériter d*ètre assassinés. Cest la justice remplacée , que le meurtre , Tincendie et les tortures. Pourvu que ceux que Ton immole soient en grande partie coupables , peu importe que d*autres qui ne sont pas compris dans cette grande partie périssent de la sorte. Les royalistes sont sans reproche , et ils ont le droit de massacrer sans distinction. « Lorsque , vaincus encore, » ( les protestants , après la seconde abdication de Bonaparte « on punit quelques-uns des plus coupables , ils crient à fa tyrannie et à Tinjustice. • Ils appellent des brigands et des monstres ceux quMls ont forcés à punir leurs forfaits » toujours renaissants. Ils implorent le pouvoir du roi en tramant jwMl-élrs déjà dans Pom- «" bre quelque nouvelle conspiration, et lui demandant de punir ses défenseurs innocents, n pour venger ses ennemis coupables. » Toujours |y«fiir pour assassiner, s^irriter contre ceux qui se plaignent en tombant sous les poignards, s'indigner de ce qu*on dit que des

nieurtrien sont des moustres, les peindre comme forcés à leu rs atlentaU, trouver oaturel <lu*on maawcre des gens qui peut-être conspirent dans Tombre , appeler innocent* ceux <iui tuent , et coupables ceux qui sont tués , la terreur a-t-elle rien faîl de mieux ? Mais la terreur a flétri la république et la liberté. Pense-t-on que , sans le 5 septembre , la monarchie eût été à Tépreuve des prétendus royalistes d*auJourd*hui. Encore une citation, * c'est la plus remarquable ; car c^est le développement du système , c^est la profesaion de foi du parti, a Cet homme si terrible ( Tre^illon ), après avoir éprouvé dans la révolntiim « tout ce dont les protestants sont capables , se vengea-t-il au premier retour du roi » en 1814 ? Tout altéré de sang, que M. Durand veut bien le peindre, trouye-t-il quelques n accusations à lui faire à cette époque ? Mais en 1815, après qu*ila de nouveau montré n son dévouement a son roi , de nouveau on le persécute , on incendie ses propriétés. Il n court les plus grands périls , sans autre crime que d^avoîr rempli son devoir avec lèle , » et M. Durand trouve étrange, trouve horrible qu^il n*ait j^s pardonné encore à sesder- » niers assassins , qu*il n^ait pas attendu une troisième fois pour les punir ? » C'était donc a Trestaillon à voir quand il devait punir et quand il devait pardonner. C'était i lui à examiner s*il lui convenait ou non de^se faire justice a lui-même ! Les lois , les tribunaux , les formes Judiciaires, tout devait disparaître devant la sentence qu^il prononçait seul dans sa propre cause et sans appel, et que sa main se chargeait d'exécuter ! Je ne recherche point ce quHl a fait. Je parle de la doctrine que Ton établit. C'est le code des sauvages, introduit en France par de soinlisant royalistes , au nom de la royauté. Comme si , dans tout ce qui se rapporte à ces soi-disant royalistes , je ridicule devait égaler Todieux, je donne aux lecteurs a deviner quelle épigraphe œ panégyriste du meurtre a choisie ; ne vous hatêêes pas , parce que vous pensoM différemment iee une de$ aufree.

(3) Voici le nom de ces députés c Ricard , lieutenant particulier' de la sénéchauisée de Piimes, Youland, avocat è Uiès, Chambon, premier consul à Usés, Soustelle, avocat a Alais, Yalerian-Duclos , du Saint-Esprit, catholiques; La Roquette du Vigan, Rabaut- Saint-Etienne , Menier-Salinelles, protestants. Les deux derniers furent condamnés i mort par le tribunal révolutionnaire en 1783. Je n'ai pas besoin de faire observer à mes lecteurs que dans ce nombre, et parmi les protestants, se trouve l'infortuné Rabaut-Saint-Etienne, moins distingué encore par son érudition et ses succès littéraires , que par le oonnge avec lequel il combattit dans la Convention le despotisme sanguinaire qu'on organisait au nom de la liberté. L'on n'a pas oublié le discours éloquent dans lequel, s^élevant contre les pouvoirs illimités que s'arrogeait l'assemblée, il se déclarait pour sa part fatigué de sa portion de tyrannie , et impatient de l'abdiquer.

