‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 38 sur 115 · L. Musée pédagogique, fascicule 77, p · texte numérisé non relu

L. Musée pédagogique, fascicule 77, p

PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

La gyranastique avec appareils ne constitue pas toute notre gymnastique scolaire. Elle comprend encore les exercices dits exercices de plancher. Excellents exercices, commodes, modérés, hygiéniques,.... mais ennuyeux. Et le reproche est grave quand il s'agit d'exercices physiques. L'élève qui sort d'une leçon doit subir une leçon nouvelle. Il y a un alphabet des mouvements qu'il lui faut épeler après Vautre alphabet. Nous craignons dès lors qu'il n'ânonne l'un comme Tautre. Il lui fallait une détente, une distraction. C'est une consigne d'un nouveau genre qu'il trouve. Sa paresse instinctive saura l'en défendre.

Hàtons-nous de le dire, il ne peut être question, quelque justes que soient toutes ces critiques, de faire table rase du passé. La gymnastique restera une excellente discipline pour le muscle. Et c'est peut-être parce qu'elle est une sorte d'éducation physique supérieure qu'elle n'est pas à la portée de tous. Elle est l'atfaire de ceux qui se font des exercices physiques une spécialité, mieux que de ceux qui leur demandent une récréation, dans tous les sens du mot. Et encore pour beaucoup de ceux-là peut-elle être un heureux pis aller. Sans doute mieux vaut la course dans un libre espace. Mais, quand l'espace manque, la gymnastique crée certaines conventions de mouvements, et prête au travail que l'on produit sur place quelque intérêt. En attendant que nos villes aient de larges champs de jeux, on fera bien d'envoyer les enfants au gymnase. Il n'est pas puisqu'à la gymnastique de chambre, si bizarre que scit Texpression, qui ne puisse rendre des services. Mieux vaudrait une promenade que tous les haltères du monde. iMais à défaut de promenades, les haltères valent mieux que rien du tout. — Enfin, s'il en est que la gymnastique attire, pour eux elle est un jeu , et elle doit leur procurer quelques-uns des bénéfices hygiéniques que les jeux procurent. Ce que les physiologistes ne veulent pas, c'est que l'exercice physique soit une corvée. Us nous défendent de nous ennuyer au gymnase, mais non de nous y amuser.

Du jeu. — Le plaisir qu'ils font naître est en effet le grand argument de l'hygiène en faveur des jeux, et la raison pour laquelle on tend à les préférer aujourd'hui à la leçon de gym-

GYMNASTIQUE ET JEUX ^00

nastique qui décidément a le tort d'être une leçon ^ La théorie du travail attrayant vaut au moins pour l'éducation physique. Non qu'en lui-même le plaisir de l'enfant soit ici plus qu ailleurs un but. Mais de même que la force et la santé s épanoui.sent en belle humeur, la belle humeur se change a son tour en force et en santé. Comment s'accomplit cette transformation, c'e.t un mystère. Mais elle se produit, c'est un fait. Les médecins savent que la joie guérit. L'homme heureux a peine a se contenir. Sa joie déborde, comme on dit. Une cause morale a communiquée tout son organisme un besoin de mouvement qui dénonce un surcroît réel de force. Au contraire 1 ennui ou le chagrin dépriment. On dira qu'on est abattu, affaisse accable Et ce ne sont pas seulement des métaphores. L'enfant dont la volonté ne réagit pas, subit plus profondément ces mfluences, et son petit corps est plus prompt à s'étioler ^^ plaisir est c^^^ etfet pour lui ce que la lumière est pour la plante. Ce n es pas ua aliment, et cependant cela entretient et cela ^^nime. C es un tonique et un tonique nécessaire. Pour beaucoup de petits malades, l'ordonnance du médecin est « distrayez-les, amusez- ZlTlour les mieux portants, une récréation qui n'est pas une dTstraction est une tromperie. Non seulement ils fy^don-nt moins de mouvement, mais celui qu'ils se donnent n a pas la même qualité hygiénique. En volant leur plaisir aux en-

fants on leur a volé de la santé.

