ET LES PASSIONS
«- LES APPtiITi
SOMMAIRE
La sensibilité physique est la farulté qu'a l'âme d'être affectée par les objets du dehors.
Émotions et sensations. — Les émotions sont les plaisirs ou 1rs douleurs causés par les objets du dehors. Les sensations sont le» diverses modifications correspondant aux qualités externes des corps (saveur, chaleur, lumière, etc.). Le plaisir est tçujours la suite du développement de l'activité : mais il a aussi pour condition V harmonie des fonctions.
Caractères du plaisir, intensité, durée» pureté, simplicité. — lA plaisir au point de vue moral : vrai on faux; noble ou honteux.
Aux plaisirs et aux douleurs s'ajoutent les tendances ou inclina* tlons, c'est-à-dire les mouvements de Tàme qui nous portent ver» les objets ou nous en éloignent. Léo tendances corporelles senties appi'tits; elles ont pour caractères ; 1« d'être accompagnées d'une sensation à la fois agréable et désagréable; 2o d'être périodiques.
Les passions sont les différents modes par lesquels passent no» inclinations suivant qu'elles sont satisfaites ou contrariées (amour, haine, désir, crainte, espérance, etc.), les circonstances, qui font vaner ces passions sont principalement : la présence ou 1 absence de l'objet, la facilité ou la difficulté d'atteindre le but.
Nous avons dit que le premier phénomène qui se manifeste da::s 3"ètre vivant aux yeux de l'observateur extérieur c'est le mauveiDent; mais le premier phénomène qui se manifeste pouxictTôvivantlui-môme, c'est la sensation. Se moMtîotret
if
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sentir^ telles sont les deux formes de la vîe, du moins de la vie animale, qui est chez Thomme la condition de la vie intelleccueile et morale.
Qu'esl-ce que sentir?
Sensatîonsjémotîons» — Lorsque le corps humain à l'état normal est soumis à l'action d'une cause extérieure (par exemple les rayons du soleil ou le retentissement de la foudre), ou même d'une cause intérieure (comme Taccumulation du sang dans une partie du corps), celte cause détermine dans les organes une certaine modification que Ton appelle une impression, et à la suite de cette impression, dont nous ignorons la nature, se produit en nous un état de conscience qui nous est immédiatement connu et que Ton appelle une sensation.
Or il y a deux choses à distinguer dans toute sensation : i» elle est agréable ou désagréable, elle nous cause du plaisir ou de a douleur ; 2*> elle est une impression distincte et spéciale, |ui nous apprend quelque chose sur les objets externes.
Daii- le premier cas, elle est affective; dans le second, elle est re} *'éscntatve.
Nou > appellerons émotions les sensations considérées au point de vue atfectif, c'est-à-dire comme plaisirs et douleurs, et nous réserverons le nom de sensations pour les phénomènes de représentation, tels que son, chaleur, lumière, etc.
Plaisir et douleur. — Il est inutile et impossible de définir le plaisir et la douleur. Inutile, car chacun entend assez le sens de ces mots ; impossible, car on ne peut tenter de les définir qu'à l'aide d'autres mot qui n'en sont que la répétition.
Cause du plaisir, exereiee de l'aetivité* — Sans Touloir définir le plaisir, on peut essayer d'en déterminer la cause. Cette cause est le développement de notre activité.
En etfel : i* Tout exercice d'activité est agréable pourvu qu'il ne soit pas disproportionné à nos forces ni imposé par une contraint'> extérieure. Dans ces deux cas, ce qui nous déplaît, ce n'est pas l'activité, c'est la ditiîculté ou la contrainte. Autrement tout homme aime à agir, c'est-à-dire à user de ses faculté;^. Seulement tous les hommes n'ont pas les mêmes facultés, Ol du moins ils ne les ont pas au môme degré ; de là la diver*
SENSIBILITÉ PHYSIQUC
site des goûts. Nous avons vu que le jeu lui-môme est un exercice d'activité (18).
2® Réciproquement, le plaisir développe l'activité. On fait mieux ce qu'on aime à faire. La gaieté entretient la santé : la joie est favorable au travail.
