CHAPITRE IX
L AVERSION DES MODERNES POUR CETTE PRETENDUE LIBERTÉ IMPLIQUE-T-ELLE EN EUX l'aMOUR DU DESPOTISME?
Je n'entends nullement par despotisme les gouvernements où les pouvoirs ne sont pas expressément limités, mais où il y a pourtant des intermédiaires ; où une tradition de- liberté et de justice contient les agents de l'administration ; où l'autorité ménage les habitudes ; où l'indépendance des tribunaux est respectée. Ces gouvernements sont imparfaits. Ils le sont d'autant plus que les garanties qu'ils établissent sont moins assurées ; mais ils ne sont pas purement despotiques.
J'entends par despotisme un gouvernement où la volonté du maître est la seule loi; où les corporations, s'il en existe, ne sont que ses organes ; où ce maître se considère comme le seul propriétaire de son empire et ne voit dans ses sujets que des usufruitiers ; où la liberté peut être ravie aux citoyens, sans que l'autqrilé daigne expliquer ses motifs, et sans qu'on en puisse réclamer la connaissance ; où les tribunaux sont subordonnés aux caprices du pouvoir; où leurs sentences peuvent être annulées; où les absous sont traduits devant de nouveaux juges, instruits, par l'exemple de leurs prédécesseurs, qu'ils ne sont là que pour condamner.
Il y a vingt ans qu'aucun gouvernement pareil n'existait en Europe, lien existe un maintenant, c'est celui de la Franco. J'écarte ici tout ce qui tient à ses consé(|uences pratiques ; j'en traiterai
l'aversion des MODERNKS PiU'H CKTTE I'UKTENIH F, l.lIlKnTK. 2IÎ)
plus loin : je ne parle h présont que du principe, et j'affirme (pie ce principe est le même cpie ci'liii du {jjouvernement (pie les modernes ont détesté, quc.nd il arborait les étendards de la liberté. Ce principe, c'est l'arbitraire. L'unique difTérence, c'est (pi'au lieu de s'exercer au nom de tous, il s'exerct; au nom d'un seul. Est-ce une raison pour fiu'il soit plus supportable, et pour que les hommes se réconcilient plus volontiers avec lui?