De là méthode dans l'éducation physique. - Nou

seulement les jeux ont cette cause de supériorité, le pla s.r, Ta Us sont toujours à la mesure de la force V^J^^'^^^ ^^J^ fant II V trouve la fatigue qu'il peut supporter, et non une autre Un gamin de dix ans est capable d'une course qm

:lume l'ho'mme de quarante, mais -'.--- --^.XVaÎ marche et fait sans effort une étape qui épuiserait 1 enfant. Au ^u tout s'arrange; si vous êtes fatigué de courir, vous vous arrêtez t vous L atteint par le coureur plus intrépide qui îous pou suit. On regrette dans une classe de ne pouvoir tenir

-, ,1, v„P aui n'est pas le n6tre dans ce chapitre, le jeu est i. A u» »"l'-^ PT iUatWc in, V due le et de liberté. Les caractères en oulro encore une école d iinuaiive iimivm t.

s'y heurtent, et par suite s'y forment.

on compte suffisant de la différence des aptitudes et de donner à tous la même leçon et le même devoir. Mais les inégalités physiques sont plus marquées encore et plus incorrigibles que les inégalités intellectuelles. Il faut donc d'autant plus laisser ici chacun se régler lui-même. La paresse physique est rarement à craindre quand Témulation et le plaisir du jeu sont de la partie.

Puis il y a des jeux pour chaque âge, tandis que, malgré tous les efforts que Ton fait pour graduer les exercices de gymnastique, il est difficile de mettre l'enfant aux engins sans qu'il aille de l'un à Tautre. D'ailleurs le trapèze n'est-il pas Tengin par excellence, et il n'y a qu'une espèce de trapèze. Or le souci de procéder avec méthode dans l'éducation physique, comme dans l'éducation intellectuelle, a fait dire avec raison qu'il y fallait aussi reconnaître trois degrés : le primaire, le secondaire et le supérieur.

Les éleveurs distinguent pour les chevaux deux périodes et aussi deux méthodes, l'élevage et le dressage. Si, de même que Ton fait de la physiologie comparée, nous faisions de l'hygiène comparée, nous dirions que Tenfant au-dessous de quinze ans en est encore à l'élevage. Il importe à sa croissance que le compte des produits assimilés et désassimilés se solde par un excédent, qu'il y ait des réserves. On évitera donc les dépenses exagérées que tel exercice entraîne, de peur que, la poussée venue, il ne reste à l'enfant d'autre ressource pour grandir que de maigrir. Certains tireurs perdent une livre par assaut. L'enfant fera donc peu d'escrime. On sait à la campagne que le cheval mis trop tôt en service n'atteindra pas sa taille; et de même l'enfant mis trop tôt à la charrue s'y rabougrit. Or il en est de beaucoup d'engins de gymnastique comme de la charrue. Cela est tellement vrai que quelques médecins les recommandent, — remède dangereux d'ailleurs, — pour enrayer une croissance trop rapide. On craindra donc pour l'enfant le surmenage physique autant que l'absence môme d'exercices physiques.

Quand vient la puberté, c'est autre chose. 11 se produit une poussée d'un nouveau genre, une poussée de force. Le jeune homme cherche des occasions d'essayer cette force nouvelle, et de s'exercer. Fournissez-les-lui. Donnez-lui des poids à soulever,

GYMNASTIQUE ET JEUX 211

des haltères. C'est aussi le moment où se développe l'instinct de rivalité et de combativité. Pour qu il ne s'épanouisse pas en une tloraison de coups de poings, disciplinez-le, et apprenez à vos élèves à lutter dans les règles. La lutte est un sport. - L heure est venue aussi de faire de la gymnastique, du moms de conamencer à en faire. Car ceux-là seuls, avons-nous dit, devront s y Uvrer vraiment qui voudront comme prendre leurs grades en

éducation physique. i» ^„«

Mais l'heure surtout est venue de jouer. Il y a bien des façons de louer. Nous voulons parler ici des jeux organisés, plus ou moins savants, ayant assez d'attrait pour que l'habitude de s y plaire se conserve, et pour que l'adulte trouve dans ces jeux, tou- Lrs familiers, l'exercice physique dont il continue d avoir besoin, et une occupation pour ses loisirs bien préférable a celles que nos contemporains préfèrent. - Le jeu de barres est de tous ces ieux le plus simple et le plus populaire parmi nous, et il en existe des descriptions enthousiastes signées par des pédagogues ou des médecins K Mais bien d'autres jeux du même genre on existé en France, le mail, la paume, etc. K Après avoir fait l'éducation physique des Français pendant de longs siècles, ils font aujourd'hui, sous d'autres noms, l'éducation de la race anglaise. La Belgique les adopte. Pour nous, nous avons moins à emprunter qu'à reprendre notre bien. C'est une mode a rétablir chez nous. Les écoles peuvent beaucoup pour cela.

Si l'exercice doit différer selon l'âge, il doit aussi différer selon le sexe. La femme n'est faite en aucun âge pour le travail et l'effort. La paysanne qui se livre aux durs travaux est plus tôt flétrie. Donc pas d'éducation virile pour la femme. L hygiène est sur ce point d'accord avec le bon goût. ^

Voici maintenant quelques règles bonnes pour tous les âges et

pour tous les sexes ^.

