V. Arnould, Nowemtx éléments d'hygiène, p. U
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parlé à propos du mobilier, que le maître arrêtera l'envahissement de la myopie. Il recommandera à ses élèves de ne pas lire au lit, en voiture; il les exercera progressivement à regarder et à lire de plus en plus loin. Mais, quelque précaution qu'il prenne, lire et écrire fatiguent à la longue Tœil le plus sain. Cet organe a besoin, comme les autres, de repos. Fermer de temps en temps les livres, les cahiers, parler et faire parJer, voilà le moyen de reposer les yeux, et aussi de procurer à Tesprit une utile diversion. Ce sera faire du même coup de la bonne hygiène et de la bonne pédagogie.
Le maître doit aux autres sens de Télève la môme sollicitude. Il arrive plus souvent qu'on ne croit que Tenfant a Toreille dure. On le mettra plus près de la chaire, et on empêchera à tout prix qu'il ne prenne son parti de ne pas entendre. De môme on combattra par de l'attention presque tous les défauts de prononciation, et jusqu'au bégaiement. Il importe d'habituer les élèves à articuler, à ne pas laisser tomber la voix à la fin de la phrase, à ne pas chanter en parlant. Il faut donc faire parler les élèves et beaucoup. Car c 'est en parlant qu'ils apprendront ù parler. La musique sera parfois aussi une excellente méditation, elle sera toujours une utile éducation pour les organes de la voix.
Du 8uriiieiiag:e. — Mais il y a quelque chose de pire que la faiblesse d'un organe, c'est l'affaiblissement de tout l'organisme, et d'aucuns en rendent, dans certains cas, l'école responsable. Ce sont les migraines d'abord, puis les névroses. Nous touchons à la question du surmenage si ardemment discutée dans ces derniers temps.
L'enfant travaille trop tôt, dit- on. On s'occupe de fixer un âge minimum pour le travail dans les usines et les ateliers. Mais <;roit-on que le travail cérébral soit moins fatigant que le travail musculaire? Un fermier sait très bien que faire labourer trop tôt ses bêtes c'est perdre du travail et de la force pour l'avenir. Nous ne faisons môme pas ce calcul de prévoyance quand il s'agit de nos fils, et nous nous réjouissons de pouvoir montrer ces petits phénomènes qu'on appelle des enfants prodiges, sans penser que cette précocité cérébrale ou bien est l'effet d'un état maladif, ou bien en sera la cause. Il va sans
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dire que le maître n'encouragera pas cette imprudente vanité des parents, et que, pour son propre compte, il retiendra, quoiqu'il lui en coûte, l'élève trop zélé, pour que l'effort reste mesure a
L'enfant, ajoute-t-on, travaille trop longtemps de suite. Les classes prolongées, les études venant immédiatement avant ou immédiatement après les classes tendent à l'excès son attention. Aussi cède-t-elle le plus souvent. L'enfant éprouve le besoin d'étirer ses membres et son esprit. Ceux qui ont trop exigé de lui n'ont réussi qu'à faire naître à la fois la fatigue et lindiscipline. — Disons qu'il est facile de remédier à ces inconvénients et que la chose est déjà faite. La tendance actuelle de nos règlements est d'abréger la durée des classes ou d'intercaler des quarts d'heure de repos entre les heures de travail. Sans toucher aux règlements, le maître peut atténuer les effets d une classe trop longue en variant les exercices. L'attention se renouvelle en changeant d'objet. Puis certains exercices sont par eux-mêmes une récréation, s'adressant aux sens, excitant un plus vif intérêt, ou simplement ayant quelque nouveauté. Un maître habile a donc à sa disposition de. bons moyens de tromper la fatigue, et de prévenir là où un autre aurait à
réprimer.
