Vessiot, ibid., p
LA DISCIPLINE ET L'ESPRIT DE DISCIPLINE
De tout ce que nous avons dit il résulte, sans que nous ayons besoin d'insister davantage, que nous récompenserons surtout les qualités morales, l'application, Teffort. Le succès porte en lui sa récompense. Et c'est faire double emploi que d'en ajouter une autre. Il faut tout faire plutôt pour que les enfants n'apprécient pas que lui, et relever pour d'autres qualités que c'est un excès de délicatesse morale d'honorer seulement dans son for intérieur, l'estime publique de la classe.
De l'esprit de discipline. — Au-dessus de la discipline il y a l'esprit de discipline, qui en dispense. On dit dans un sens analogue, quoique moins élevé, que la discipline doit être préventive plutôt que répressive. Comment créer cette attitude morale de toute une classe? Comment faire qu'elle se soumette volontairement à la règle et ne provoque jamais la sévérité du maître? — Tout peut y contribuer, et d'abord ces conditions matérielles qui font que l'élève se trouve bien, et d'autre part se sente, quoique sans surveillance importune, suivi dans tous ses mouvements. La succession régulière des différents exercices produit aussi sur l'esprit une impression salutaire. La discipline se respire autant qu'elle se commande.
Elle trouve dans Téducation physique un secours d'un autre genre. Souvent Tindiscipline tient à un énervement causé par l'immobilité. Les élèves ont un trop-plein de force à dépenser, et ils s'agitent, et ils s'insurgent. Un pédagogue contemporain raconte l'histoire d'un proviseur qui, sentant gronder une révolte dans son lycée, la prévint en commandant une promenade supplémentaire et particuhèrement lassante. Espérons de même que les satisfactions offertes par les exercices physiques à l'activité enfantine lui ôteront de sa turbulence, et qu'à force de jouer au dehors, les élèves joueront moins en classe. En faisant la part de la liberté, nous nous trouvons ainsi mieux assurer celle de la discipline.
Môme en classe d'ailleurs, les bonnes méthodes d'enseignement occuperont assez l'activité de l'enfant pour supprimer toute dissipation. La dissipation est le propre de l'enfant qui ne sait pas s'ennuyer, et en ce sens elle est un heureux symptôme. Sans la récompenser, le maître se tiendra pour averti par elle, avant qu'elle gagne et dégénère, et s'en prendra à lui-
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même autant quà l'enfant. Pour tenir sa classe, comme on dît, le meilleur moyen est encore de l'intéresser, et le meilleur moyen de l'intéresser est, nous l'avons vu, de la faire vivre eUe-même, et penser, et agir. La méthode active, dont nous avons parlé ailleurs, est à elle seule toute une discipline preveritive; c'est même quelque chose de mieux, et comme une méthode morale, puisqu'elle habitue à agir et à trouver son plaisir dans
7l fout bien arriver à le dire enfin : la personne du maître est pour beaucoup dans la discipline, et sa personne tout enUère, physique et morale.
Il 86 peut que les qualités personnelles du maître contribuent à
augmenter son influence, et qu'il ait un 5='t«"«"'- ?'■"?»;'«' "^^^^'h et des manières agréables, une «pression am.calelorsqui cro^t pouvoir se relâcher de la sévérité souvent '^^d.spensab le C est ^à Je côté de l'attrait et de la douceur. L'autre cô e «si > ^^'^^'^.^ '"^"^^^^^^ imposante et digne par laquelle le maître sait ^<'f^^^^''^^.l^''^°'^^^ et rappeler sans cesse au devoir ceux qui sera.en ten «s de s en écarter 11 v a peu d'hommes ou de femmes à qui il 8o»t donné de avô r pr ndre'ces deux attitudes dans toute '««r per^tio" ; mais dans qiielques circonstances et dans quelque mesure qu on e fasse, on y trouvera un moyen efficace à opposer au mauvais vouloir et a la paresse*.
Il y a quelque chose d'inné dans ces dons du maître. Il eu est nui sont naturellement de bons disciplinaires, comme disent les maîtres entre eux. D'autres qualités peuvent plus si^rement s'acquérir, et établissent d'autant mieux le maître dans la conscience des enfants, selon la forte expression de M. Gréard , qu'elles ont elles-mêmes quelque chose de moral, et portent la marque d'une conscience. C'est la possession de soi-même, c est
l'accord de la conduite et du langage, c'est »'«''.«;f '"«^f ' \Xe de suite, la justice. Autant un enfant est sensible a 1 njustice du maître, autant sa justice, même quand il en pâtit, lui en impose; autant un manque de sincérité, ou simplement de ponctualité le démonte et le démoralise, autant la régulante
LA DISCIPLINE ET L'ESPRIT DE DISCIPLINE
fait pénétrer en lui, par contagion, Tesprit de soumission à la règle.
La règle, il faut qu'il la sente planer au-dessus de son maître comme de lui, que dans son obéissance il n'y ait pas feulement violence subie, mais consentement et respect. Il est des classes dont la discipline apparente peut tromper, mais où Tesprit de discipline fait totalement défaut. Or Tidéal du maître est bien bas quand il se contente du silence et de Timmobilité. L'ordre qui règne dans une classe n'a de valeur pour un éducateur que comme symptôme de l'esprit qui lui aussi y règne. Or un homme, si bon, si digne soit-il, ne suffît pas à inspirer tous les sentiments dont cet esprit doit être fait. Il faut à la discipline des assises plus profondes et plus stables que l'autorité personnelle du maître.
Du respect. — Kant a fait du sentiment du respect une analyse immortelle. Nous ne respectons pas les choses, nous ne respectons que les personnes. Mais dans les personnes que respectons-nous? « Je m'incline devant un grand, disait Fontenelle, mais mon esprit ne s'incline pas. Et moi j'ajouterai : devant l'humble bourgeois en qui je vois l'honnêteté du caractère portée à un degré que je ne trouve pas en moi-même, mon esprit s'incline, que je le veuille ou non, et si haut que je porte la tête pour lui faire remarquer la supériorité de mon rang ^ » C'est, ajoute Kant, que son exemple m'est un témoignage vivant de la loi morale. Mon respect le dépasse pour arriver jusqu'à elle. Il y a donc dans ce sentiment quelque chose qui ne s'arrête pas à l'homme. Dans notre respect pour un mort, il y a de même le respect du mystère qu'il nous rappelle. Dans notre respect pour les représentants du pouvoir aux divers degrés, il y a notre respect pour cette personne abstraite : l'Etat. Dans tous ces cas, le respect va à l'invisible.
Et de même dans le respect de l'enfant pour le maître il y a un sentiment dont le maître n'est pas l'objet, quoiqu'il en soit l'occasion et comme le canal. C'est aussi une loi que l'élève respecte, sa loi à lui, et qui revêt à ses yeux une autorité d'autant plus grande qu'elle lui apparaît solidaire d'autres lois auxquel-