‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 20 sur 115 · L'ABSTRACTION ET LA GÉNÉRALISATION · texte numérisé non relu

L'ABSTRACTION ET LA GÉNÉRALISATION

inséparable. Ainsi l'individu peut être séparé de la société: par exemple, Robinson dans une île déserte. L'âme peut être séparée du corps. La tête est liée au corps, mais elle peut en être séparée par un coup de hache, etc. Au contraire, la ligne ne peut être séparée de la surface, le point de la ligne, la longueur de la largeur, etc. ; dans Tâme, Tunité est inséparable de Tidentité ; les attributs sont inséparables du moi; la conscience Test de toutes les autres opérations, etc. Ce sont là les vraies abstractions.

En conséquence, Tabstraction est l'opération qui consiste à séparer dans l'esprit ce qui est inséparable dans la réalité.

Le concret est ce qui existe réellement; l'abstrait n'existe que dans la pensée. Le concret est complexe; il est donné dans l'expérience avec tous ses éléments ; l'abstrait est simple, il est construit par l'esprit. Le concret est ce qu'il est ; nous ne pouvons pas le changer. L'abstrait est une création p]u§ ou moras libre de notre esprit : il n'a de limite que le contradictoire.

Trois degrés d'abstraction. — Si Ton part des choses elles-mêmes, on peut dire que l'abstraction passe par trois degrés^ : i* Padjectif qualificatif: tel objet est blanc, rond, brUlant; 2<> les noms abstraits, l'adjectif devient un substantif: la blancheur, la rondeur ; 3« les termes généraux^ les qualités différentes ou même opposées, réunies dans une qualité unique : par exemple, le rond, le carré, le triangulaire, dans l'idée de forme; le bleu, le noir, le rouge, dans l'idée de couleur y etc.

11 en est de même dans l'ordre moral. Ce qui frappe d'abord l'esprit, ce sont les faits et les actes particuliers des qualificatifs moraux : Etienne est charitable^ Louise est pieuse; et puis vient ridée de ces qualités elles-mêmes, la charité^ la, piété; et enfin la qualité qui en embrasse plusieurs autres : la vertu^ le vice. Clarté des idées abstraites* — Laromiguière a dit avec ra:son que, contrairement à l'opinion vulgaire, les idées abstraites sont les plus claires et les plus faciles de toutes, parce qu'elles sont les plus simples ; mais il faut distinguer la clarté des sens et la clarté de l'esprit. Pour les sens, rien de plus clair que les phénomènes complexes de la nature* Qu'ils sont

L DaissoD, Dictionnaire pédaaoriique, GxU abstraetUnu

habitués à voir. Un c(?-ps brûle, parce qu'il a été allumé, et on réteint en jetant de l'eau : rien de plus simple. L'air est nécessaire à la vie : cela est évident. Mais ce n'est là qu'une clarté apparente, car, au fond, qu'est-ce que la combustion ? qu'est-ce que la respiration? Les sens sont absolument incapables de nous l'apprendre. On n'a expliqué ces phénomènes que lorsqu'on a pu séparer les différents éléments qui les composent, c'est-àdire faire des abstractions.

Au contraire, rien de plus clair pour l'esprit que les notions de nombre, d'étendue, de figure, de ligne, etc. , parce que ce sont des idées très simples, dégagées de tous les éléments qui les compliquent dans la réalité. Aussi les sciences qui traitent de ces notions sont les plus claires de toutes, pourvu qu'on soit capable de l'effort d'attention qu'elles exigent : car, s'il est vrai qu'au point de vue intellectuel rien de plus facile que l'abstrait et le simple, il est vrai aussi que rien n'est plus pénible au point de vue de la nature, les hommes étant habitués à lier leurs idées à des signes sensibles et matériels. Les sciences purement abstraites sont donc plus faciles en soi, et plus pénibles en même temps au point de vue de l'habitude des hommes: les sciences de la nature sont plus difficiles en soi, mais plus faciles en ce sens qu'elles font un plus grand usage de l'imagination et

des sens.

Usage pratique de i'abstraetion. — Beaucoup d'erreurs, dit Laromiguière, viennent du défaut d'abstraction.

Je suppose, dit-il, une personne dont l'opinion politique soit portée jusqu'à rintolérance ; on me passera la supposition. Cette per^nne est attaquée d'une maladie grave ; elle demande un médecin, et on lui en nomme un très habile: « Monsieur un tel? on sait comment 11 pense. — Ehl madame, qu'importent ses opinions? Songez à guérir. — Ne me parlez pas de cet homme: c'est un extravagant, un ignorant. » La voilà, par un entêtement aveugle, incapable de faire la plus légère abstraction, de distinguer le médecin du politique.

Maître Jacques, dans Molière, est beaucoup meilleur métaphysicien. « Est-ce à votre cocher. Monsieur, ou à votre cuisinier que vous vonlez parler? — Au cuisinier. — Attendez donc, s'il vous plaît. » Il ôte sa casaque et parait vêtu en cuisinier. Harpagon veut ensuite qu'on nettoie son carrosse : maître Jacques reparaît en cocher.

PSYCHOLOGIE THÉORIQUE

rance ne ven^e pas les injures du duc d'Orléans i.

L ABSTRACTION ET l^A GENERALISATION

Le

rent Tantôt, cest la différence qui nous intéresse; tantôt

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teia est plus vrai encore des objets de nos affections Notre am, est P.erre et non Paul. Nos enfants sont tels et te let ce n est que dans la république de Platon qu'ils sont ous' con fondus ensemble et ne sont enfants que de l'État

Voilà les cas où il importe que nous ne confondions pas les objets lesunsayeclesautres et que nous les distinguions ^mme

«vonsplutôt besom de les réunir comme semblables que d^les d"s

nTT-T."^' '''^"''"'^- ^' J'" ^ ^««dre du blé ou de 1 We .1 m est indifférent, aussi bien qu'à l'acheteur, de distiVrer tel ép. de el autre (si ce n'ert à titre d'^cAanfWon) ; mais ceTufim^ porte,c'estqu'il sache que j'ai à vendre Jublé Zd?iîvôi^ ou de l'aTome et non du blé ; cest-è-dire de nous entendre m la nature de l'objet dont il s'agit: ce qui ne peut se Wre auW négligeant tout ce qui peut distingue" «n épi d'u^ au^etlns chaque genre; en ne conservant dans notre pensée <»Smme que les caractères qui sont les mêmes, soit dans tous iTéTis d avo.ne, soit dans tous les épis de blé, et aussi ceux 1^ Ltîn pent l'avoine du blé. L'idée que l'on seforme ainT el re tranchant tout ce qu'il y a d'individuel dans ThlqTe obM el en ne conservant que ce qu'ils ont de commun est ce quf l'on appeUe une idée générale; et l'opération qui f«t di^li^ tion s'appelle la généralisation. ^*

Noms propres et noms communs. — An rest* U grammaire seule suffit pour nous donner une idée netTdJ' lî d.stmct.on précédente. Toutes les grammaires ni en^ei^'e^î

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