LE JUGEMENT ET LE RAISONNEMENT
yeux. C'est par la même méthode que l'historien et l'archéologue reconstruisent l'histoire de l'espèce humaine, lorsque tout témoignage fait défaut.
3® Enfin,rinductiongénéraIise, non seulement dans le temps, mais encore dans V espace. Elle nous permet d'affirmer que ce qui se passe sous nos yeux a lieu en même temps sur tous les points du globe : que partout les objets pesants tombent à la surface de la terre, que partout l'homme passe par l'enfance avant d'arriver à la jeunesse et à Tâge mûr, que partout il meurt, etc. C'est par l'induction que le philosophe peut sans sortir de sa chambre conclure à l'identité de l'espèce humaine chez tous les peuples de l'univers. Mais, dira-t-on, n'est-ce pas l'imagination qui nous transporte ainsi partout où nous ne sommes pas et met sous les yeux de l'esprit ce que ne voient pas les sens? Oui, sans doute, il y a là une part de l'imagination ; mais l'imagination ne représente que le possible et le fictif, tandis que l'induction, bien conduite, porte sur la réalité'.
Problèmes et exercices pratiques.
Des qualités du jug^ement. — Qu'est-ce qu'un jugement juste, un jugement droit, fin, pénétrant, profond, etc.?
Qu'est-ce qu'un jugement faux, superficiel, paradoxal, etc.? (Yoh* notre Traité élémentaire de philosophie^ logique, ch. fii, des qualités de l'esprit P. J.).
Qu'est-ce qu'un bon jug^e dans la critique littéraire? (Les grands critiques : Boileau, Voltaire, La Harpe, Villemaini Sainte-Beuve, etc.)
Du jug^ement dans les affaires judiciaires: du jugement en politique, à la guerre, dans les afi'aires.
Du raisonuement. — Le syllogisme. Le dilemme. Le soriie.
Des sophismes : court résumé de logique déductive au point de vue pratique et avec des exemples.
De l'induction* — La méthode expérimentale : courtrésumé de logique inductive, au point de vue pratique et avec des exemples,
1. Royer-Collard {Fragments^ Œuvres do Reid, tr IV, p. Î81) résume ainîa •es principales applications de IMnduction : 1* elle nous persuade de la permanence du monde matériel; 2<> elle nous met sn rapport avec la nature: i* elle nous met en commerce a\6c nos semblables.
LEÇON XI
LA RAISON
SOMMAIRE
£^\S:«" ÎôseTà iwi::;. e.t U faculté de généraliser et de
^arieVÎes moyens d'action suivant le besoin : ce qu, implique 1 ap-
Sude à connaître les causes etleseffeU. à prévoirl avenir, en un
I rri^lTaôniÔsée à lafoUo consi^e dans l'équilibre des facultés "iXtaKet même affectives, dan. l'accord de l'esprit et des
nntpft avec Tordre des choses. , . ^. *
liraNon opposée à lapa»*l- consiste dans l>préciat.on exacte
dlu destinée humaine et des vrais rapporte de l'homme. J«l«^n opposée à resprl» est la faculté de trouver les pr.n- ^i^s7r!sjrit sera r«t d'appliquer les principes aux cas pa.u-
Défl Sns générales. - La raison est la faculU de l'ardre; ou en- B^ZnXt^'-V^vX'r^'o- P-'^»"^ '''-'l^ des notions et Noîlon^'Xîr;.. espace, temps, cause, substance, infini, ab-
V ArpïcmlSI.e'!;. - Principe de contradiction, principe d'identité, principe de causalité.
Dans rusage ordinaire de la langue, le mol raison s'emploie pour exprimer un certain état ou une certaine qualité de la nature humaine en opposition à d'autres états où cette qualité fait défaut. C'est ainsi qu'on oppose la raison de l'homme àl'ins-
LA RAISON
tinct de Fanimal et que l'on a défini Thomme un animal raison^ nable. On oppose de même la raison de l'homme adulte à 'ignorance ou à la légèreté de l'enfant, la raison de l'homme en possession de lui-même au délire de l'homme ivre ou du fou, ou encore au délire de la passion.
Les philosophes, sans renoncer au sens précédent, entendent en outre par raison une faculté spéciale et supérieure, chargée de fournir les notions premières et absolues, et appelée pour ce motif Raison pure.
