Leçons de philosophie, part. II, leçon xi
qu'il y a deux sortes de noms : les noms propres et les nonm communs. Les premiers désignent tel ou tel objet, telle ou telle personne et ne conviennent qu'à cet objet ou à cette personne. Paris ne désigne qu'une seule ville. César ne désigne qu'un seul homme. Les animaux eux-mêmes ont des noms propres tel chien s appelle Médor; tel autre Diane. Il y a des animaux historiques : le Bucéphale d'Alexandre ; il y en a de fictifs : la Rossinante de Don Quichotte.
Les noms conununs sont ceux qui peuvent s'appliquer à tous les objets ou personnes de même nature. Cheval ne se dit pas seulement de Bucéphale, mais de tous les chevaux ; homme ae te dit pas seulement de Pierre ni de Paul, mais de tcKis Iw honmies. Il en est de même de tous les autres mots ; es substantifs seuls peuvent désigner des choses individuelles.
Les nom^ropres représentent donc les ûidmtiM^, et les noms communs les idées générales.
La plus simple réflexion nous apprend que l'emploi des noms communs est infiniment plus fréquent que celui des noms propres. Ouvrez un livre quelconque (à moins que ce ne soit un livre d'histoire ou de géographie), vous trouverez que le nombre des noms communs l'emporte considérablement sur celui des noms propres. Chacun aussi peut observer dans la conversation le même fait. 11 résulte de là que notre pensée se compose principalement des idées générales et qu'elles en forment en quelque sorte le fond.
Genres et espèces. — Toutes les idées générales peuvent se ramener à deux classes : les genres et les espèces. On appelle genre une idée générale qui en contient d'autres moins générales, appelées espèces; réciproquement, on appelle espèce une idée générale contenue dans une autre plus générale appelée genre. Ainsi l'idée d'animal est genre par rapport aux vertébrés, aux mollusques, qui sont des espèces *, et réciproquement. On comprend en même temps que ces idées sont tou-
I. Il faut distinguer Vespêce en logique de Tespèce en histoire naturelle En histoire naturelle, l'espèce, c est un groupe d'individus semblables perpétué par la génération. En logique, c'est une idée générale quelconque maig moins générale qu'une autre.
9e PSYCHOLOGIE THÉORIQUE
tes relatives. Une même idée peut être altemalivemenl genre ou espèce, selon que l'on considère les idées inférieures qu elle contient ou l'idée supérieure dans laquelle elle est contenue. Par exemple, l'idée de vertébré, qui est espèce par rapport à celle d'animal, est genre par rapport à celle de mammuùre, . d'oiseaux et de poissons.
Problèmes et exercices pratiques
Qu'entend-on par sciences abstraites? Classer les
iences par ordre d'abstraction.
De rabstractîon en géométrie. Le point. La Ugne.
' La surface. Le solide. Le corps.
De r abstraction en arithmétique et en algèbre. De l'abstraction en psychologie et en morale.
— De la nécessité des mots pour fixer dans l'esprit les idées abstraites. Exemple : la nomenclature des nombres.
De la classîflcation. — Formation des groupes : exemples tirés de la zoologie et de la botanique.
Dangers de la généralisation. Abus des trop grandes généralités en politique; réciproquement, abus des exemples trop particuliers (D. Stewart, Éléments de la philosophie de VesprU. :%umain, t. I,cli. iv, sect. vu et vni). La méthode de Taine.
LEÇON X
JtOBHRNT ET LB RAISONNBllSIff.
SOxMMAIRE
Définition. — Le jugement est Tacte de l'esprit qui correspond i la proposition, c'est-à-dire Tacte par lequel Tesprlt affirme ur attribut dans un sujet.
Le Jugement dans le sens nsnel du mot. — Juger, dans If sens le plus ordinaire, c'est toujours affirmer un attribut d'un sujet par exemple, qu'un accusé est coupable, qu'un tel est un grand écrivain, un bon général.
Le bon sens consiste à être capable de bien juger, de voir juste, de distinguer le vrai du faux, sans avoir besoin de raisonnement et de réflexion.
Diverses espèees de lufi^ements, affirmatifs et négatifs ; — existentiels et attributifs ; — analytiques et synthétiques; — généraux et particuliers ; — nécessaires et contingents ; — primitifs et dérivés*
Le raisonnement. — Distinction entre la connaissance intuitive
et la connaissance discursive.
îia connaissance discursive, qui va du connu à l'inconnu, a lieu par
le moyen du raisonnement*
PSYCHOLOGIE THÉORIQUE