Recherche de la vérité, liv
L'ACTIVITÉ ET LA VOLONTÉ
Dans cette doctrine, vouloir n'est pas différent d'aimer et de désirer. Vouloir être heureux, c'est aimer, c'est désirer le bonheur. L'objet de la volonté, c'est le bien, comme l'objet de l'entendement est le vrai.
Le langage vulgaire témoigne de cette parenté de la volonté et de l'inclination. On dit que l'ambitieux veut le pouvoir, que l'avare veut des richesses, que le voluptueux veut des plaisirs.
Malgré toutes ces considérations, nous croyons qu'il faut, avec Locke, Maine de Biran, Cousin, distinguer le désir de la volonté.
La volonté, dit Locke, a été souvent confondue avec différentes affections de l'esprit et surtout avec le désir. Mais quiconque réfléchira en lui-même sur ce qui se passe dans son esprit lorsqu'il veut, trouvera que la faculté de vouloir ne se rapporte qu'à nos propres actions et qu'elle se termine là; ce qui montre que la volonté est parfaitement distincte du désir qui, dans la même action, peut avoir un but tout à fait différent de celui où nous porte la volonté. Par exemple, un homme que je ne saurais refuser peut m'obliger à me servir de certaines paroles pour persuader un autre homme sur Tesprit de qui je puis souhaiter de ne rîeu gagner dans le temps que je lui parle. Ainsi, je veux une action qui tend d'un côté, tandis que mon désir tend d'un autre. Un homme qui» par une violente attaque de goutte aux pieds et aux malus, se sent délivré d'un mal de tête, désire d'être soulagé de sa douleur de goutte ; et cependant, s'il sait que cette douleur le sauve d'un mal plus grand, sa volonté ne se déterminera à aucune action qui puisse servir à dissiper cette douleur *.
Victor Cousin a également fort bien expliqué la différence du désir et de la volonté :
Le désir est un élan aveugle qui, sans aucune délibération et sans l'intervention de la volonté, s'élève ou tombe, s'accroît ou diminue; le désir n*est pas une résolution, c'est un entraînement; on ne désire pas, on ne cesse pas de désirer à volonté. — La volonté combat le désir, comme souvent aussi elle y cède ; elle n'est donc pas le désir. — Le désir est si peu la volonté que souvent elle l'abolit! — Si le désir était le fondement delà volonté, plus le désir aérait fort, plus nous serions libres. C'est le contraire qui est vrai. <i$e ne dis pas que nouB n'ayons aucune influence sor nos désirs;
1. Locke, Essais\r r.ii\:vzj..,:iiint humato, liV^ H, Otl- r^lh Voy. aQBSi Udid trad., fr., t. V, p. ôc.
PSYCHOLOGIE THÉORIQUE
L'ACTIVITE BT Ul VOLONTÉ
maïs le pouvoir de la volonté sur le désir est une preuve de la différence de leur nature *•
Enfin Maine de Biran, qui a le plus insisté sur celle différence, nous dit :
La volonté est concentrée dans les mômes limites que le pouvoir; le désir commence au contraire où finit le pouvoir et embrasse tout le champ de notre activité. Nous désirons, dit-il encore, les choses ou les modifications dont nous ne disposons en aucune manière; nous les souhaitons comme événements étrangers sur lesquels nous ne pouvons rien ; le désir est une sorte de prière adressée aux causes amies ou ennemies de notre existence *.
On dira peut-être que la volonté, sans se confondre avec toute espèce de désir, n'est cependant encore elle-même qu'un désir, mais le désir le plus fort, celui qui entraîne Faction : « On entend par volonté, dit Condillac, un désir absolu, et tel que nous pensons qu'une chose désirée est en notre pouvoir ». »
Mais le désir le plus fort, même un désir dominant et absolu, n'équivaut pas à la volonté. Est-il en effet un plus fort désir dans l'homme que celui de ne pas mourir? Or, peut-on supposer sans folie la volonté de ne pas mourir? Celui qui dirait : Je veux vivre toujours serait un fou, quand même il en aurait un désir effréné.
Soit, dira-t-on, il y a des cas où le désir, même le plus fort n'est pas la volonté ; mais il ne s'ensuit pas encore que la volonté ne soit pas un désir. En effet, il y a deux sortes de désirs : xeux que l'expérience nous a montrés n'être jamais suivis d'effet, comme dans le cas précédent, et ceux que l'expérience nous apprend pouvoir être suivis d'effet, comme le désir de mouvoir nos membres; c'est parmi ceux-là seulement qu'il faut chercher la volonté.
S'il en élait ainsi, les actions accomplies sous l'empire des