Nous avons à rapprocher ces différents sens, à nous demander si c'est toujours la même raison qui s'oppose à lïnstinct, à l'irr^iflexion, à la folie, à la passion; et si cette raison ne serait pa» encore la même que ce que l'on appelle la raison pure.
La raison et rinstinct.— Lorsqu'on dit que l'animal manque de raison, on n'entend pas nécessairement par là qu'il manque d'intelligence, mais seulement d'une certaine espèce d'intelligence. On dira d'un chien qu'il est intelligent, et on ajoutera que la pauvre bête manque de raison. Quelle est donc cette forme ou ce degré d'inteUigence qui manque à la bête?
Le caractère propre de la raison est de saisir les causes et les effets, de prévoir les conséquences et V enchaînement des choses, enfin de lier l'avenir au présent et au passé. Sans doute l'ammaJ ne manque pas complètement d'une faculté semblable, puisque autrement il ne pourrait pas même vivre ; mais chez lui la prévision ne va guère au delà de l'habitude et d'une expérience très restreinte. L'homme, au contraire, est capable de s'élever à des lois très générales et de prévoir des effets très éloignés. Descartes et Bossuet ont parfaitement sigi^alé le caractère propre de la raison en montrant qu'elle est apte à trouver des moyens nouveaux et différents pour toutes les circonstance» particulières qui peuvent se présenter.
Ainsi, dire que Thomme est un animal raisonnable, opposer la raison de l'homme à l'instinct de l'animaljC'est dire que l'homme'
la faculté de l'universel, qu'il peut généraliser, et de plus qu'il peut prévoir les effets dans les causes et préparer les causes^ pour produire les effets ; et le caractère essentiel de la raison ainsi entendue est d'être prête pour toutes les circonstances'
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PSYCHOLOGIE THÉORIQUE
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nouvelles et capable de soumettre la nature à ses propres idées et par conséquent à nos besoins.
La raison et la folie. — C'est à peu près dans le môme sens qu'on oppose la raison de l'homme sain au délire du fou.Il n'y a de différence ici que dans le terme qui lui est opposé. En effet, la folie de Thomme ne ressemble en rien à Tétat mental des animaux. L'animal est seulement non raisonnable^ tandis que le fou est déraisonnable. L'animal est enfermé dans an champ très étroit ; mais, dans ce champ, Tinstinct et l'habitude le guident d'une manière raiionne/Ze, sinon raisonnable, en un mot d'une manière conforme à la nature; tandis que 1© fou, privé de son guide naturel, qui est la raison, n'en a pas d'autre à son service : au contraire, ce guide étant toujours le principe moteur de ses actions, comme il est lui-même perverti et vicié, Tentraîne à des actions absurdes, contraires à luimême et aux autres. La folie n'est pas seulement (comme l'idiotisme ou la démence) l'absence de la raison, elle en est la perversion. Ou bien toute liaison disparait entre les idées, ou bien il s'établit une liaison entre des idées illusoires, qui n'ont pas d'objet. Si l'on considère la raison par opposition aux caractères précédents, elle sera la faculté de distinguer le vrai du faux, de comprendre les vraies causes et les vrais effets, l'ordre réel des phénomènes, en se plaçant surtout au point de vue de la pratique et de l'action : car il ne faut pas oublier, comme on Ta fait justement remarquer, que la raison, quand on l'oppose à la folie, consiste tout autant dans un certain équilibre général de toutes les facultés que dans un emploi logique et rationnel des opérations intellectuelles. 11 y a une raison dans les actes comme il y en a une dans les pensées. Un homme peut être déraisonnable sans jamais déraisonner. Les actes sont incohérents, nuisibles, inconvenants : la faculté de raisonner paraît intacte. Réciproquement, on peut agir avec sagesse et convenance, et même porter sur les choses des jugements justes et vrais, sans être capable de donner la raison de ses jugements. Cette faculté de jugement tout instinctive est le bon sens ou sens commun; et c'est là ce qu'on appelle le plus ordinairement raison. « Fiez-vous à votre bon sens pour vous former une opinion, disait sir Campbell à uo
LA RAISON
s, il
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officier de marine nommé gouverneur à la Jamaïque; mais gardez-vous bien de vouloir exposer les motifs de votre opinion. Le jugement sera probablement bon; les raisonnements seront mauvais. » Sancho dans son lie rendait d'excellents jugements ; mais il eût été incapable de les motiver. La raison ainsi entendue est une sorte d'instinct qui, bien loin d'avoir besoin du raisonnement, se trouve souvent en contradiction
avec lui, comme nous l'avons dit déjà.
