‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 4 sur 115 · OBJET DE U PSYCHOLOGIE. - SON RAPPORT AVKC LA PÉDAGOGIE · texte numérisé non relu

OBJET DE U PSYCHOLOGIE. - SON RAPPORT AVKC LA PÉDAGOGIE

SOMMAIRE

Obiet de la science psychologique en général. — l» Distinction commune entre le corps et l'esprit, entre les arts qui concernent le corps (médecine, gymnastique, et les arts qui concernent l'esprit, éducation, politique, etc.).

2» Distinction entre les faits de conscience, aperçus immédiatement par celui qui les éprouve et inaccessibles à tous les autres hommes, et les faits physiologiques, qui peuvent tomber sous les sens des autres hommes et être inaccessibles à celui qui les éprouve immédiatement.

La psychologie se distingue de la physiologie, mais elle ne s en

sépare pas. .

Rapport de la psychologie avec la pcdagogie. - La psychologie louche à la pédagogie surtout par 1 étude expérimentale et pratique des facultés. On écartera tout ce qui est spéculatif e obiet do controverse. ^ ,. ,. . . .

ClassiOcation des faits psychologiques. - On disUngue tro» facultés : la sensibilité, Vintelligence et la volonté.

Les deux vie» de l'homme : les deux modes de nos facultés. Il y a deux vies dans l'homme : la vie animale et la vie hu-

ChZûTfaculté est susceptible de deux modes ; l'un par lequel elle se rattache à la vie animale; l'autre par lequel eUe devient propre à la nature humaine. Senst6i7è<é physique et sensibilité morale — Sens et Intelligence — Instinct et volonté.

Histoire générale des faits psychologiques. - i» Mouv«-

aient; instinct; habitudes corporelles. 2« Sensations internesp.ais.rs et douleurs ; appétits ; sensations externes. 3- AbstrSgénérahsatu.n ; jugements ; raisonnements ; raison. 4» Sentib lUé

iri;:,trmVrir""^-*^- '- ^°'°^^^' '^^^-' ^^>^

Expliquons d'abord l'idée de la psychologie en général, considérée comme science; nous restreindrons ensuite cette idée à ce qui est nécessaire pour introduire l'esprit dans la morale et dans la pédagogie.

Objet de la science psychologrique en général.

-On distingue en général dans l'homme deux éléments, deux parties : l'esprit et le coi-ps, le moral et le physique. Tout le monde sait, sans qu'il soit besoin d'éclaircissement, que la gymnastique nest pas la morale, que la cuisine n'est pas Yéducatwn. La gymnastique fortifie le corps , la morale fortifie l'espritla cuisine nourrit le corps, l'éducation nourrit l'esprit. On sait que c'est tout autre chose d'avoir des enfants forts et bien portants, ou des enfants instruits et bien élevés; des enfants malades ou infirmes, ou des enfants méchants et sots. Or, de même que la médecine, l'hygiène, la gymnastique, tous les arts qui ont pour objet de conserver et de perfectionner le corps ont pour base nécessaire la science du corps appelée physiologie; de même la pédagogie, la morale, ont pour base nécessaire la science de l'espril, appelée psychologie (de deux mots grecs, Myché, ame. esprit, et logos, raison, connaissance, science).

Distinction entre les faits de conscience et les raits physiologiques. — Mais nous devons distinguer de .Mus près ces deux sciences, et déterminer avec plus de pression ce qui est l'objet de la psychologie, et ce qui est Objet de la physiologie ; car toutes deux étudient l'homme; mais chacune à un point de vue différent.

Le corps humain est cette partie de notre nature par laquelle I homme est semblable aux autres animaux, et exécute les mêmes fondions qu'eux. Le corps humain tombe sous les sens comme les autres corps de la nature : nous pouvons le voir, le toucher, etc. ; et cela est vrai du corps des autres homme»

PSYCHOLOGIE THÉORIQUE

comme du nôtre propre ; et réciproquement ils peuvent voir et loucher notre corps, et môme par des instruments, par des opérations chirurgicales, pénétrer au dedans, et y apercevoir des opérations, des mouvements, des parties cachées, qu'il nous est souvent impossible d'apercevoir nous-mêmes, mais que nous pouvons aussi apercevoir chez les autres hommes par les mêmes moyens.

Or, le corps est l'objet de deux études distinctes : d'une part rétude de ses paWies, ou or^ane5 (cœur, estomac, cerveau, elc.) — et c'est ce qu'on appelle anaiomie; de l'autre l'élude des opérations du corps ou de ses fondions (circulation, respiration, nutrition); et c'est ce qu'on appelle la physiologie.

Maintenant considérons l'homme à un autre point de vue et nous comprendrons nettement ce qu'il faut entendre par V esprit opposé au corps, le moral opposé au physique.

En même temps qu'il se passe dans le corps de l'homme certains actes, certains faits qui tombent ou peuvent tomber sous les sens des autres hommes, il s'en passe d'autres en lui . dont il est le seul témoin, le seul spectateur, le seul observateur possible, et qu'il connaît par un sentiment intérimr appelé conscience» comme il connaît les faits corporels parles sens extérieurs. On appelle faits moraitx^ faits del'dme, ces faits qui ne peuvent jamais être connus directement par les sens et ne sont connus qu'intérieurement par celui qui les éprouve, par exemple : la pensée^ le sentiment, la volonté.