Deux espèces de plaisirs. — Quoique l'activité soit la principale cause du plaisir, elle n'est pas la seule. Il y en a une autre, à savoir : l'harmonie, l'accord, l'équilibre des fonctions. De là deux espèces de plaisirs : les uns qui consistent principalement dans un certain exercice de l'activité, soit des organes, soit de l'esprit, les autres dans la conservation d'un certain état d'accord et d'équilibre; les uns plus vifs, plus excitants, plus ardents, mais aussi plus passagers, les autres plus calmes, plus paisibles et plus durables. Les uns pourraient s'appeler plaisirs actifs, et les autres, par comparaison, olaisirs passifs. Ces deux sortes déplaisirs donnent lieu à deu ; sortes de bonheur : le bonheur de l'action et des passions, propre particulièrement à la jeunesse et aux âmes audacieuses, ardentes, intrépides, et le bonheur de la paix et de l'hanitude, propre à l'âge mûr et aux âmesdouces, simples, domestiques. De part et d'autre, cependant, c'est toujours l'activité de l'âme qui est la source du plaisir ; mais lorsque l'activité est abondante, simple, fraîche en quelque sorte, elle a besoin de dépenser rapidement et fréquemment son excès; lorsque l'activité est faible et moins riche, soit par nature, soit par Teffet de l'âge, elle s'économise et ne trouve plus de plaisir aue dans un exercice modéré.
Caractères du plaisir. — Ces caractères sont ou intrinsèques ou extrinsèques. Intrinsèques, lorsqu'on considère le plaisir en lui-môme; extrinsèques, lorsqu'on le considère par rapport à d'autres d'objets, par exemple le vrai et le bien.
Les caractères intrinsèques sont : ïintensité, la durée, la| pureté y et la simplicité ou complexité.
L'intensité du plaisir est son degré de vivacité. Ainsi le plaisir de la santé devient plus intense après une longue maladie. Peut-être pourrait-on môme distinguer deux sortes d'intensité : la plénitude et la vivacité. Certains plaisirs sont très vifs sans remplir la totalité de l'âme : tels sont les plaisirs des sens.
PSYCHOLOGIE THÉORIQUE
D'autres, au contraire, remplissent l'àme sans l'exciter. Tel est , pour une mère le plaisir de la présence continue d'un aimable enfant. — La durée du plaisir n'a pas besoin de définition. — La pureté du plaisir est l'absence de toute douleur. Le plaisir pur s'oppose au plaisir mélangé, celui dans lequel la douleur s'unit en une certaine proportion avec le plaisir. La simplicité des plaisirs est la qualité d'un plaisir qui ne s'unit pas avec d'autres : par exemple, la vue d'une belle couleur, l'audition d'un beau son; lorsqu'il y a plusieurs couleurs, comme dans un tableau, ou plusieurs sons, comme dans une mélodie, le plaisir est composé. Lorsque Ton unit plusieurs plaisirs de diverse nature, le plaisir devient complexe. Tel est le plaisir de l'opéra, où les yeux et les oreilles sont à la fois réjouis. Tel est encore un dîner d'amis, où le plaisir des sens est relevé par celui de la conversation et de l'affection, et celui-ci à son tour, on peut l'avouer, par le plaisir des sens.
Quant aux caractères extrinsèques du plaisir, ils se rapportent plutôt à la morale qu'à la psychologie. Disons seulement que l'on distingue des plaisirs vrais et des plaisirs faux, des plaisirs honnêtes et des plaisirs honteux. Mais ici nous entrons dans le domaine de la sensibilité morale.
Les tendances ou inclinations. — Nous avons étudié les deux faits primordiaux et élémentaires qui caractérisent toutes nos émotions : le plaisir et la douleur. Mais ces deux faits ne sont pas les seuls. Il y en a deux autres qui sont toujours tellement joints aux deux premiers qu'ils en sont pour ainsi dire inséparables, et c'est pourquoi on les réunit ^généralement ensemble sous la même faculté.
Ces deux nouveaux faits sont l'attraction et larépulsion^ suivant que nous sommes entraînés vers l'objet qui nous cause du plaisir ou repoussés par celui qui nous cause de la douleur.
Examinons ce qui se passe en nous quand nous sommes en présence d'un objet qui nous flatte.