(4) Je n'ai cité que deux des libelles publiés alors contre les protestants , et je n'ai rapporté aucune phrase de ces libelles. Voici quelques mots qui prouveront quel esprit les avait dictés. « Vipères ingrates , 9 dit Pierre Romain , en parlant des protestants ef en s'adressent aux catholiques, a yipères ingrates, que l'engourdissement de leurs forces i> mettait hors d'état de tous nuire , réchauffées par vos bienfaits, elles ne revivant que n pour TOUS donner la mort. Ce son^ vos ennemis nés. Vos pères ont échappé comme par n miracle à leurs mains sanguinaires. » Indépendamment de ces deux libelles, on en distribua dans le même temps plusieurs autres, sous le titre de Réponse à la lettre de M. le duc de Melfort; Français réveiUei-vous; Paul Romain à Pierre Romain ; Jvis important à l'armée française , etc.

(5) Dans cette délibération , les soi-disant catholiques demandaient que la religion catholique fût déclarée la religion de l'Etat , et qiCelle jouit seule des honisêurs du culte public ; que le pouvoir exécutif suprême fût rendu au roi; que S. M. discutât dans sa sagesse les décrets qu'elle avait sanctionnés forcément; qu'il ne fût fait aucun change-

mêni dans la hiérarchie eccléêiaitique , ni aucune réforme dan» ies corps séculiers et réguliers sans le concours des conciles nationaux, etc.

(6) Fojfe», dans le rapport de M. Alquier, sur les troubles de Nîmes : le 19 février 1791 , le texte de la lettre des soi-disaot catholiques aux diverses municipalités du royaume.

(7) « Le S mai, une fermentation très-vive se manifesta. Dès le matin il y eut des attron- » peroents ; des hommes armés de haches , de sabres , de baïonnettes et dopées , parcoui> rent les rues. Ils paraissent très-animés contre les protestants. Plusieurs furent insultés, » et grièvement blessés. Des travailleurs de terre traînaient une corde et criaient : c'est » pour pendre Us protestants, A midi , la place , les cours , les escaliers , et quelques sal- » les de rnôtei-de- Ville étaient remplies de travailleurs de terres : deux jeunes gens s^y » étant rendus pour voir donner Tordre , et ayant été reconnus pour protestants , furent n injuriés et maltraités. Un soldat du régiment de Guyenne passa deyant les fenêtres de » l*Hôtel-de-yille. II fut attaqué par les légionnaires. Deux de leurs officiers lui sauvèrent i> U vie. Le maire parut et apaisa le désordre... Les boutiques furent fermées : on fut » obligé d*aller à la place de la Salamandre pour prendre Tordre qui se donnait chaque » jour à THôtel-de- Ville... Les soldats du régiment de Guyenne étaient aussi Tobjet de la » fureur... Un soldat fut blessé d'un coup de sabre. Un grenadier, nommé Laugier, fut » assassiné d*un coup de fusil , et mourut de sa blessure.... Le 4 , la ville était tranquille \ y> la loi martiale fut proclamée. «

(8) Lettre du sieur Descombiex à H. de Bouzol.

a Les dragons protestants ont attaqué , sur les six heures du soir, les catholiques »

Lettre du sieur Froment à M. de Bouzol.

tt Les dragons protestants ont attaqué et tué plusieurs de nos catholiques désarmés. .... » Extrait du procès-verbal de rassemblée électorale.