Non seulement l'enfant travaille trop tôt et trop longtemps de suite, mais en définitive il travaille trop : voilà contre nos écoles le dernier grief de certains hygiénistes, et qui dispense de tous les autres. Il est certain qu'il se commet, entre autres excès, des excès de travail. C'est à l'École polytechnique, c est à l'École normale supérieure par exemple. La faute en est au régime de concours et d'examens sous lequel nous vivons, et cela durera tant que, dans nos sociétés démocratiques, on n'aura rien trouvé de mieux pour opérer entre les intelligences une sélection. On pourra sans doute réduire les exigences des programmes. Mais la concurrence fait ici, plus que le programme même, le niveau de l'examen. Nous ne nions point que les modestes examens de l'enseignement primaire ne soient eux-mêmes l'occasion d'excès moindres, mais analogues. Gela arriverait moins toutefois si l'élève n'avait jamais à rattraper le temps perdu, et ne prétendait pas s'assimiler en trois mois
Si
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la nourriture de trois années. C*est donc aux gens ici que l'hygiène doit s'en prendre plus souvent qu'aux règlements. Nous avouerons encore qu'il y a beaucoup d'heures gaspillées dans nos classes, et qu'il serait possible de faire la mênie chose en moins de temps. Mais il faut compter avec les retardataires qu'un enseignement démocratique n'a le droit ni d'éliminer ni de négliger. Les queues de classe sont un mal qui est la conséquence et la condition d'un bien : le don fait à tous de l'instruction. Disons encore qu'une place suffisante n'a pas toujours été faite à l'éducation physique qui est la contre-partie de 1 éducation intellectuelle, aux exercices du corps qui, alternant avec les exercices de grammaire, délassent l'esprit en même temps qu'ils fortifient les muscles. Nous redirons cela dans notre prochain chapitre. Mais quand nous l'aurons dit et redit, nous dirons aussi qu'il n'y a pas tant de surmenage qu'on veut bien le prétendre, qu'il faut sans doute que les hommes commencent par être de bons animaux, selon l'expression de Spencer, mais que l'éducation humaine ne doit pas pour cela ressembler à un élevage, qu'elle a ses exigences à elle, et que ce n'est vraisemblablement pas aller contre la destination de l'homme que de cultiver en lui la pensée.
Il n'en est pas moins heureux que les hygiénistes nous aient apitoyés sur le sort de nos enfants. Un excès préserve d'un autre. Et on a toujours le droit d'être trop prudent pour autrui. Quelle est la juste mesure de travail intellectuel dont les enfants sont capables? Gela dépend des enfants, des âges, des pays, des aptitudes, des ambitions aussi. La règle des trois huit (huit heures de sommeil, huit heures d'exercices physiques ou de repas, huit heures de classes et d'études) fixe une moyenne que Ton peut dépasser, et plus souvent ne pas atteindre. 11 est bon toutefois que le maître l'ait présente à l'esprit , sans s'y asservir.
De la sédentarîté. — À en croire certains hygiénistes, ce qui est plus désastreux pour la santé que le travail, même excessif, c'est la vie sédentaire qu'il entraîne. Cela n'est vrai que pour les écoles des villes, comme cela est vrai pour leurs magasins, leurs bureaux ou leurs ateliers. Mais on doit à l'enfant ce qu'on ne doit pas à l'homme; et voilà pourquoi de géné-
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reuses* initiatives procurent aux enfants pauvres des voyages de vacances, à d'autres plus jeunes et plus chétifs des séjours au bord de la mer ou dans les montagnes. Ce sont les colonies de vacances, une des plus merveilleuses inventions de la chanté contemporaine. L'école qui peut en faire profiter quelques-uns de ses élèves étend son rôle social et n'est plus seulement l'école. Qu'importe, pourvu que le bien soit fait à condition toutefois qu'il soit fait avec discrétion et qu'on ne déshabitue pas renfant d'aimer le misérable foyer auquel pour quelque temps
on l'arrache. , ^^ r •* ,^r.
D'ailleurs, quelle que soit la provision de santé aite pour l'année par un mois ou deux de grand air et de liberté, le mieux, pour qu'elle ne s'épuise pas, est de la renonvel^J petites doses et au jour le jour. De longues recréât ons dans Se larges espaces y suffiraient peut-être. Si force est bien de se contenter du temps et de l'espace que l'on a, du moms es maîtres doivent-ils tenir les récréations pour sacrées, sacrées comme la santé des élèves, et imaginer d'autres moyens disciplinaires que celui qui consiste à les supprimer ou à les tiansformer en subtiles tortures pour le corps. Car notre discipline qui a rejeté les châtiments corporels, serait inconséquente s. eHe baissait subsister un des pires, et le plus malsain de tous : 1 m^ mobilité. Condamner l'enfant à rester à genoux, au piquet, ou à 7Xr à la hâte cent ou cinq cents vers sont de vrais châtiments o^rorels. II faut inventer autre chose : efforts -PP""-^;-^'^; mémoire, exercices physiques, plus réguhers et plus fast dieu^ comme les pelotons de discipline de nos ^ég^enls, tout enfln plutôt que l'immobiUté, sous quelque forme qu'elle se présente et de quelque nom qu'on l'appelle. rw^ri^ne
L'encombrement et les épidémies. - Lhyg'èn« fait à nos écoles un dernier reproche. Elles sont des lieux de réunion souvent trop peuplés. Or l'encombrement cause un véSable empoisonnement mutuel. De plus elles dev'ennent, en cas d'épidénfie, des foyers de -ntagion. Cela est vra. Mais n^^^^^^^ avons déjà dit que nos classes seraient vastes. On n entassera donc pas les enfants dans un air vicié. Si l'état de 1 un deux Î^it na'tre le soupçon d'une maladie contagieuse, l^J^-'^^ rémission, éloigné de ses condisciples. Dans une école autour
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de laquelle rôde une épidémie le maître diminuera la tâche des élèves, afin de leur laisser toutes leurs forces pour la résistance au mal qui devient la grande affaire. L'école envahie, son double devoir sera de ne rien dissimuler et d'éviter pourtant toute panique. Pour le diagnostic que suppose cette police sanitaire d'une école autant que pour les premiers soins que réclament certains cas urgents, quelques connaissances de médecine courante sont indispensables au maître. Elles font partie de ses connaissances professionnelles. Mais il ne se fera pas d'illusion sur leur portée, et ne se substituera pas au médecin. Cela dépasserait à la fois son devoir et son droit.