Les exercices du corps ne doivent pas être pratiqués avant ou après les repas.

1 V. surtout Fonssagrive., L'Éducation physique des garçons, p. 285. des programmes de gymnastique, Musée pédagogigne, fascicule 77.

^12 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

Le soir, ils ont riiiconvénîent de provoquer une agitation qui

trouble le sommeil.

On fera souvent de courtes haltes destinées à rétablir la régulante de la circulation et de la respiration. Ces haltes suivront toujours un etfort violent et seront employées à exécuter des exercices respiratoires.

Il faut aussi que les jeux puissent être bruyants. Les cris donnent de Tentrain. Les soldats s'excitent en criant. De même les joueurs. Puis les cris sont par eux-mêmes une excellente gymnastique, la gymnastique des poumons.

Mais la règle par excellence c'est que les exercices aient lieu en plein air. Le plein air est, de même que le plaisir, une excitation à Texercice. Les jeux en plein air font en outre comme réducation de la peau, et, en l'habituant à une prompte réaction, la rendent moins sensible aux changements de température. Ainsi on leur reproche de nous exposer aux refroidissements quand bien plutôt ils les préviennent. Un des bienfaits de l'exercice est de nous faire absorber de l'oxygène. Mais que n'absorbons-nous pas avec l'oxygène dans un gymnase clos ou dans une salle d'escrime? On a pu calculer, par la proportion croissante d'acide carbonique dans l'air, qu'un homme, dont les muscles travaillent, vicie Tair quatre fois plus qu'un homme en repos. Et on sait qu'outre l'acide carbonique il émet certains miasmes qui sont de vrais poisons. D'autre part le même homme respire environ sept fois plus qu'à son ordinaire. En multipliant <îes chiliVes l'un par l'autre, on trouvera qu'il faut à l'homme qui fait de l'exercice vingt-huit portions d'air pour ainsi parler. Le plein air seul les lui donnera sûrement.

Nous voudrions donner une dernière règle qui soit une réponse à cette question : quel est le rôle des maîtres pendant les jeux? Faut-il qu'ils s'y mêlent? — Ils risqueront d'y perdre leur prestige, dit-on. Un inconvénient plus grave selon nous est que, n'étant plus du môme âge, ils ne seraient pas aux différents jeux de même force que leurs élèves, mais, selon les cas, plus forts ou plus faibles. Le jeu y perdrait en naturel et en sincérité. D'autre part certains jeux ont vraiment besoin d'être enseignés. Il faut aussi que le maître ait quelquefois de l'initiative pour ses élèves, qu'il voie la lassitude venir, et propose à temps un changement

GYMNASTIQUE ET JEUX -

de jeu. Mais ce qui n'importe pas moins que la direction qu'il imprime, c'est la discrétion avec laquelle il l'imprime, se souvenant toujours que dans la récréation il n'y a plus de maître, et que jouer par ordre, ce ne serait plus jouer. Il y a, dans certaines maisons religieuses, pour cette intervention discrète, comme une tradition du tact. Observée dans nos écoles, elle y créerait aussi bien entre maîtres et élèves des rapports plus intimes, sans qu'ils cessent pour cela d'être ce qu'ils doivent être. Car bien mal fondée est l'autorité qui ne se sauve que par la distarice

Des différents jeux. — Il nous reste à dire quelques mots des jeux classiques connus sous le nom de jeux académiques, parce qu'ils constituaient le programme des maisons d éducation physique qu'on appelait autrefois chez nous des acade-

mies

L'escrime est un exercice d'adresse. Elle demande du coup l'œil de la ruse. C'est donc un des plus intellectuels parmi les exercices physiques. Elle fait excellemment l'affaire des hommes d'étude, de ceux qui veulent que leur intelligence, même lorsqu'elle se repose, s'exerce encore. Elle ferait moins bien celle des enfants. Elle ne rentre pas du tout dans ce que nous avons appelé l'éducation physique primaire. ,., .

L'équitation procure à la volonté la satisfaction qu il y a à commander et à se sentir obéi. De plus, pratiquée en plein air, elle donne la joie physique d'aller vite et de respirer beaucoup Mais les muscles, à moins d'une lutte contre 1 ammal qm n est pas à souhaiter, s'y exercent médiocrement. Est-il besoin d ajouter que, pour d'autres raisons, l'équitation ferait difficilement partie du programme de nos écoles populaires. . , ^ .

