OBJECTION TIRÉE HE LA POSITION ET DU CARACTÈRE DE M. LAINE
Ici je prévois une objection. Je vais l'exposer dans toute sa force, et j'y répondra". Peut-on croire que M. Laine favorise sérieusement les projets des contre- révolutionnaires? Né dans la classe intermédiaire, parvenu par une éloquence toujours facile, quelquefois touchante, à une place élevée, dans une profession qui, jadis, n'avait rien de commun avec la carrière et les prétentions de privilégiés; administrateur, dit-on, sous la république, et certainement législateur sous l'empire, n'est-il pas lié à tous les intérêts que la révolution a créés et que la Charte consacre?
S'il s'agissait d'un homme ordinaire ou d'un homme corrompu, ma réponse serait courte. Ce que, dans le langage de la révolution, l'on appelle des gages, c'est-à-dire les conclusions que l'on tire de la situation antérieure et des engagements ostensibles, sont de toutes les garanties les plus équivoques et les plus trompeuses. Nous avons vu des forcenés de la Convention, des suppôts de l'anarchie, de vils flatteurs de l'empire, se jeter dans la fange contre-révolutionnaire, offrir à une faction autant de crimes ou de bassesses futures qu'ils avaient à en expier dans le passé, et grâce à ce trafic de férocité ou d'infamie, mériter un accueil gracieux de leurs nouveaux maîtres.
Mais M. Laine ne doit pas être confondu avec cette tourbe vénale et sanguinaire. Il possède incontestablement des talents distingués. Ses amis lui attribuent des qualités fort estimables. Ceux qui ont eu occasion de le voir à des époques importantes ne peuvent lui refuser quelque chose qui séduit et qui impose.
Je suis de ce nombre, et malgré le dissentiment de nos opinions, malgré le mal affreux qu'aujourd'hui, selon moi, M. Laine fait à la liberté et à la France, j'éprouve du regret de me voir forcé à le juger sévèrement.
Mes relations avec lui ont été courtes. Mais elles ont suffi pour laisser dans ma mémoire de profondes traces. Il s'est montré à mes yeux dans un moment de crise, souvent passionné, ombrageux, frappé d'alarmes imaginaires, qui l'nveuglairnt sur les dangers réels. Mais je l'ai vu courageux cl dévoué. Or, le dévouement et