De la propreté. — Nous avons dit comment l'école pouvait ne pas nuire à la santé des élèves. Il reste qu'elle y serve. Elle le fera de bien des manières. Nous parlerons bientôt des exercices physiques. Mais l'école doit d'abord enseigner le respect du corps, et déraciner cette idée qu'on a le droit de se nuire à soi-même. Il y a des péchés physiques, comme dit Spencer. Il y a aussi des vertus physiques. La propreté est Tune d'elles, « la propreté, cette sainteté, disait-on jadis; cette santé visible, a dit Hufeland; la propreté qui est au corps ce que la décence est aux mœurs, a écrit Bacon, et ce que l'amabilité est à l'âme, ajoute La Rochefoucauld *. » 11 faut l'enseigner aux: enfants qui ne l'auraient pas apprise chez eux. Une surveillance paternelle, maternelle à ce sujet n'est au-dessous de la tâche
d'aucun maître.
De l'endurcissement physique. — Le courage est, pour une grande part aussi, une vertu physique. On endurcit le corps pour lui-même, mais l'âme profite de cet endurcissement, et y acquiert plus de force de résistance et plus d'audace. Locke avait poussé trop loin la théorie de l'endurcissement. Spencer, par réaction, se fait l'esclave des appétits et des sensations de l'enfant. Il a raison quand il recommande de tenir compte des tempéraments, et quand il écrit que « beaucoup d'enfants sont si bien endurcis qu'ils s'en vont de ce monde. » Mme de Sévigné avait dit de môme : « Si votre fils est bien fort, l'éducation rustaude est bonne; mais, s'il est délicat, je
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pense qu'en voulant le faire robuste, on le fait mort. » Toutefois, à entendre Spencer, il faudrait à l'enfant une telle variété de vêtements et de mets que les riches seuls réussiraient à vivre. Nous croyons que, loin de surexciter ainsi par une sollicitude tracassière la sensibilité physique de l'enfant, l'éducation doit tendre à l'émousser, disons le mot, elle doit endurcir. Endurcir contre le froid d'abord. Et ici, comme souvent, endurcir consiste à ne pas amollir. « L'enfant n'est pas frileux, écrit un hygiéniste S mais il le devient aisément; et, quand il Test devenu, il remonte difficilement cette pente, et sa santé court des périls de tous les instants. >> Plutarque avait bien raison de dire : ce Je connais des pères qui, pour trop aimer leurs enfants, en sont réellement les ennemis. » -Après l'endurcissement contre le froid, l'endurcissement contre la douleur. « Tout ainsi que l'ennemy se rend plus aspre à noslre suite, ainsi s'enorgueillit la douleur à nous voir trembler sous elle. Elle se rendra de bien meilleure composition à qui lui fera teste K » Pour exercer l'enfant à lui faire tête, on prendra garde de s'attendrir sur ses bobos, ce qui sollicite sa propre attention et paralyse les réactions instinctives de son organisme. Plus tard on mettra son amour-propre de la partie. Le grand air, les exercices, les coups échangés feront le reste. -< Enfin il s'agira d endurcir renfant contre les besoins que le plus souvent nous lui avons donnés. On lui apprendra à se priver du superflu; et ce sera, en même temps que lui rendre peut-être service pour 1 avenir, l'habituer à s'affranchir de toute habitude et à se vaincre luimême. Là est le sens profond des privations systématiques imposées par les religions. Elles sont une marque de soumission morale. Et elles sont aussi l'art de rester maître de soi en disciplinant les appétits et en reprenant sur eux, à heure fixe, le dessus. Disons en outre que la sobriété, quand elle ne serait pas rapprentissage d'autres vertus, serait elle-même une vertu Ici l'éducation physique et l'éducation morale se soutiennent et se pénètrent.