La paîson et la passion. — Enfin il y a encore un autre cas où s'emploie le terme de raison, c'est quand on Topposf à la passion. Ici, conmie tout à l'heure pour la folie, il s agit non d'une raison spéculative et abstraite, mais d'une raison pratique, et non pas seulement d'une raison intéressée et égoïste, mais de cette raison plus élevée qui nous fait comprendre notre dignité personnelle, nos rapports de fraternité avec nos semblables, notre parenté aVecDieu, qui nous apprend enfin que par les passions nous nous rendons semblables à l'animal, au fou et à l'enfant. Or, les passions sans contrepoids et sans résistance nous réduisent à l'un de ces trois états.
La raison et l'esprit. — On peut encore distinguer
la raison et l'esprit.
a La raison voit et saisit ce qu'il y a de plus général, les principes. L'esprit est la faculté d'appliquer les principes généraux aux cas particuliers ou de combiner et de comparer des idées particulières. Plus cette combinaison est prompte et riche, plus on fait preuve d'esprit. La raison fixe le but: l'esprit découvre les moyens d'exécution. Plus on a de raison, plus on a de principes et de caractère : plus on a d'esprit, et plus on a de talent. Quand on a de la raison et qu'on manque d'esprit, on est capable de se proposer un grand but ; mais souvent on le manque. Quand on a de l'esprit et qu'on manque de raison, on est fécond en moyens, mais on ne se propose rien de
grande»
Définition. — En un mot, au point de vue pratique et usuel, la raison peut être définie la faculté de l'ordre. Au point de vue théorique, nous avons dit qu'elle recherche les causes et
1. Caro» Cours élémentaire de philosophie (Poitiers, 1831), ch. xiii, p. ^,^,
110 PSYCHOLOGIE THÉORIQUK
les effets, les liaisons et les progrès des choses : qu'est-ce autre chose encore que la faculté de l'ordre? C'est ce qui résulte de cette pensée de Bossuet :
Le rapport de rordre et de la raison est extrême. L'ordre ne peut êtrTmis dans les choses que par la raison, °« ?*"[« «°*«°'*" ^^,P" elle ; il est ami de la raison et son propre objet. [Connaissance de
Dieu, ch. i, § 8.)
On peut dire encore avec M. Cournot que la raison dans rhomme consiste à saisir la « raison » dans les choses, cestàrdire le pourquoi et le comment; enfin, avec Descartes et avec la Logique de Port-Royal, que la raison consiste à distinguer
le vrai du faux *. , .. .,
Si nous réunis^ns et comparons toutes les acceptions précé-
dentés : connaître les causes et les effets, saisir la raison des
choses, prévoir Tavenir dans le présent et dans le passé, perce-
voir rordre, distinguer le vrai du faux, etc., on verra qu elles
peuvent toutes se ramener à une seule : la faculté de com^
prendre. Autre chose est connaître, autre chose comprendre. Je
puis connaître les événements de l'histoire sans les compren
dre, connaître les phénomènes de la nature sans les compren-
dre, me connaître moi-même sans me comprendre. L mtelli-
gence en général est la faculté de connallre. La raison est la
faculté de comprendre ^ . , . .
Raison pure. — Nous venons de définir la raison dan« son sens le plus usuel et le plus général. Mais, depuis Leibniz et Kant, on est convenu de donner à ce terme un sens plus
' i. Descartes, DUc. de la méthode, ch. i, « La puissance 'J^^^fJ^J^f/^^l disiinjrner le vrai du faux, qui est proprement ce qu'on appelle le bon sens •uîa rTon. . - La, dePaîais-Bo^l (1^ discour.) : « Il y a P-e^que Pamut des routes différentes, les unes vraies, les autres fausses : cest à la raison
d*en faire le choix. » , , . j. i.» a
2 Descartes disait que nous avions nne idée plus claire de 1 âme qne do corps ; Malebranche, au contraire, pense que nous avons du corps une idei. plus claire que celle de rame. Ces deux doctrines se concilient par la difference du cdnnat7re et du comprendre. En effet, nous connaissons mieux 1 âme eue le corps, parce que rame est la seule chose qui nous soit immédiatement connue? et que nous ne connaissons rien que par elle ; oi^s d'un autre cote «eus ctoprenons mieux le corps que l'âme, parce que nous pourons ramener le corps à ses propriétés mathématiques, et en déduire à 1 avance par le raisonnement les phénomènes: ce que nous ne pooTons pas faire pour VkBÎé.