En effet, quand je pense à quelque chose, je sais que je pense ; quand je souffre quelque douleur, je sais que j'éprouve cette douleur; quand je veux quelque action, je sais que je la veux; et, chose remarquable, nul autre ne le sait que moi ou par moi : autrement le mensonge serait impossible. Cet avertissement intérieur qui accompagne ainsi chacun de ces actes à mesure qu'il se produits'appelle, nous venons de le dire, la con« science ^ ou le sens intime. Le principe intérieur qui s'attribue

1. Il est important de ne pas confondre la conscience ainsi entendue, à ■avoir comme faculté de s'apercevoir de tout ce qui se passe en nous, avec la conscience morale qui distingue le bien du mal, et qui ju/z^ nos actions. C'est une chose fâcheuse d'emplover un même mot pour des choses si différentes ; mais cette distinction s'eclaircira par la suite. H suffit ici d'avertir.

ees actes, et qui en a conscience, se nomme lui-même quand Il veut exprimer ce qui se passe en lui, je ou moi; je pense je sens, je veux : c est pourquoi on l'appelle le moi, dans la

^ science psychologique, et resprit, l'dme, dans la langue ordi!

I naire. Le Mot, ses facultés, ses opérations, voilà ioljet de la

' K^! ^" '''' ''' '' "'"'' '' '''''''' ^' ^'^^^' ^- '<^^^^ce

Comprenons donc bien qu'il y a dans Thomme deux sortes de laits : les uns dont il ne sait absolument rien que par le témoignage des autres hommes, ou par lobservation ex eneure du corps des autre, nommes ou des animaux • les autres, qu il connaît immédiatement aussitôt qu'il les éprouve qui ne peuvent exister sans qu'il les connaisse, et que nul ne

connaitque lui.LespremierssontdesfaitsphysîoIoirîqucs le. seconds sont des faits psyeho^og.^

la circulation du sang, quenul n avait soupçonnée avant Harvey, et 1 oxigenation du sang dans les poumons, dont on ne s'étaU pas doute avant Lavoisier, les mouvements du cerveau oui ^ntr''? r^J'r^^'^"^ profondément ignorés, etc. ; du second

szzu. ^: °" '""^'- '"""" °~ '""""• '»"' '"-

JZJ""'^ T/^ psychologie se distingue par des caractères suffîsammen clairs de la physiologie. Mais il n'est pas inutile de dire qu elle s'en distingue, mais qu'elle ne s'en s^^pare pas. Dans 1 homme lui-même, Tâme est distincte du corps, mais elle nen est pas séparée. L'homme, a dit Bossuet, est un tout naturel, «cest une substance mlelUgenle née pour vivre dans un corps et lui être intimement unie. » L'éducation ne sépare pïs non plus le corps de l'âme. Les anciens disaient qu'une ame saine ne peut exister que a dans un corps sain ». La morale elle-même ne supprime pas le corps : elle lui fait sa part et se contente de le diriger. Ainsi la psychologie se lie à la physiologie Mais 1 union et la communication de deux sciences n'empêche pas ladist...tion de l'une et de l'autre. La physique etla chimie sont étroitement unies, et cependant la physique n'est pas la chimie. La psychologie pourra avoir besoin de la physiologie pour la solution de certaines questions où le corps et iame sont intimement unis (par exemple, les sens, les pas-

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«ions, les instincts) , mais elle n'en a pas moins une existence indépendante ; et précisément pour les questions les plus hautes et les plus voisines de la morale elle ne relève que

d'elle-même. ,

La psychologie dans son rapport avec la pédagogie. — Nous venons d'expliquer la nature de la psychologie considérée comme science, et en elle-même. Mais ce n'est pas ici notre objet. Cet objet, le titre môme de ce volume, Notions de psychologie théorique et appliquée, 1 indique suffisamment. C'est en tant qu'elle se prête aux applications pratiques, c'est dans ses rapports avec la science de l'éducation que la psychologie nous intéresse particulièrement ici. , .

Toute science a un côté rationnel et un côte expenmentd, toute science a un côté théorique et un côté pratique.

La psychologie peut donc être considérée soit comme une science 'théorique et rationnelle, soit comme une science expérimentale et appliquée. C'est surtout à ce second point de vue qu'elle se présentera à nous. Nous ne lui demanderons que ce qui sera nécessaire pour l'étude de la morale, qui est notre

''X^noT quelque idée de ce double point de vue, et faisons . bien comprendre ce que nous voulons faire en expliquant ce

que nous ne ferons pas. , j. ,.

La psychologie ne se contente pas seulement de distmguer l'âme du corps, comme le fait le sens commun et comme nous venons de le faire en distinguant ce que nous percevons par les sens externes, de ce qui nous est présent à nous-mêmes par le sens intime. Elle cherche à pénétrer la nature 1 essence de l'âme, qu'elle oppose à la nature du corps. Elle etabht par des arguments abstraits, subtils et profonds la distinction des deux substances. C'est là une des questions fondamentales de la psychologie, à savoir celle de la spiritualité de l'âme. ^

La psychologie ne se contente pas de décrire, d énumerer les

faits de lame : elle les classe, elle les rapporte à des causes

1 qu'elle appelle facultés. Elle cherche à ramener ces facultés à

( L certain nombre de types primitifs, elle les distingue par des

* caractères esseniiels et abstraits qui les rendent irréduc-

tibles l'une à l'autre. C'est la question des facultés de l'âme Enfin elle trouve dans l'esprit humain ce que nous nommons des idées, c'est-à-dire les actes de Tintelligence. Elle distingue et classe les idées, les ramène à un certain nombre et elle se demande comment ces idées se sont formées en nous non-seulement à l'époque où nous nous souvenons de les avoir eues pour la première fois, mais avant tout souvenir, et, selon un grand nombre de philosophes, avant toute expérience. C'est la question de ïorigine des idées.

