Groard, ibid., p
LA DISCIPLINE ET L'ESPRIT DE DISCIPLINE
cher. On se demande, d'autre part, quelle partie du corps touchera le châtiment, s'il frappera à nu ou à travers le vêtement, s'il sera administré sur-le-champ ou après délibération du corps professoral, avec ou sans l'autorisation du chef de l'élablissement, en présence des camarades du coupable ou à huis clos, par le professeur de la classe, par un domestique, ou par le père dûment averti i.
En France les châtiments corporels furent aussi usités, mais au moyen âge. Le tableau lamentable tracé par Montaigne d'une classe de son temps est célèbre. L'Oratoire et Port-Royal firent beaucoup pour l'adoucissement des mœurs scolaires. Et, depuis le xvn^ siècle, ce fut chez nous l'esprit commun de toutes les réformes successivement tentées de réduire le nombre des moyens matériels laissés à la disposition des maîtres, afm de les forcer à en trouver d'un autre ordre. Les Allemands appellent, non sans dédain, (( système français » cette abstention systématique de toute peine physique. Elle est un des honneurs de notre pédagogie qui, loin de renoncer à ses traditions, a une tendance marquée aujourd'hui à faire de nouveaux progrès dans la même voie et à moraliser de plus en plus la discipline.
Toutes les peines qui gardent quelque chose de physique, comme la privation de récréation, sont rejetées d'un commun accord par les hygiénistes et les moralistes. Les pensums sont aussi d'une certaine manière un châtiment physique, et de plus ils enseignent à l'enfant à travailler mal et machinalement. Quelles peines restent donc à la disposition du maître? Il n'est pas nécessaire qu'il en reste beaucoup; car il n'y en a qu'une de bonne. « La honte d'avoir mal fait, d'avoir mérité une punition, est la seule discipline qui ait des rapports avec la vertu 2. » Toute autre forme de la discipline ne doit être qu'un moyen pour arriver à faire naître cette honte. « Bien plus, dit M. Gréard ^ les châtiments qui ne sont que châtiments sont peut-être ce qui laisse le moins de trace. La peine accomplie, le souvenir s'en efface ou ne laisse souvent qu'un fond malsain d'humiliation et de colère. Il n'y a de durable et de salutaire que le sentiment de la faute attaché d'une main sûre à la con-