LA RAISON
particulier. On entend par là la faculté des notions premières et des vérités premières.
Parmi les notions ou conceptions que possède Tesprit humain, il en est un certain nombre qui se distinguent des autres par les caractères suivants :
Caractères des notions premières. — 4* Ellets sont les plus élevées de toutes, c'est-à-dire qu'elles représentent les éléments premiers et irréductibles de la pensée et de Tétre.
2» Elles sont universelles et nécessaires: universelles en ce sens qu'elles se mêlent à tous nos jugements, qu'elles sont impliquées dans toutes nos pensées et que nous ne pouvons penser sans elles. Elles sont dans toutes nos pensées, et par là même je suis amené à croire que les objets qu'elles représentent sont partout et toujours : et c'est en cela qu'elles sont unir verselles. Je ne puis pas penser sans elles, et par là même je suis amené à penser que leurs objets ne peuvent pas ne pas exister dans et par tous les phénomènes : et c'est en cela qu'elles sont nécessaires. Elles sont dans l'esprit, a dit Leibniz, ce que les muscles et les tendons sont dans le corps. (Nouveaux Essais^ liv. I, 19.) Voici les principales de ces idées: espace, temps, cause, substance^ unité, identité, infini, absolu, parfait, etc.
3» Ces notions, qui constituent en quelque sorte le fond de notre pensée, sont aussi celles qui servent de fondement à toutes les sciences : ce sont les idées premières et fondamentales sur lesquelles elles reposent; c'est, par exemple, en géométrie, la notion d'étendue ou d*espace; en arithmétique, la notion de nombre; en algèbre, la notion de grandeur en général; en mécanique et en physique, la notion de mouvement et de force; en chimie, la notion de substance; en physiologie, la notion de vie; en morale, la notion de bien; en esthétique, la notion de beau; en ontologie ou métaphysique, la notion d'absolu^ de parfait, d'infini, de Dieu.
Vérités premières. — Ces notions premières donnent naissance à des jugements ou principes que l'on appelle vérités premières j et qui sont la base de toutes les sciences et les principes régulateurs^de l'entendement humain .
De ce genre sont ce que l'on appelle en mathématiques les
PSYCHOLOGIE THÉORIQUE
axiomes ^ ou vérités évidentes par elles-mêmes avant toute démonstration. Par exemple : deux quantités et une troisième sont égales entre elles.
Du même genre sont les axiomes de la morale : Ne fats pas à autmi ce que tu ne voudrais pas qu^on te fît. — Fais ton devoir^ adv enne que pourra.
Indépendamment des principes qui sont en tête de chaque science, il y a dans Tesprit humain des principes fondamentaux qui sont les lois mêmes de rintelligence humaine.
Les deux plus élevés de tous sont : le principe de contradietion et le principe de causalité. Le premier impose à la pensée comme règle fondamentale de ne pas se contredire. Le second est la règle inviolable de toutes les sciences. Il nous enseigne que rien ne se produit sans cause, et nous pousse à chercher la cause partout où nous apercevons quelque effet. C'est le même principe qui nous force à nous élever de cause en cause jus* qu à une cause première, c'est-à-dire du monde à Dieu.
Problèmes et exercices pratiques.
Raison et instincU — De l'intelligence dans l'animal. Différence de l'homme et de l'animal : la science, l'art, la morale, la religion.
Raison et folie. — La folie. Différentes espèces de folies : manies et monomanies. Délire des actes.
La raison dans Fenf ant. — Prédominance des sens et des instincts. Incohérence. — Défaut de prévision. — La raison et l'expérience.