La nature de 1 ame, la théorie des facultés, l'origine des idées, telles sont les questions qui appartiennent plus à la psychologie rationnelle qu'à la psychologie expérimentale, à la spéculation pure qu'à la pratique. Nous n'y toucherons que dans la mesure de l'expérience et de l'utilité morale.

Indépendamment de ces grandes questions, la psychologie rencontre à chaque pas et dans l'étude de chaque faculté des questions plus curieuses qu'utiles, plus faites pour exercer l'esprit que pour aider à notre perfectionnement intellectuel et moral : ce sont des analyses délicates, des controverses épineuses et des difficultés abstraites. Nous aurons à écarter ces recherches qui sont d'un autre domaine* et nous nous bornerons à l'histoire et à la description expérimentale de nos facultés. On remarquera en outre que certaines analyses psychologiques, qui peuvent paraître spéculatives en morale, ont une utilité pratique en pédagogie.

Classification des faits psychologiques. — Facultés de l'ame. — On classe les faits en psychologie comme dans les autres sciences ; c'est-à-dire que l'on rapproche ceux qui sont semblables et que l'on sépare ceux qui sont différents : l'on forme ainsi autant de classes que l'on t/*ouve de groupes de phénomènes dissemblables et irréductibles les uns aux autres. C'est ainsi que l'on est généralement convenu d'admettre trois g-roupes de phénomènes essentiellement difî'érents et que l'on •amène à trois causes distinctes que l'on appelle Facultés, et qui sont : la Sensibilité, Vlntelligence et l'Activité.

l 0 aL^^pT'"'^^ psychologie plus complète notre Traité élémentaire de phi

PSYCHOLOGIE THÉORIQUE

La sensibilité est la faculté d'éprouver du plaisir et de la dou-

^TintelUgence est la faculté de connaître, de penser, de juger.

^YStTe'sl la faculté de produire des mouvements et par ,. dÏÏr ur e monde extérieur. - Dans un sens plus général. lll«eft la fIcuUrde produire en nous-mêmes des phénomènes. : el^^ s-opp^^^^^ la passivité, qui est la P-P"f ^ de sub.r actn des aules élres'oansce sens très ?é«éra . act^vUé est 1. iônd commun des faculté, de l'âme, car nul être ne vit s.l n'est actif.

I es deux vies de riiomme;les deux modes de nos îacuUés - En se plaçant à un autre point de vue on peut distinguer deux parties dans la nature humaine 1^^^^^^^ Wéneure par laquelle elle se rattache à la vie animale , 1 autre SrZre\m constitue la vie propre de Thomme A ce point dTvurcha^^^ faculté est susceptible de deux modes : 1 un pa lequel elle se rattache à la vie corporelle, Tautre par lequel elle sen d'in^^e et devient Vattribnl propn. de la nature humaine. SansVsensibilité, par exemple, nous distinguerons la sentibilité physique qui consiste dans les plaisirs des sens, dans es appétits corporels, et la sensibilité morale, qui consiste dans les ientiments. c'est-à-dire dans les plaisirs du cœur et de esprit. Dans nntelligence, nous distinguerons les sens par lesquels elle commence, et qui se rattachent eux-mêmes à la sensibilité physique et l'entendement ou l'intelligence proprement dite qui transforme les données des sensen idées et en pensées

Enfin dans l'activité nous distinguerons 1 activité phy^que caractérisée surtout par l'instinct, et l'activité intellectuelle et morale, caractérisée par la vo/onté.

Nous pensons qu'il est bon d'étudier nos facultés dans^ leurs formes inférieures avant de les étudier dans leurs tormes supérieures. En cela nous nous conformons à 1 ordre même de la nature, et de plus au but particulier que nous nous] proposons ici, car la morale a pour objet précisément de su-i bordonner les facultés inférieures aux facultés supérieures ; e ia pédagogie de son côté, suivant le développement de 1 enfant «n raison de son âge, commence par former le corps avant de

8'adresser à Tesprit. Nous étudierons donc ces facultés, autant qu'il est possible, dans l'ordre où elles se développent dans la nature humaine.

Histoire g:énérale des faits psychologiques. -

On commencera par ces faits mixtes que Bacon appelait faits limitrophes et qui sont sur les confins de la physiologie et de la psychologie. Ce sont d abord les mouvements; le mouvement spontané, en effet, est le premier signe de la vie; mais ces mouvements peuvent être irréguliers, incohérents! désordonnés ou, au contraire, affecter des formes régulières,' savantes, compliquées, qui sont disposées pour un but, et c'est alors ce qu on appelle /'m^^mc^; et ceux-là mêmes qui primitivement n'ont pas cette forme méthodique peuvent l'acquérir par les répétitions fréquentes, et c'est ce qu'on appelle l'habitude.