» L'assemblée a vu avec indignation que ces hommes, privés de caractère , rejetaient « sur les victimes de leur agression , et sur celles de leurs complices , le coupable projet » d'insurrection dont ils sont eux-mêmes les auteurs, et que, d'après un exposé aussi infi- » d^e , ils avaient sollicité l'un et l'autre le secours du régiment de dragons en garnison » à Sommières. »

(0) « Les troupes étaient en bataille vis-à-vis les Capucins , lorsque , vers une heure , i> elles furent assaillies de plusieurs coups de fusil. Le quatrième témoin , jardinier des » Capucins, dépose qu'étant dans l'église, il entendit quatre coups de fusil qui lui paraiso saient partis du couvent ; qu'il monta dans les corridors , et ne découvrit personne. Le i> quatorzième, que des coups de fusil furent tirés des fenêtres des Capucins. Le quarante- » troisième voit d'une fenêtre l'éclat d'une arme k feu dans un corridor des Capucins, doni> nant sur l'esplanade , et en même temps il entend plusieurs autres coups de fusil qu'il » juge partis de ce corridor. Le soixante-troisième , major de la légion, voit faire feu du » couvent des Capucins. Le trentième voit à ses côtés un sapeur blessé par un coup de tt fusil qu'on lui dit à l'instant même avoir été tiré des Capucins. Le quarante-quatrième » voit de la fenêtre du dernier étage d'une maison , un homme sans chapeau dans le do- » cher des Capucins ; il voit aussi un autre fusil, et ne peut pas apercevoir l'homme qui « le tenait. Le quarante-cinquième voit , de la fenêtre d'un second étage , un homme » armé d'un fusil dans le clocher des Capucins. Le cinquante-sixième voit deux coups de » fusil partant du clocher des Capucins : un officier municipal étranger est tué de l'un de u ces coups de fusil. Enfin, le curé de Boissières, cent-dixième témoin, dépose que les

n troupes furent assaillies de plusieurs coups de fusil , mais que la frayeur ^*il éprouTa , » et le soleil qui donnait à plomb , Tempéchèrent d*aperceToir d*oû provenait le feu. •

» Je me suis attaché aux détails de ce fait , a continué le rapporteur, et j*ai cru imporn tant de mettre dan* tout son jour la preuve que , du couvent des Capucins on avait tiré » sur les troupes , parce que cet événement est un de ceux que les insti^teurs , soitcon- » nus , soit cachés , des troubles de Nimes , ont présenté de la manière la plus lauase et la » plus perfide , pour échauffer Timagination du peuple , et pour rendre vraisemblable par » des crimes'commis dans un premier mouvement de rage , le projet insensé du massacre » des prêtres et des catholiques , qu^ils feignent d'attribuer aux protestants. «

U est fftcheux de voir le premier magistrat d*un département rappeler comme excuse %a explication de forfaits commis presque sous ses yeux , des faits prouvés faux* en 1790. « A peine la révolution» dit H. le marquis dilrbaud-Jouques, dans sa brochure intitulée : Troubles et agitaiionê du départemenl du. Gard, « commençait^le la longue série de i> ses excès et de sél crimes , qu*elle se signala à Nîmes par un épouvantable massacre de » catholiques.»

(10) « Dans les campagnes, où le peuple était trompé sur la vraie cause des troubles de » la ville , où des insinuations perfides lui annonçaient que la religion catholique était en i> danger, où il croyait devoir la venger en versant le sang des protestants , des forfaits

» exécrables furent commis avec un sang-froid qai glace d'épouvante Plusieurs citoyens

» qui fuyaient Nîmes , furent arrêtés, et à chaque fois il fallait , pour sauver leur lie, » qu'ils fissent preuve de catholicité. » Faute de cette preuve, des femmes, des vieillads,

• des enfants furent impitoyablement massacrés.

Je supprime les noms et les faits particuliers , bien que ceu]L-ci soient malheureuse ment aussi incontestables qu'horribles , parce qu'encore une fois ce n'est le crime deper* sonne, mais l'innocence des protestants que je veux prouver.

(11) Ployez tout le rapport ci-dessus indiqué , et les pièces imprimées dans le Moniteur Ae\79i.

(13) Foye* le rapport de H. Alquier, p. 72.