La danse au contraire est un exercice à la portée de tous. Tous danseront plus ou moins. Pourquoi ne pas apprendre a tous à bien danser? La danse n'est pas nécessairement le bal. On danse en plein air. Et il y a certaines danses nationales en Bretagne et en Provence qui sont la perfection même de 1 exercice physique. Si par elles en outre se généralisaient la souplesse dans les mouvements et l'élégance dans le maintien, nous serions

loin d'y trouver à redire.

Nager n'est pas plus coûteux que danser. « C'est un art, écrit

It I

PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

GYMNASTIQUE ET JEUX

II

Locke S qui sauve la vie de bien des gens. Les Romains le considéraient comme si nécessaire qu'ils le plaçaient au même rang que la lecture. Ils avaient une espèce de proverbe pour désigner un homme sans éducation, et qui n'est bon à rien. Ils disaient de lui : « il ne sait ni lire ni nager », nec littéral didicit, nec natare. Mais outre le profit d'acquérir un art qui peut rendre service à l'occasion, il y a de si grands avantages pour la santé à se baigner fréquemment dans Teau froide pendant la chaleur d'été que je ne pense pas qu'il soit nécessaire de discourir longuement pour recommander cet exercice. »

Les mœurs ont introduit quelques exercices nouveaux dont nos pères faisaient moins de cas. Le canotage est l'un d'eux. Bien pratiqué il développe à la fois les muscles des bras et des jambes. Les élèves des universités anglaises y excellent. Nos maîtres se borneront à le recommander. Car il suppose un outillage dont ils ne disposent pas.

Marcher pour marcher est devenu aussi un sport qui s'appelle lept^destrianisme. C'est le plus naturel, le plus sain, le plus démocratique. On s'efforcera donc de donner le goût de la marche qui est à lui seul un remède contre le surmenage intellectuel et la vie sédentaire.

La marche dans les montagnes s'appelle Valpinisme. Elle présente des difficultés à vaincre, ce qui est un attrait, elle exerce le courage, elle est souvent une occasion d'étroite solidarité. Elle donne aussi aux familiers des hauteurs des joies plus que physiques, plus qu'intellectuelles même. Il semble que, comme l'atmosphère qu'ils respirent est plus pure, plus éloignée aussi est leur pensée des préoccupations vulgaires, tout entière à l'admiration, à l'orgueil du but atteint, au mâle plaisir enfin de ne dépendre que de soi en face de la nature.

On pourrait croire que le travail manuel tient lieu à l'occasion d'exercice physique, et que, partant, l'apprentissage du travail manuel est la meilleure éducation physique. Mais cette éducation à double fin nous met en défiance. En réalité chaque forme de travail manuel donne lieu à une spécialisation des mouve-

ments. Le travail manuel exerce donc exclusivement certains muscles. Il est en outre souvent sédentaire.

Nous ferons des réserves encore plus expresses au sujet des exercices militaires à l'usage des enfants. L'exercice militaire n est pas un jeu, il est un empiétement de la discipline sur les heures qui ne lui appartiennent pas, il n'est pas le plus souvent un exercice, dans le sens hygiénique du mot; enfin, s'il est un apprentissage, il est un apprentissage inutile. Les armes changent, les mouvements changent, et, sauf pour quelques mouvements élémentaires qui sont l'affaire d'un mois d'étude, tout sera à recommencer. Nos généraux craignent, plutôt qu'ils ne désirent, cette éducation qui ajoute pour plus tard à la peine d'apprendre celle de désapprendre. Ils demandent à nos élèves non de jouer aux soldats, mais de devenir vigoureux. Le reste n'est, comme on Ta dit, qa' « enfantillage militaire » *.

Du sport. — Nous avons prononcé le mot de sport. Le sport proprement dit est chose anglaise. La vie sportive n'est pas la vie physique, mais une vie physique selon la mode du jour. Tel exercice est élégant, tel autre ne l'est pas. Puis viennent les rivalités, les paris, et enfin le culte déplaisant de la force. Que nos mœurs scolaires se défendent donc du sport. Il compromettrait auprès des hommes soucieux avant tout de conserver à notre race ses qualités, et aux choses de l'esprit leur primauté, la cause de l'éducation physique. On compare souvent les Français aux Alhéniens d'autrefois. Certes ils avaient à cœur réducation physique. Mais ils l'entendaient comme nous l'entendons nous-mêmes, et les conseils que donnait Aristote nous serviront de conclusion. Il reproche en effet aux Spartiates de soumettre leurs enfants à de trop durs travaux. La violence des exercices est aussi funeste, à son avis, que le défaut d'exercice. Ajoutez qu'elle n'aboutit qu'à rendre les enfants féroces au lieu de leur inspirer cette intrépidité actuelle qu'un plus sage régime communique aux jeunes âmes 2.

Page 1