Dans ce cas nous nous sentons, comme on dit, attirés vers l'objet; nous n'avons besoin d'aucun effort pour nous y porter : nous nous y portons de nous-mêmes; ou même nous sommes comme poussés par quelque chose qui nous entraîne. Enfin, les choses se passent tout comme si un ami nous prenait par la
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main, pour nous attirer doucement ou nous entraîner violemment vers cet objet. Et ce qui prouve qu'il y a en nous quelque chose de tout à fait semblable, c'est que si nous voulons, pour telle ou telle cause, éviter cet objet et en rechercher un autre plus utile ou plus honnête, nous sommes forcés de faire un effort, c'est-à-dire d'accomplir un acte plus ou moins difficile, exactement de la même manière que si quelqu'un avait voulu nous entraîner malgré nous ou nous ench^ner et que nous nous soyons révoltés contre lui, réussissant par notre effort à rompre la chaîne. Ce n'est donc pas une métaphore, c'est l'expression d'un fait immédiatement senti par nous, lorsque nous disons que nous sommes portés, attirés vers l'objet aimable, et réciproquement repoi/s^é^ par l'objet odieux, puisqu'il nous faut un effort pour nous mouvoir en sens inverse. C'est ce que nous appelons tendances ou inclinations de l'âme.
Division des inclinations. — Comme il y a deux sortes de sensibilité, Q y a deux sortes d'inclinations, les unes physiques, les autres morales: les unes sont les appétits, dont nous allons parler : les autres les sentiments, dont nous parlerons plus tard. (Leçon xu et suivantes.)
Les appétits ou inclinations corporelles.— Les premières tendances qui se manifestent en nous sont celles qui ont pour objet le bien-être corporel : on les appeUe des appétits ou des besoins.
Tous les appétits sont les manifestations d'un appétit fondamental qui est au fond de tout être vivant, et qui est l'instinct decorwerua^ionou amour de la vie. Cet instinct n'apourobjet ai le corps tout seul, ni l'âme toute seule, mais l'union de l'âme et du corps, qui est précisément ce que l'on appelle la vie. Ce n'est pas le corps tout seul : car qui tiendrait à son corps privé de sentiment? Qui se consolerait de la mort en pensant que son corps restera embaumé pendant plusieurs milliers d'années comme une momie d'Egypte? Qui consentirait à tomber en enfance, dans la pensée que l'on continuerait à vivre? Mais, d'un autre côté, ce n'est pas l'âme seule qui est l'objet de l'amour de la vie, car la foi à l'immortalité suffit à garantir l'existence de l'âme'; et cepeudant, sauf le cas où la foi religieuse fait un de. voir de sacrifier la rie, on ne voit pas que la plupart des hom-
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mes, même les plus croyants, soient plus indifférents que les autres à leur conservation.
Les principaux appétits sont : le besoin de nourriture (faim et soif), le besoin de repos ou de sommeil, le besoin d'aclivilé muS" culaire, etc.
Voici les caractères des appétits, suivant Reid :
i« Ils sont accompagnés d'une certaine sensation, plus ou moins désagréable, suivant Tintensité de la privation; habituellement et à rétat normal, cette sensation est une sorte d*inquiétude, qui est plutôt agréable que pénible.
2» Ils sont périodiques. Apaisés pour un temps par la possession de leurs objets, ils renaissent après des intervalles plus ou moins réguliers. Ce second caractère n'est pas absolument rigoureux.
On peut encore compter parmi les appétits les plaisirs des sens. L'amour des plaisirs n'est pas la même chose que l'instinct de conservation; Malebranche a distingué avec raison l'amour de Vêtre et l'amour du bien-être- Autre chose, en effet, est la faim et la soif, qui ont rapport à la conservation, autre chose les plaisirs du goût ou de Vodoi^at. Il en est de même de l'amour d'une température douce et chaude, des vêtements soyeux, d'une couche moelleuse, etc. ; tous ces goûts ont pour objet le plaisir, non ïutilité.