(13) Je ne citerai que deux passages de ce mémoire curieux sous tant de rapports, mais sur lequel je me suis fait la loi de nUlsister que le moins qu'il'me sera possible. « Mon » plan , dit l'auteur, tendait uniquement à lier un parti et à lui donner autant qu V serait » en moi de l'extension et de la consistance. Le véritable argument des révolutionnaires » étant la force, je sentais que la véritable réponse était la force : alors , comme à prisant ^ » j'étais convaincu qu'on ne peut étouffer une forte passion que par une plus forte encore : a et en conséquence l'auteur voulait réveiller le aile religieux. Ce zèle étant réveillé, veut-on savoir l'usage qu'il en auj-ait fait ? Ecoutons ses propres paroles. « J'exposai sans dteur » les moyens qu'on devait employer pour assurer le trion^he des royalistes do GéwOan, i> de Cévennes , etc. Pendant la chaleur de la discussion , M*^* me dit : Hais le^^Mrii> mes et les parents des victimes ne chercheront-ils pas à se venger ? — Et quHnipErte ? i> lui dis-je , pourvu que nous arrivions k notre but. — Toyei-vous , s'écria-t-il , comme » je lui ai fait avouer qu'on exercerait des vengeances particulières ! Plus qu'étonné de » cette observation, je dis à M^^* : Je ne croyais pas qu'une guerre civile dut ressemlAsr à ' » une mission de capucins. »

Certes , après avoir lu ces paroles , et rapproché 1790 de 1815, on doit conclure aujourd'hui comme alors qu't7 e»t faux que les protestants aient excité les troubles deNtsmiu ; tiu'ih ont été en hutte à la haine d'un parti, aussifât qu'un parti s'est formé contre to'

conaMuiion , ei qu'ils sont devenus l'objet d'un vil ramas de calomnies artificieuses , pratiquées contre eux pour exciter des troubles et faire éclater une contre-récolution dans le midi de la France,

(14) Un royaliste avait placé sur sa porte cette inscription : les Bourbons ou la mort, ^Ue fut effacée par la police. ^

(15) Expression de M. le marquis d*Arband-Joaques , en parlant des inquiétudes que les protestants éprouvèrent sur la liberté de leur religion, en 1814, avant que les intentions royales fussent connues.

(16) Quand lebien-aîmé reviendra.

(17) Café de Tlle d'Elbe.

|18) Reproche adressé aux protestants dans les Mémoires concernant les troubles du Midi , imprimés chez Michaud.

(19) L'auteur de V Impartial avoue assez naïvement que les ennemis des protestants avaient chanté ces fameuses chansons dont le refrain était : nous laverons nos mains dans le sang des protestants, i^our^uot, dit-il, les protestants ne se contentaient-ils pas de dire qu'ils se laveraient les mains dans le sang des royalistes ?

(20) Le 15 avril 1814 , on reçut à Nfmes la nouvelle de la restauration. Le spectacle fut donné gratis. Au milieu des cris de vive le Roi! vivent les Bourbons ! la tranquillité fut troublée tout- à-coup par d'autres cris, à bas le maire, ( M. de Gastelnau, protestant )•

(21) Il est à remarquer que les signataires de cette adresse prirent le titre de catholiques de Nîmes ^ comme les rédacteurs de la fameuse adresse du 20 avril 1790. Je ne cite ce fait que pour prouver que les uns et les autres n^ont pas encore renoncé à l'espoir de trouver des ressources dans ce qu'ils appellent le zèle religieux. (VoyeM la note 13. ) Certes si l'on considère l'esprit public de l'immense majorité de la France, et son attachement aux garanties constitutionnelles, et si l'on réfléchit que cette majorité professe le culte catholique , on se convaincra facilement que ce n'est pas comme catholiques que certains hommes veulent ramener des institutions détruites ; mais ils se disent catholiques, parce que ce nom leur paraît préférable a celui de partisans de l'arbitraire et d'ennemis de leur pays.

(22) Cette pétition fut déposée chez un notaire nommé Bazile, frère d'un conseiller à la cour royale de Nîmes.

(23) Le drapeau tricolore ne fut arboré à Nîmes que le 3 avril.

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