Mouvement, instinct, habitude : telles sont les trois formes de l'activité physique.

Jusqu'ici l'être vit; mais il ne vit pas pour lui-même; il ne vit que pour l'observateur extérieur. Les faits que nous venons de signaler sont communs aux plantes et aux animaux; mais bientôt l'animal commencera à vivre pour lui-même; c'est ce qui a lieu aussitôt qu'il sent; et le premier degré de la sensibilité physique consiste à jouir ou à souffrir. Le plaisir et la douleur sont le commencement de la vie consciente. D'abord concenirées dans l'être sentant lui-même, les sensations, vagues et diffuses, sont purement internes; mais bientôt les organes s'ouvrant sur le dehors, ces sensations se distinguent les unes des autres, et elles révèlent des choses extérieures; en même temps, à tous ces phénomènes correspondent des impulsions qui consistent à rechercher ou à fuir ce qui plaît ou déplaît; ce sont les besoins ou les appétits.

Plaisirs et douleurs des sens, sensations internes ou externes, besoins et appétits, tel est le domaine de ia sensibilité physique, de la sensibilité animale.

Mais bientôt un ordre nouveau s'ouvre cfevant nous : l'être vivant était devenu animal par la sensibilité ; il va devenir homme par la conscience ré fléchie, par la distinction de lui-même et de ce qui lentoure; le sentiment vague qui accompagnait toute sensibilité devient conscience, réflexion, sentiment de la per-

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lonnalité ; la sensation s'élève à la perception. Nous voilà dans le domaine de l'intelligence.

L'intelligence, quoiqu'elle mérite déjà ce nom, est cependant d'abord restreinte aux objets immédiats des sens; mais bientôt^ par son activité propre, elle s'en dégage. Par l'attention, elle se porte de préférence sur telle ou telle partie du tout complexe qu'elle adevant elle; elle s'enfait des points de vue séparés(abstraction); cespointsdevue,elle les réunit et les condense dans des unités supérieures (généralisation) . Elle forme ainsi ce que l'on appelle des Idées, avec ces idées des jugements, avec ces jugements des raisonnements; ce qu'elle peut faire, soit d une manière pratique et empirique dans l'usage de la vie, soit d une manière systématique et méthodique dans la science; enfin tout ce travail est gouverné et dirigé d'une manière obscure d'abord, puis réfléchie par les principes régulateurs de la raison, qui sont, a dit Leibnitz, ce que sont les tendons et les muscles dans le mouvement de notre corps.

Avec l'intelligence, la sensibilité se développe parallèlement; au-dessus des sensations viennent les sentiments, au-dessus de la sensibilité physique est la sensibilité morale , qui ne vient pas des sens, mais de la pensée. Sans doute il y a une partie des sentiments qui est tout instinctive et qui précède lentendement abstrait et réfléchi. Les premières inclinations du cœur humain ne demandent, pour éclore en nous, que très peu de notions abstraites; mais pour s'élever aux sentiments complets de père, de mère, d'époux, pour s'élever aux sentiments du vrai du beau et du bien, aux sentiments patriotiques, aux sentiments religieux, il faut que les lumières de l'entendement s'associent aux instincts du coeur.

Il en est de même de la volonté. Il y a une sorte de volonté instinctive qui n'est pas peu de chose dans lenfant, comme le savent tous les pères de famifle et tous les éducateurs; mais la vraie volonté, la volonté éclairée, la volonté raisonnable, la volonté libre, cène qui est le fondement de la personnalité, est le propre de la maturité, le fruit de la raison, de la réflexion et de la pensée; elle est le couronnement delà vie psychologique. Plan. — D'après ce résumé rapide de l'histoire de nos facultés nous aurons à les étudier dans l'ordre suivant :

!• L'activîté physique (mouvements, instincts, habitude).

2* La sensibilité physique (plaisirs et douleurs, appétits ; sensations externes et internes).

d' L'intelligence (opérations intellectuelles).

4* Sensibilité morale {sentiments, affections).

5» Volonté et liberté.

Tel sera le plan de cette psychologie réduite, qui ne doit être entendue que comme une introduction à la morale et à la pédagogie »

Problèmes et exercices pratiques ^

I. Utilité de l'étude des langues et de la grammaire pour la psychologie. — Par exemple, analyser les temps du verbe (à quelles nuances d'idées correspondent le passé défini et le passé indéfini, ]e plus-que-parfaity le futur antérieur?) -- les modes: par exemple, qu'est-ce que Vindicatif, le subjonctif, le conditionnel, V optatif {daLTis les langues où ce mode existe)? — Des synonymes: de V analyse logique.

II. Utilité de la littérature pour la psychologie. — Psychologie de Lafontaine. Les caractères des animaux : le lion, le loup, le renard, le cAien, etc.

III. De la lecture des voyageurs ; son utilité pour la psychologie (voir notre Morale, liv. III, ch. iv : Universalité des notions morales).

IV. Apprendre à distinguer les faits psychologiques et les faits physiologiques. Qu'est-ce qu'un mal de deJits ? Qu'est-ce que la faim ? la soif? Yinstinct ? Citer les exemples où les deux ordres

1. Cet ordre est précisément celui qui a été suivi dans le Programme de oédagogie. Nous devons faire remarquer ici que tout en considérant la psy- .:hologie comme la base de la pédagogie, nous ne la confondons pas cepenlant avec la pédagogie elle-même. Nous renvoyons donc à la pédagogie tout :e qui concerne V éducation des facultés; sauf, dans les cas où ces considérationi éont utiles à faire comprendre la nature des facultés elles-mêmes.

