CONSCIENCE ET PERCEPTION EXTÉRIEURE
ce que nous appelons la conscience réfléchie, sans laquelle la psychologie ne serait pas possible.
Xotions dues a ia conscience. — C'est à la conscience que nous devons les idées de tous les phénomènes qui se passent en nous, c'est-à-dire des phénomènes intellectuels et moraux. C'est par elle que nous apprenons ce que c'est que p/awir et douleur, joie et tristesse, désir et espérance, ambition, amitié, etc., ou encore souvenir, prévision, réflexion, raisonnement, pen* sées, idées, etc. ; et enfin volition, résolution, intention, etc. Il n'est aucun homme qui ne connaisse le sens de ces mots, et qui ne sache à auel ordre de faits ils se rapportent. C'est la conscience qui est la source de ces différentes notions.
C'est encore à la conscience que nous devons l'idée de poU" oir, de cause, de force, puisée dans le sentiment que nous avons de notre propre force, celle par laquelle nous commandons à nos organes, ou même à nos facultés et à nos passions. C'est enfin à la conscience que nous devons l'idée d'âme, d'esprit, c'est-à-dire de l'être qui éprouve tous les phénomènes que nous venons de signaler et par lesquels nous nous distinguons de nos organes et de notre corps. « Un enfant, dit Ad. Garnier, entendait pour la première fois parler de l'àme; il interrogea sa mère, elle lui répond que c'est avec l'âme qu'il se souvient, qu'il espère : Oui, interrompt-il, je comprends : c'est
avec l'âme que je t'aime * ».
Perception extérieure. — De même que le sens intime devient conscience par la réflexion, de môme la sensation devient perception par Tattention.
Sensation et perception. — La perception en effet est une sensation à laquelle s'applique l'altention, et qui de passive est devenue active.
Par exemple, si un faisceau de lumière rouge vient frapper mon œil, j'éprouve la sensation du rouge ;si une lumière verte succède, j'éprouve la sensation du vert, et ces deux sensations sont difi'érentes ; mais si je remarque que le rouge n'est pas le vert, la sensation est devenue perception. Le buveur qui boi t différentes espèces de vins éprouve autant de sensations diverses ;
l. Ad. Garnier, Facultés de l'àme, t. I, liv. I, ch. i, § !•
68 PSYCHOLOGIE THÉORIQUE
mais le dégustateur qui remarque ces différentes sensations pour apprendre à les distinguer a des perceptions.
La perception n'est donc que Fapplication de Tactivité de l'esprit au discernement des sensations : c'est l'usage actif de nos sens, dont la sensation pure n'est que l'usage passif.
Mobilité des org:anes des sens. — Le fondement physiologique de la distinction précédente est que les organes .des sens, tout en étant d'un côté susceptibles de recevoir une excitation des choses externes, sont d'un autre côté mobiles et soumis à l'action de la volonté. Je puis volontairement mouvoir les différents organes des sens, et grâce à cette mobilité volontaire démêler nettement la différence de mes sensations. Cette vue, qui est due à Maine de Biran * est une des plus importantes de la psychologie, surtout au point de vue pratique où nous nous plaçons déjà, puisqu'elle fait ressortir le pouvoir de la volonté et, par suite, de l'éducation, sur les sens.
Considérons, par exemple, les yeux. Tout le monde sait que nous pouvons leur imprimer une multitude de mouvements divers : nous pouvons les tourner à droite et à gauche, en haut ou en bas ; et, en les combinant avec les mouvements de la tête, nous augmentons encore le champ de ces mouvements. Nous pouvons les tenir fixes plus ou moins longtemps, les ouvrir plus ou moins, ouvrir ou fermer les paupières ; nous exerçons piême une action inconsciente, que la physiologie nous révèle, sur le cristallin et sur la pupille ; par tous ces moyens, nous pouvons à volonté multipher indéfiniment les expériences de la vision, et arriver à démêler des différences et des nuances mêmes qui échapperaient à une sensibihté purement passive.
Il en est de même, et bien plus encore, du tact, c'est-à-dire du toucher actif. Or le tact réside particuHèrement dans la main, parce que la main est essentiellement mobile. Blain- Tille l'a défini un compas à cinq branches.
1. V. son Mémoire sur l'habitude, {Œuvres^ édition Cousin, t. I, introduction.)