‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 23 sur 115 · LE JUGEMENT ET LE RAISONNEMENT · texte numérisé non relu

LE JUGEMENT ET LE RAISONNEMENT

déterminer ane couleur un peu plus délicate, comme lorsqu'un peintre cherche à reproduire les nuances les plus fines de la nature, ou encore lorsqu'un critique discute la couleur d'un tableau.

Le bon sens. — La faculté du jugement, telle que nous venons de la définir, n'est donc autre chose que ce qu'on appelle le bon sens, ou, comme dit Descartes, a la faculté de distinguer le vrai d'avec le faux ». Cette faculté est naturelle en nous et, comme il le dit encore, « elle est la mieux partagée ». A tort ou à raison, « chacun pense en être si bien pourvu que ceux mêmes qui sont le plus difficiles à contenter en toute autre chose n*ont pas coutume d'en désirer plus qu'ils n'en ont. » {Disc, de la méthode, début.) C'est encore de cette faculté que la Logique de Port-Royal nous dit :

« Il n*y a rien de plus estimable que le bon sens et la justesse de Fcsprit dans le discememeni du vrai et du faux : toutes les autres qualités d'esprit ont des usages bornés ; mais Texactitude de la raison est également utile dans toutes les parties et dans tous les emplois de la vie. Il y a presque partout des routes différentes, les unes vraies et les auti'es fausses; et c'est à la raison de faire le choix. Ceux qui choisissent bien sont ceux qui ont l'esprit juste : ceux qui prennent le mauvais parti sont ceux qui ont lesprit faux. »

Division des jug^ements* — On divise généralement les jugements de la manière suivante :

1® Les jugements affirmatifs et les jugements négatifs. Le jugement affirmatif unit les deux idées, et le jugement négatif les sépare.

2^ Les jugements d'existence et les jugements d'attribution. Les premiers ne sont pas ceux, comme on le dit quelquefois, qui n'ont pas d'attribut, mais ceux dont l'attribut, toujours !c même, est le terme d'existence, par exemple : ïexiste, l'âme existe. Dieu existe.

3* Jugements analytiques et jugements synthétiques. Le» premiers sont ceux dans lesquels l'attribut est implicitement contenu dans le sujet, comme : les rayons des cercles sont égaux. Les seconds sont ceux où l'attribut s'ajoute à l'idée du sujet, comme * l'air est pesant. Kant appelle encore les pre-

miers explicatifs et les secouas extensifs : les premiers ne font qu'éclairer notre connaissance ; les seconds l'augmentent.

4® Jugements généraux et jugements particuliers. Les jugements généraux sont ceux qui affirment un attribut d'une classe d'êtres tout entière, comme : tous les hommes sont mortels. Les jugements particuliers sont ceux qui n'affirment un attribut que d'une portion de la classe, comme : quelques hommes sont justes : on ne le dit pas de tous. On distingue enfin une troisième espèce de jugements, ou jugements individuels; ceux-ci ne s'appliquent qu'à un seul individu déterminé.

5® Jugements nécessaires et jugements contingents. Les premiers sont ceux qui expriment une véri^^é dont le contraire est impossible : les seconds sont ceux qui expriment une vérité

dont le contraire peut avoir lieu. Les premiers sont donc en même temps universels, puisqu'ils sont vrais partout et toujours; les seconds ne sont vrais que dans de certaines conditions. Les jugements nécessaires et universels sont ce que l'on ap« pelle vérités premières (Voir leçon xt.)

6® Jugements primitifs ou intuitifs et jugements dérivés. Cette division se ramène à la différence de l'entendement intuitif et de l'entendement discursif. (Voy. le paragraphe suivant.)

Connaissanee intuitive et discursive. — Hya deux modes de connaissance : l'un que Ton appelle intuitif; c'est lorsque la vérité s'offre à nous d'une manière irrésistible : « Semblable à l'éclat d'un beau jour, dit Locke, elle se fait voir immédiatement et comme par force dès que l'esprit tourne sa vue vers elle. C'est ainsi que l'esprit voit que le blanc n'est pas le noir, qu'un cercle n'est pas un triangle, que trois est plus que deux. » {Essai, liv. IV, ch. n.)

11 y a un autre mode de connaissance que l'on appelle diS" eursif, qui a lieu lorsque l'esprit, ne voyant pas du premier coup l'évidence d'une vérité, s'y achemine par des intermédi aires en allant, comme on dit, du connu à l'inconna : et c'est ce que l'on appelle raisonner.

La connaissance intuitive est immédiate; la connaissance dis« cursive ou de raisonnement est médiate ; la première est évi* dente; la seconde ne l'est pas et a besoin de démonslraUm^ la* quelle se fait par le raisonnement.

PSYCHOLOGIE THÉORIQUE

On distingue généralement deux modes de raisonnement î celui qui va du général au particulier et que Ton appelle déduciif, et celui qui va du particulier au général^ et que Ton appelle inductif. Le premier part des principes et en tire des consL^quences. Le second part des faits particuliers et s'élève à des

lois générales.

Déduction* — On appelle déduire tirer une conclusion de deux propositions antérieures, supposées vraies, que Ton nomme prémisses.

Le raisonnement déductif peut se faire de deux manières : 4« instinctivement et par une faculté naturelle, sans que Fesprit se rende compte des différents moments de Topération et des idées moyennes qu'il emploie : c'est le procédé le plus habituel dans la vie pratique, et même dans la littérature et dans l'éloquence ; 2<» avec réflexion et analyse, en décomposant le raisonnement et en le ramenant à tous ses éléments constitutifs : ce qui a lieu par le syllogisme, et c'est ce qu'on appelle mettre un raisonnement en forme. La sûreté et la justesse du raisonnement ne dépend pas nécessairement de cette forme rigoureuse qui n'est de mise que dans les sujets abstraits, et lorsqu'il y a difficulté à bien saisir toutes les parties de l'opération. Autrement, le sens droit suffit. « J'ai connu un homme, dit Locke, à qui les règles du syllogisme étaient entièrement inconnues, qui apercevait d'abord la faiblesse et le faux raisonnement d'un long discours artificieux et plausible où les gens exercés se laissaient attraper. »

Cependant, quoique le raisonnement soit une suite de jugements, il n'est pas seulement une addition de jugements. Il a son unité particulière qui consiste à lier les jugements de manière à ce qu'ils ne fassent qu'un -seul et même acte de l'esprit. Pour raisonner, il faut pouvoir penser à la fois plusieurs jugements, comme pour juger il faut penser à la fois plusieurs idées.

Le raisonnement, quand il est instinctif, rapide, naturel, trouvant d'une manière sûre et toute pratique les intermédiaires, est souvent ce qu'on appelle la raison. On réserve plutôt le nom de raisonnement pour le cas où, sans aller jusqu'au syllogisme proprement dit, on marque expressément les prin-

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