2. Ces problèmes et exercices, auxquels nous attachons autant et plus peut-être d'importance qu'au cours lui-même, peuvent être traités : !• par ^interrogation, quand le maître a lieu de croire que l'élève peut collaborer Avec lui ; S* par des conversations supplémentaires à la leçon ; 3<> par des ^ctures aTec commentaires ; 4* par des devoirs avec indication de sources.

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de faits se mêlent le plus, et ceux où ils se séparent le plus. V. Utilité de la pédagogie pour la psychologie. L'observation des enfants. En quoi leurs fa( ultés sont-elles semblables à ceUes de riiommeî En quoi différentes? Histoire des facultés.

LEÇON II

PASSAGE DE LA PHYSIOLOGIE A LA PSYCHOLOGIE. — L'ACTIVrTÉ PHYSIQUE LES MOUVEMENTS. — LES INSTINCTS. — LES HABITUDES CORPORELLES.

SOMMAIRE

Vivre c'est agir. La première forme d'activité qui se manifeste dans l'homme est l'activité pliysique. Elle se manifeste par le mouvement.

MouTemeiits spontanés. — Ils se distinguent des mouvements volontaires en ce qu'ils s'accomplisseni sans avoir été d'avance représentés à l'imagination et en ce qu'ils ont lieu sans but.

Ils se distinguent des mouvements réflexes en ce qu'ils ne sont pas provoqués extérieurement.

MouTements réflexes. — Le mouvement réflexe est un mouvement produit par une excitation extérieure qui se communique aux nerfs moteurs par l'intermédiaire des centres nerveux.

Mouvements instinctifs. — Les mouvements instinctifs sont des mouvements spontanés, caractérisés par un double caractère: 1« ils sont coordonnés et combinés ; 2» dirigés vers un but.

L'instinct est donc Vart de coordonner les mouvements vers un but déterminé. Il appartient à la psychologie, parce que dans l'instinct il se joint aux mouvements des phénomènes de conscience.

Caractères de l'instinct. — !<> Ignorance du but ; 2o perfection immédiate des actes instinctifs; 3« infaillibilité; 4<> immutabilité; 5« spécialité ; 6« uniformité.

Division des instincts : !• relatifs à la conservation de Tindividu ; 2^ relatifs à la conservation de Tespèce.

L'instinct cliez l'iiomme: il se distingue à peine de Tactivité spontanée.

Habitudes corporelles* mouvements coordonnés par la répétitior et par Tezercice au point d'arriver à la spontanéité de l'instinct*

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Dabiludes passives. - Ce sont celles qui sont imprimées du dehors et qui ne résultent pas de la volonté.

Toutes les fonctions de Tesprit ne sont que des modes de Factivité : vivre, c'est agir. Or la première forme d activité qui s'éveille dans Fhomme c'est Yactwi'J physique^ qui se manifeste au dehors par les mouvements du corps.

Le mouvement. — Si le premier phénomène qui annonce la vie à la conscience de TAtre vivant est la sensation, le premier phénomène qui l'annonce à l'observateur du dehors est le mouvement La plante elle-même pousse et se développe par le mouvement. Lorsque l'enfant vient au monde, c'est par le mouvement de ses membres, aussi bien que par ses cris (qui sont encore des mouvements), qu'il annonce son arrivée à la vie. Mouvement et sensation, tels sont les deux faits primordiaux de la vie ckez les animaux, et le mouvement, selon toute apparence, est antérieur à la sensation.

Nous sommes ici sur les confins de la psychologie et de la physiologie. Le mouvement appartient à la physiologie ; car il se passe dans le corps et tombe sous l'observation des sens extérieurs. Il appartient aussi, en grande partie du moins, à la psychologie, parce qu'il est déterminé et provoqué, dans beaucoup de cas au moins, par des étaU de l'âme. Il est donc le passage d'une des

sciences à l'autre.

L'activité physique est très énergique dans l'enfance et dans la jeunesse. Elle se tempère dans l'âge mûr; elle s'amortit et se glace dans la vieillesse : mais tant que l'être vit, il se meut. L'enfant aime le jeu, les courses, la lutte, la promenade. Le jeune homme aime les chevaux, la chasse, la natation, la danse, etc. L'homme mûr a renoncé à ces plaisirs ; mais il aime encore la marche : le vieillard n'aime plus que le repos ; mais même alors il se plaît à quelques mouvements habituels et monotones qui lui permettent de sentir encore l'activité de

la vie.

Mouvements spontanés. — L'activité motrice qui se

manifeste dans le premier âge de la vie peut être accompagnée

de senscxJon, mais elle n'est pas nécessairement un résultat

de la seuijaUon, et elle n'est pas toujours en proportion avec elle.