La raison et la passion* — Caractère opposé de ces deux principes d'action. Exemples tirés de l'art tragique. Deux formes de la raison : le devoir et l'intérêt.
i^a raison et les notions premières* — Esquisse de la question de l'origine des idées, traitée par le moyen de Tinterrogation: par exemple, que signifie le mot cause? Dans quelles circonstances acquérons-nous cette idée? Même question sur les autres idées premières.
Caractères propres des premiers principes. Peut-on les faire dériver de Texpérience 1 — Montrer rimportance de cette question pour la moralaw
LEÇON XII
^ SENSIBILrrÉ MORALE. — LES INCLINATIOlîfe PERSONNELLES.
SOMMAIRE
Deux sortes de sensibilité : la sensibilité physique ou faculté d*ôtre affecté par les objets externes; et la sensibilité morale ou faculté d'être affecté par des objets intellectuels et moraux.
Sensations et sentiments. — Les sensations sont les faits de la sensibilité physique, les sentiments sont les faits de la sensibilité
morale.
Les sentiments ne s'opposent pas seulement aux sensations, mais encore aux appétits, c'est-à-dire aux impulsions relatives aux besoins du corps.
Division des sentiments. — Les sentiments, en tant qu'ils nous portent vers les objets, s'appellent inclinations. Il y en a de trois sortes : !• les inclinations personnelles ; 2* les inclinations sociales ; 3» les inclmaiions supérieures.
IncUnations personnelles. — D y en a deux principales : !• U désir de l'excellence, ou V amour-propre; 2o le désir du pouvoir ou
ambition. . ^ j j
Formes diverses de Famour-propre : estime de sot, sentiment ae la dignité humaine ; confiance personnelle ; amour de la gloire. — Seutimeats inverses : défiance, modestie, humilité. Formes diverses de l'amour du pouvoir : plaisir de l'action, sentiment de la responsabilité; amour de la liberté, ambition au sens propre.
La sensibilité est la faculté d'éprouver du plaisir et de la
douleur.
Mais nous avons vu qu'il y a deux sortes de sensibilité : la sensibilité physique^ qui consiste à être affecté par les choses du
PSYCHOLOGIE THÉORIQUE
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dehors, et la sensibilité intellectuelle et morale^ qui consiste à être affecté par des objets qui ne frappent pas les sens et qui ne sont connus que par Tentendemeut. De là la distinction des sensations et des sentiments.
Sensations et sentiments. — Nous avons appelé phénomènes affectifs ou émotions tous les phénomènes caractérisés par le plaisir et la douleur (20). Les émotions sont de deux sortes : i<^ ou bien elles ont leur siège dans le corps et I8ur cause dans Faction des objets extérieurs sur nos organes, et elles conservent alors le nom de sensations; 2^ ou bien elles n'ont pas de siège corporel, et elles ont pour cause une idée, une pensée ; elles s'appellent alors sentiments.
Par exemple, un plaisir des sens, une douleur physique sont toujours localisés quelque part: j'ai froid aux pieds; j'ai mal à la tête. — Au contraire, lorsque je suis fâché ou joyeux, je ne le suis ni dans le pied, ni dans la tète, ni dans la poitrine. Même un malaise général peut exister à la fois dans toutes les parties du corps; tandis que la joie et la tristesse ne résident en réalité dans aucune.
U en est de même pour la cause : une fracture, une déchirure vient de l'action d'un corps étranger sur mon organisme ; au contraire, la joie et la tristesse viennent de la pensée (d'une bonne ou mauvaise nouvelle, par exemple). Je ne suis pas joyeux pour avoir mangé un bon fruit, ni triste pour m'être brûlé; je puis avoir de la joie pendant que mon corps souffre, et de la tristesse pendant qu'il jouit. A la vérité, le plaisir peut rendre joyeux et la douleur triste ; mais ici on distinguera encore le plaisir et la joie, la douleur et la tristesse *.
Appétits et sentiments. — Les sentiments ne s'op^ posent pas seulement aux sensations; ils s'opposent surtout aux appétits, c'est-à-dire aux impulsions des sens. Les appétits sont les impulsions ou inclinations qui nous portent vers des choses sensibles, vers le bien-être corporel; les sentiments sont les impulsions et inclinations qui nous portent vers les choses in*