‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 24 sur 115 · JUGEMENT ET LE RAISONNEMENT · texte numérisé non relu

JUGEMENT ET LE RAISONNEMENT

cipes et les conséquences, on élève des objections, des distinctions, on signale les contradictions des autres. Cette fa^mlté ratiocinante^ comme l'appelle Rabelais, est souvent, quand Tesprit n'est pas juste, une cause d'égarement. C'est en ce sens que Ton oppose quelquefois la raison au raisonnement» comme dans ces vers de Molière :

Raisonner est l'emploi de toute la maison, Et le raisonnement en bannit la raison.

n suffira ici d'avoir signalé l'opération du raisonnement : il appartient à la logique de le décomposerai d'en expliquer Vesr

sence. m

LMndnctioiu— Nous afonsTuqu'ilya deux manières de raisonner : ou biea d'une proposition générale on tire d'autres propositions qui le sont moins ; c'est ce que Ton appelle déduire; ou bien de plusieurs propositions générales on s'élève à une proposition plus générale encore. Dans le premier cas, oo ▼a du plus au moins; dans le second, on va du moins ou plus. Cette seconde opération est beaucoup moins facile àcomprendra que la première. On comprend, en effet, aisément qu'on d«wenda du plus au moins, du tout à la partie, qu'on fasse sortir d'une proposition générale une autre plus particulière qui y est contenue; mais que Ton passe au contraire de la partie au tout, du moins au plus, c'est ce qui paraît contraire à toutes les lois de la logique naturelle. Rien cependant n'est plus fréquent qu'une pareille opération, et nous en trouvons des exemples à chaque pas. Tous les jugements que nous portons sur les choses de la vie sont de ce genre; et souvent ils n'en sont pas moins d'une absolue certitude. Par exemple, nous savons, soit par expérience, soit par ouï-dire, que tous les hommes qui ont vécu jusqu'ici sont morts : quel que soit le nombre de ces expériences et de ces témoignages, il faut bien reconnaître qu'il est infiniment petit en comparaison du nombre d'hommes qui pourront vivre sur la surface de la terre jusqu'à la fin des siècles. Cependant, malgré celte disproportion immense, nous n'hésitons pas à affirmer que tous les hommes sans exception qui viendront après nous mourront comme ceux qui nous ont

PSYCHOLOGIE THÉORIQUE

précédés, ^affirmation est donc beaucoup plus étendue que Texpérience, puisque celle-ci repose sur le passé, qui est borné tandis que l'autre s'étend à Tavenir, qui est illimité. Ainsi les prémisses sont moins étendues que la conclusion. Quel est le fondement d'une opération si peu rationnelle en apparence? C'est ce que Ton cherche en Logique. Contentons-nous ici de la constater comme un fait.

Usagées de rinduction* — L'induction consiste donc, d'après ce qui précède, à affirmer comme permanente et universelle la reproduction d'un fait dont nous n'avons eu sous les yeux qu'un certain nombre d'exemples. Elle généralise dans toute l'étendue du temps et de l'espace ce qui n'a été observé que sur quelques points particuliers de l'espace et du

temps.

10 Grâce à elle, nous pouvon» soulever le voile qui nous dé« robe l'avenir, et anticiper par des prédictions certaines, ou tout au moins par des prévisions probables, sur des faits qui ne sont pas encore accomplis. C'est ainsi que l'astronome peut prédire à coup sûr l'apparition d'une éclipse, ou prévoir, avec un moindre degréde certitude, le retour d'une comète. C'est d'après ^*is prévisions de ce genre, mais tout empiriques et plus ov moins probables suivant les données dont nous disposons, que nous calculons et essayons de diriger les événements de notre

vie.

2® Le rôle de l'induction dans le temps ne se borne pas à l'avenir : eUe sert encore à reconstruire le passé : elle remonte la chaîne des siècles et elle retrouve la trace des faits qui n'ont pas eu de témoins. L'induction nous autorise à croire que les lois qui gouvernent les phénomènes actuels ont présidé à la production des phénomène» passés. C'est par elle que le géologue dévoile l'histoire des âges évanouis. Si des coquillages se rencontrent sur des montagnes, on doit supposer que la mer y a résidé : car on ne peut croire que les animaux qui vivent aujourd'hui dans la mer auraient pu autrefois, avec la même conformation, se trouver sur les continents. De même, de la distribution actuelle des diverses couches de terrain le géologue conclut à des révolutions antérieures, plus ou moins violentes, plus ou moins lentes, mais dont l'histoire est écrite sous nos

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