Il y a donc lieu d'admettre une source de mouvements spontanés qui provient de l'activité vitale elle-même. Voici quelques-uns des faits qui déposent en faveur de cette hypothèse : la mobilité des petits enfants, la vivacité de leur gesticulation, très disproportionnée à la sensation ou à l'émotion qui en sont l'occasion; les jeux des jeunes animaux (comme le petit chat jouant avec une pelote); le rétablissement de l'action au réveil qui ne peut venir d'une source extérieure; le besoin d'exercice dans la jeunesse ; enfin la disproportion dans une même personne de l'activité et de la sensibilité. (Al. BvAn, Les sens et l'en»

tcndementf trad. franc., pas:. 49J

L.ds iuoavd.ciita û|jou.clucs doiveut être distingués avec soin

de deux autres espèces de mouvements très différents : i^ des

mouvements volontaires, 2® des mouvements que Ton appelle

Les mouvements volontaires, que nous étudierons plus tard (leç. XVI) se distinguent des mouvements spontanés par deux caractères :

1® Ils sont précédés de la conception du mouvement à réaliser. Je ne peux pas vouloir me promener sans me représenter d'avance la promenade. Je veux mouvoir mon bras, signifie que j'ai l'idée du mouvement de mon bras. Quand ce^mouvement a lieu sans que je l'aie conçu d'avance, je dis que je l'ai produit malgré moi, sans y penser, sans le vouloir.

2® Le mouvement volontaire est accompagné de l'idée d'un but à atteindre : je ne veux pas sans motif et sans raison. Je veux marcher pour aller quelque part. Je veux mouvoir mon bras pour prendre un objet.

Or les deux caractères précédents manquent aux mouvements spontanés. Us s'accomplissent sans avoir été représentés d'avance à l'imagination, et ils s'accomplissent sans but.

Les mouvements spontanés ne se distinguent pas moins ae* mouvements exclusivement mécaniques que l'on appelle mouvements réflexes.

Mouvements réflexes* — Le mouvement réflexe est une sorte de mouvement dont le caractère distinctif est d'être provoqué par une action externe, c'est-à-dire par une excitation sur les nerfs sensitifs, qui se communique, par l'intermédiaire

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des centres nerveux aux nerfs moteurs et se traduit au dehors en mouvements. De ce genre, par exemple, est le rire convulsif produit par le chatouillement, l'action de cligner de Vœiî lorsqu'on fait semblant de vouloir y porter un coup, etc. Les médecins disent que le cri de Tenfant qui vient au monde est un cri réflexe, c'est-à-dire un mouvement automatique produit par rinvasion subite de l'air dans la poitrine.

Le mouvement réflexe se distingue donc du mouvement spontané en ce qu'il a pour origine une excitation externe, tandis que dans le mouvement spontané l'excitation externe est nulle ou du moins très disproportionnée à l'action motrice.

Mouvements mstinctîfs.— Les mouvements instinclifssont des mouvements que Ton peut appeler spontanés puisqu'ils ne sont pas provoqués par une cause externe, mais qui se distinguent de ceux que nous avons signalés plus haut (8) en ce qu'ils sont : !<> coordonnés et combinés; 2° dirigés vers

un but. .

Les mouvements instinctifs se distinguent aussi des mouvements réflexes en ce que l'origine de ceux-ci est un excitant externe, tandis que dans l'instinct le point de départ est central et que les impulsions internes servent d'excitants.

Enfui ils se distinguent des mouvements volontaires en ce que tout en ayant un but, ils ne sont pas précédés ni accompagnés de la prévision du but ou des moyens d'y atteindre. Dérinitîon de l'înstînct. — Nous appelons inslinct la cause inconnue en vertu de laquelle l'animal et l'homme luimême réalisent avec une sûreté infaillible et sans éducation la série de mouvements nécessaires à la conservation, soit de l'individu, soit de l'espèce.

Dans ce sens précis et circonscrit, l'instmct n est pas seulement un mode de l'activité spontanée ; il est un art, mais un art non appris, Fart de coordonner les mouvements des organes

vers un but déterminé. ^

1 /îiistînct appartîent-il àlapsychologie onhla physiologie? -On peut se demander si l'étude de l'instinct appartient à la psychologie ou à la physiologie; car les mouvements sont des phénomènes physiologiques, et l'instmct n étant ffu'une smte de mouvements, semble bien devoir rentrer dans

la même classe. En outre, ne pourrait-on pas appliquer la définition de l'instinct à toutes les fonctions du corps? Chacune d'elles n'est-elle pas aussi une sorte d'art dirigé vers un but? Nous sommes ici sur une de ces frontières où les sciences voisines se disputent des faits limitrophes, comme dit Bacon, qui appartiennent aussi bien à l'une qu'à l'autre. Ainsi, il est certain que la série des actes mécaniques dont se compose un instinct (par exemple le vol des oiseaux, la natation des poissons) appartient spécialement à la physiologie, aussi bien que la série des mouvements respiratoires; mais, d'un autre côté, l'instinct paraît rentrer dans les phénomènes psychologiques par les raisons suivantes : 1*» Le point initial de l'instinct est une impulsion psychologique, un désir, un besoin, par exemple la faim, la crainte, l'amour maternel, etc. 2® Les actes instinctifs sont semblables à ceux que produiraient la réflexion et la volonté, et, réciproquement, les faits volontaires et réfléchis deviennent par habitude tout à fait semblables à ceux de l'instinct. 11 semble donc qu'il y ait dans l'âme un autre mode d'activité que celui de la réflexibn et de la volonté et qui produise les mêmes effets. 3<> L'instinct appartient encore à la psychologie par la conscience du pouvoir que nous avons sur nos organes, c'est-à-dire de notre activité motiice. Cette conscience se manifeste par le sentiment de la résistance des autres corps à notre pouvoir moteur, ou de la résistance de nôtrepropre corps : c'est ce que nous appelons Yeffort musculaire. Or, l'effort n'est pas toujours volontaire, et même il a dû êtrespontané avant d'être volontaire. L'instinct, tout en s'accomplissant plus facilement que les actes volontaires, n'en exige pas moins cependant un certain effort, et par là est accompagné de conscience. 4* Quoique l'instinct soit inconscient, comme on dit, en ce sens qu'il ne comprend pas ce qu'il fait, il n'est pas inconscient dans le sens absolu du mot; ainsi, lorsque par instinct je me retiens sur le point de tomber, je n'ai pas eu conscience des moyens que j'ai employés, mais j'ai eu conscience d'un acte qui me portait à droite pendant que j'étais entraîné à gauche. De même, je veux croire que l'abeille ne sait pas ce qu'elle fait : elle n'en a pas moins conscience (si elle a une' conscience) de son vol,de la succion des fleuri, etc. De même

