LV. NOfVKAi: PROJET DE I.Ol SUR LES ÉI,F,t:T|i»NS . ."iS l
crime. Aujourd'hui admonesté, expulse demain, il sera proscrit le troisième jour.
Qu'il y pense d'ailleurs. Peut-il satisfaire les partisans de la contre-révolution sous laquelle il se plie? Qu'il lise leurs écrits. Toutes les places, toutes les laveurs pour eux ; toutes les gênes, toutes les persécutions pour ce qui n'est pas eux : voilà ce qu'ils exigent. Il n'y a pas de gouvernement qui ait le moyen de les contenter. M. Decazes ne l'a-t-il pas essayé ?n'a-t-il pas négocié avec euxjusqu'cà sa dernière heure? et quand ils encombraient ses salons, si j'en dois croire la rumeur publique, ne lui disaient-ils pas ce qu'ils disent à ses successeurs ? Quelles racines pourtant n'avait par M. Decazes? Quelles aflfections sa chute n'a-t-elle pas douloureusement froissées? Au défaut d'appuis semblables, nos ministres apportent-ils une considération nationale?
Je conviendrai qu'il y a dans quelques-uns d'entre eux des qualités privées. De brillants faits d'armes et un désintéressement incontesté caractérisent M. de Maubourg, d'ailleurs bien partial et bien funeste. Soixante-dix ans d'une vie recommandablc distinguent M. Siméon, et ajoutent aux regrets qu'excite son entrée dans une carrière où sa vieillesse s'est égarée. Mais la couleur d'un ministère ne dépend pas de qucUiues détails plus ou moins honorables pour quelques individus, ces nuances se perdent dans la teinte générale. Or, qui oserait dire que des souvenirs de police, des traditions d'un zèle actif et aveugle pour Bonaparte, dans ses actes les plus arbitraires, des stigmates, enfin, de domesticité impériale soient des antécédents propres à soutenir des ministres ({u'unc faction veut attaquer?
Chose bii^arre à dire, et néanmoins vraie? De tels ministres n'auraient d'asile que dans un parti national. Les nations modernes pardonnent à quiconque les sert, parce ((ue les nations modernes sont indiliérentesaux personnes; elles veulent les choses, etquand on leur garantit ces choses, les noms propres leur sont égaux. Les factions sont implacables, parce (pie, comme celle de 1815 le dit ingénument, outre les institutions, elles veulent les places. On peut contenter une nation qui demande la liberté, en la laissant jouir de la liberté ; on ne peut satisfaire une faction qui aspire au pouvoir qu'en lui cédant le pouvoir, et par conséquent en l'abdiquant soi-même.
53'? MOTIKS Qll ONT DICTÉ
Que sije passe de l'examen de la position du ministère à telin des vrais intérêts des minorités entre lesquelles les chambres sont actuellement divisées, je ne vois aucun de ces intérêts qui n'ait sujet de redouter ce qui se prépare. S'agit-il des pairs? les maréchaux d'empire, le reste des amis de M. Decazes, et surtout, pour me servir de l'expression méprisante que l'oligarcliie a consacrée, !a fournée du 5 mars, se trouveront mal de ce nouveau régime. Le 5 mars est une conséquence de l'ordonnance du 5 septembre, un appui prêté à la loi du 5 février. Le mouvement qui a fait déclarer démissionnaires vingt-neuf pairs de 1815, pourrait bien rejiaître sous quelque prétexte dans une réaction de 1820.
Quant à la chambre des députés, que chacune des minorités y réfléchisse. Durant le calme, et môme pendant les agitations qui |)récèdent l'orage, chaque minorité a son importance; mais cette importance disparaît au sein de la tempête, et le torrent nivelle tout.
Certes, je ne fais à aucun député l'injure de lui parler d'intérêts personnels quand il est question de salut public; niais les hommes qui ont acquis de la considération, doni on reconnaît l'influence, dont on sollicite les suffrages, qu'étaienl-ils en 1815? Leur voix se perdait dans le tourbillon réactionnaire. C'est depuis le 5 septembre qu'ils se font entendre; et, en effet, quand une faction domine, qui n'a que deux ou trois mots de ralliement, et qui répond à tout par ces paroles sacramentales, il n'y a plusni raison ni modération qui serveut.
Une réflexion me frappe, et il me semble que plusieurs faits l'appuient. Il y a dans tous-les pays, et dans tous les pays il est bon pour l'administration des affaires que cela soit ainsi, un certain nombre de fonctionnaires de tous les degrés, depuis les plus subalternes jusqu'aux plus éminents (les ministres exceptés), qui conservent et doivent conserver leurs places, parce qu'ils ont en leur faveur les droits acquis, la possession, l'habitude, l'expérience. On pourrait appeler ces hommes le fonds consolidé du pouvoir. Ce fonds n'est point à dédaigner. C'est en lui que résident les connaissances de fait, qui sont d'un besoin plus journalier (]ue les conceptions politiques: et un État serait fort embarrassé d'en être privé. Utiles et intégres sous tons les régimes, ces hommes îi'ont à redouter (juc les révolution, et les réactions. Ils ont été
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ilt'possédés on [190 par les purs de 1793 : ils ont été dépossédéseii ISI5 par les purs de 1810. Hors de ces deux époques, révocables de droit, ils sont restés iuauiovibles de fait. Peuvent-ils vduloir tie 1815, plus ((u'ils ne veulent de I7!)3? Ont-ils oublié cpi'en I815undéluye(le destitutions inondala France, (jucpourêtredigne de servir le ro* il fallait n'avoii- jamais servi la patrie, et que le vent de l'épuration, soufflant simultanément sur les tribunaux, le conseil d'État, les préfectures, ne dédaignait pas de descendre jusqu'aux perceptions (le village, aux bureaux de loterie et aux entrepôts de tabac '? Aide.roiit-ils, en votant pour le projet actuel, à rouvrir l'antre d'Eole ?
Que si je considère cnlin les intérêts dn trône, je 1 avouerai, je ne conçois pas-comment c'est parmi les hommes qui chérissent la liberté qu'on eherclie U-s ennemis du monarque ou de la moiiai'cliie constitutionnelle. Ce n'est pas la première fois que je parcours les diverses hypothèses de bouleversement qui s'offrent à la pensée : aucune, je l'affirme, ne vaudrait, non-seulement pour tout bon citoyen, mais pour tout esprit éclairé, pour tout ambitieux raisonnable, ce que nous pourrions avoir sous la Charte, ce que nous espérions obtenir par elle, ce dont nous approchions chaque jour, avant que des projets insensés ne nous rejetassent loin du port. Laissons à part les protestations, les llatteries, le langage des cours. Que veut la nation? la jouissance de ses droits, le développement de ses facultés, l'exercice de son industrie, la sûreté des personnes et des propriétés. Que veulent dans cette nation les hommes qu'on suppose plus inquiets, plus actifs, plus avides de pouvoir, de fortune ou de gloire? une carrière qui leur ouvre vers ce qu'ils désirent une route légitime. Je dis légitime parce que,' toute moralité à part, tous ceux qui ne sont pas en démence préfèrent ce qui est légitime et sans danger à ce qui est illégal et dangereux. Je ne parle pas des fous ou des criminels : les fous ou les criminels sont toujours eii petit nombre, et si quelquefois ils s'emparent momentanément d'une désastreuse inlluence sur une multitude égarée, c'est qu'on a tournienté cette multitude, qui n'eût pas mieux demandé que d'être paisible.
< Pallida inurx .rijW' puisai pcdc paupiiruin labi-rnas reguimnn' luirez. H«r, C'flnd. iv^ v, i:^..