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que l'enfant qui telle ne sait pas ce qu'il fait, mais il a certainement conscience de ce qu'il fait.

Telles sont les circonstances qui distinguent l'instinct des fonctions corporelles et qui le rattachent aux faits psychologiques.

On peut dire toutefois que l'instinct appartient beaucoup plus à la psychologie de l'animal qu'à la psychologie humaine : car c'est chez l'animal qu'il présente les phénomènes les plus merveilleux : dans Fhomme il ne se présente guère que sous la forme d'activité spontanée. C'est donc dans l'animal que nous reconnaîtrons le mieux ses principaux caractères.

Instinct des animaux. Ses caractères. — L'instinct des animaux présente lés caractères suivants :

1® Ignorance du but. — « Tel insecte herbivore à l'état.adulte va néanmoins déposer ses œufs sur la chair putréfiée, qui seule peut nourrir les larves de ses petits qu'il ne verra pas éclore. »

20 Perfection immédiate des actes instinctifs. — « L'animal réussit généralement du premier coup, sans tâtonnement et sans essais préalables. L'oiseau n'a pas besoin d'étudier pour faire son nid. Le carnassier n'hésite pas quand il se trouve pour la première fois en orésence de la proie que la nature lui destine, et parmi les herbes d'une prairie le ruminant va droit à celle qui lui convient. »

3** Infaillibilité. — « Pas un nid, pas une ruche, pas un terrier, pas une cal)ane ne sont insuffisants pour les besoins de l'animal. »

4® Immobilité. — « L'animal n'a rien appris pour pratiquer son art ; il le pratique sans hésiter et très bien, mais il ne se préoccupera pas d'y apporter des perfectionnements successifs. La nature pourvoit à tout. »

5« Spécialité. — « 11 y a des instincts, mais on ne peut dire qu'il existe un instinct. Tel oiseau n'est pas fait pour construire un nid, mais tel nid; chaque espèce d'araignée fait une toile d'une espèce particulière, et elle ne peut faire que celle-là. »

6® Enfin, uniformité. — « Toutes les actions sont uniforme» dans tous les individus d'une même espèce. Les abeilles du temps d'Aristote avaient leurs ruches comme celles d'aujour-

d'hui, et partout vous trouverez la même espèce, les mêmes mœurs, les mêmes habitudes , la même industrie *. »

Sans doute il ne faudrait pas voir dans les caractères précédents des lois absolues et inflexibles. L'expérience, en effet, nous apprend que l'instinct n'est pas étranger à une certaine variabilité, sous l'influence de certaines circonstances. Néanmoins ces lois générales restent vraies : en effet, ce n'est que dans de très faibles limites et dans des cas exceptionnels que l'instinct varie; d'ailleurs, si on y réfléchit, on verra qu'une certaine variation dans l'application est impliquée dans l'idée même de l'instinct; celui-ci, en effet, est une adaptation innée des habitudes de l'animal au milieu environnant; s'il ne pouvait se modifier en aucune manière, le moindre changement de milieu détruirait l'espèce. Il suffît, pour maintenir la vérité des caractères précédents, que ces variations n'aient lieu que dans des détails

très secondaires.

Division des instincts. — On a divisé les instincts en

trois classes :

I. Instincts relatifs à la conservation de l'individu : l* disposition à se nourrir de certaines substances déterminées; 2« moyens employés par les carnassiers pour s'assurer leur proie (toile de l'araignée, entonnoir du fourmi-lion, ruses des animaux); 30 instinct d'accumulation (provisions des écureuils, des fourmis) ; 4» instinct de construction (coque du ver à soie, terrier du lapin, huttes du castor, ruches des abeilles); 5« instinct de vêtement (la teigne du drap).

II. Instincts relatifs à la conservation de l'espèce : i« précautions pour la ponte des œufs (nécrophores, pampiles); 2« con-

struction des nids.

m. Instincts de société : 1« sociétés accidentelles (animaux voyageurs) ; 2« sociétés permanentes (abeilles, fourmis, castors). L'instinct cliez l'homme. —C'est surtoutchez lesanimaux et chez certains animaux que les phénomènes instinctifs se manifestent de la manière la plus étonnante; mais ils ne sont pas étrangers à l'organisation humaine, et quoique la vo-

1. Cette analyse des caractères de l'instinct et les textes cités sont envpruntés au livre de M. H. Joly : De l'Instinct, ch. m.

PSYCHOLOGIE THÉORIQUE

*ionté s'y mêle pour une beaucoup plus grande part que chei les animaux, on doit faire cependant la part de Tinslinct.

En général on appelle insUnctif tout ce qui se produit en nous spontanément et sans réllexion ; c'est par instinct que rhomme se retient lorsqu'il est sur le point de tomber : c'est par instinct qu'il trouve les mouvements dont se compose sa parole ; car, quoique l'exercice, l'habitude et la volonté y soient pour beaucoup, il restera toujours à faire la part de l'instinct dans le choix des mouvements appropriés à l'articulation des sons. Tous les hommes sont aussi étonnés que le Bourgeois gentilhomme, lorsqu'on leur apprend ce qu'ils font enprononçantla lettre u; on rapporte encore à l'instinct dans l'homme la succion de la mamelle chez les petits enfants, le rythme locomoteur, la concordance des mouvements des yeux, etc.

L'habitude. — Si certains mouvements compliqués sont naturellement coordonnés avant toute éducation et toute expérience, d'autres n'arrivent à se former que par les répétitions et par l'exercice: c'est ce qu'on nomme les habitudes.

Habitudes coa-porellcs. - - L'habitude a son rôle dans ioutes les opérations de notre âme aussi bien que dans les opérations du corps. Nous ne la considérons ici que dans les mouvements; c'est ce que l'on peut appeler les habiludes corporelles. De ce genre sont la marche^ la natation, la danse, l'écriture, V exécution musicale, enfin la j)rt?'o/e elle-même.

L^habitude a pour effet de produire en nous des coordinations de mouvements semblables à celles qui sont dues à l'instinct soit chez les animaux, soit chez l'homme. L'homme produit 4'abord avec effort, et en s'appliquant successivement à chaque acte en particulier; puis peu à peu l'effort diminue, le mouvement s'accomplit avec plus de facilité : il n'est plus nécessaire de faire pour chaque mouvement un acte spécial de volonté : les mouvementsse lient les uns aux autres, et s'appellent les uns les autres. 11 faut toujours à la vérité quelque effort pour commencer, pour retrouver le premier terme de la série; mais le premier terme donné, tous les autres suivent avec la m^me facihté que dans les mouvements instinctifs. Cette facilité finit même par dégénérer en une sorte de fatalité. Les habitudes, comme on sait, deviennent irrésistibles. C'est pour-

quoi elles jouent un si grand rôle en pédagogie et eu morale.

L'habitude a un double effet: d'une part elle crée de nouvelles associations de mouvements; de l'autre elie rompt les associations précédentes. C'est ainsi que dans l'étude du piano, par exemple, ou de tel autre instrument, on s'attache à rompre la tendamîe des^doigts à se mouvoir ensemble en même temps qu'on leur apprend, par l'étude du doigté à s'imposer des suites de mouvements tout à fait inhabituelles.

Contentons-nous de citer ici ces faits bien connus. Nous étudierons de plus près les lois de l'habitude en traitant de la volonté qui en est la principale source (leçon xvu).

Habitudes passives. — Quoique la volonté et l'effort personnel soient la principale source de nos habitudes, ils n'en sont pas la source unique, fcln effet, beaucoup d'habitudes nous sont imposées du dehors par la contrainte, et sont par conséquent passives à leur origine. C'est ainsi qu'on habitue les enfants a l'eau froide en les baignant tous les jours malgré leurs cris et leur résistance; on les habitue à dormir à certaines heures en les mettant dans leurs lits tous les jours à telle heure; on habitue leurs estomacs a toutes sortes d'aliments; c'est ainsi encore que les saltimbanques les dressent d'avance à tous les exercices qu'ils leur apprendront plus tard en leur pliant tous les membres, et même le corps dans tous les sens. Il y a donc des habitudes m^'camg'Me^ et purement extérieures, dont la cause est en dehors de nous, et qui ressemblent aux habitudes que l'art du jardinier imprime aux végétaux. Ce fait est d'une très haute importance en éducation. Car, quoique la vertu soit essentiellement un acte personnel et volontaire, il est sage cependa[it d eu iaciliter le plus possible l'exercice en plaçant l'âme et le corps dans les conditions les plus favorables et en détruisant le plus grand nombre d'obstacles. Il en restera toujours assez et même trop pour la volonté humaine.

if

Problèmes et exercices pratiques.

Histoire de l'activité physique. — Age de pierre, âge de bronze, âge de fer. Modes successifs d'alimentation : peuples

30 PSYCHOLOGIE THÉORIQUE

pêcheurs, chasseurs, pasteurs, agriculteurs. Invention des principaux arts. Rôle des outils, des machines, inventions mo

dernes.

Qualités diverses de l'activité physique. — La /brce, Vadresse, Vagilité. (Forge, horlogerie, exécution musicale).

Civilisation : transformation de la nature par l'activité de l'homme.

Histoire du travail. — Esclavage, servage. Le travail

lihre. Domesticité.

Arts du mouvement. — Gymnastique et danse. Manœuvre

militaire. De la mesure.

L'instinct. — Histoire de rinstinct dans Tahcille et la fourmi

(Huber et Réaumur).

LEÇON III

LA gIgNSIBILITÉ PHTSIQUB. -^

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