A l'instinct de conservation se rattache l'instinct de possession et d'accumulation^ qui donne naissance au fait de la propriété que nous étudierons de plus près dans la morale pratique. Les passions. — Dans l'usage ordinaire, le mot de passion exprime les mouvements violents et excessifs de l'âme qui l'emportent hors des bornes de la raison : les passions ne sont alors qu'un phénomène en quelque sorte pathologique; c'est en ce sens qu'il faut les proscrire et les combattre; mais les passions ainsi entendues ne sont que l'pxngération et l'abus des émotions naturelles et inévitables qui sont attachée» à nos inclinations : ce sont ces émotions naturelles que les philosophes appellent les passions.
Ainsi entendues, les passions sont les émotions par les» quelles passent les inclinations, suivant qu'elles sont satisfaites ou contrariées dans la poursuite de leurs objets»
SENSIBILITÉ PHYSIQUE
■Une même inclination peut passer par toutes les passions : une même passion peut être commune à toutes les mclmations. Par exemple, l'amour du pouvoir peut passer pai la crainte, l'espérance, le désir, la joie ; ce sont des passions ; et, réciproquement, telle de ces passions, par exemple, l'espérance ou la crainte, est commune à l'amour du pouvoir, à l'amour des richesses, à l'amour de la vie, etc.
Le fond commun de toutes nos tendances étant l'amour, on peut dire que les passions sont les modes ouïes formes de l'amour, et que les inclinations en sontles espèces. Les inclinations se diversiflent par leur objet (amour du pouvoir, amour des richesses, amour de» hommes). Les passions se diversifient par les circonstances qui facilitent ou entravent la satisfaction
des tendances. .
Nous rangeons les passions dans la sensibilité physique, non qu'elles soient exclusivement propres aux appétits corporels (car le sentiment lui-même passe par les mêmes passions), mais parce qu'elles ont une liaison manifeste avec le corps et quelles s'expriment énergiquement au dehors par le moyen du corps.
Les passions, étant les modes ou les formes de l'amour, ne sont autre chose que Yamour transformé. « Posez l'amour, dit Bossuet, vous verrez naître toutes les passions; ôtez l'amour, eUes disparaissent toutes. La haine qu'on a pour un objet ne vient que de l'amour qu'on a pour un autre. Je ne hais la maladie que parce que j'aime la santé. Je n'ai d'aversion pour quelqu'un que parce qu'il m'est un obstacle à posséder ce que
i'aime. » [Gonn. de Dieu, I, vi.)
. Les diverses passions. — De là deux sortes de passions, les unes qui se rapportent à l'amour, les autres à la haine suivant que l'objet est considéré comme bon ou mauvais. Après cette première distinction fondamentale, une autre circonstance non moins importante est celle de la présence ou de l'absence de l'objet, ou, pour mieux dire, de la possession et
delà privation.
L'amour en possession de son objet est ce qu on appeUe la foie ou le contentement. La joie se dislingue du plaisir ; le plaisir peut être un phénomène local et partiel, tandis que la joie 4i'applique à l'être tout entier; par exemple, un fruit agréable
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cause du plaisir, non de la joie ; mais le plaisir de revivre après une longue maladie sera de la joie. On pourrait dire aussi que le plaisir donne de la joie, ce qui prouve que lun n'est pas Tautre. ^Dans ce sens, le plaisir sera la satisfaction même de la passion, et la joie, la passion une fois satisfaite. Ainsi, faire une promenade est un plaisir, parce qu'elle donne de Texercice à nos membres ; et de cet exercice, s'il a été modéré et proportionné, résultera la joie. Les plaisirs modérés de la table, goûtés dam la mesure du besoin, donnent de la joie, s'ils ne sont pas contrebalancés par des causes de tristesse. Le contentement est une joie paisible et modérée qui s'exprime faiblement au dehors, mais qui, sauf le degré, a tous les caractères de la joie.
L'âme, en présence du bien, éprouve de la joie, et en présence du mal elle éprouve de la tristesse. La tristesse est àla douleur ce que la joie est au plaisir. Elle se définira donc comme la joie, mais en sens inverse; elle est, comme dit Spinoza, « le passage d'une perfection plus grande aune perfection moindre. » La tristesse se distingue de la douleur en ce que la tristesse n'est que dans l'âme, et l'enveloppe tout entière, tandis qu'il peut y avoir des douleurs locales et qui ont leur siège dans le corps. Personne ne dira qu'il est triste parce qu'il a mal au doigt ou à l'oreille ; mais un mal physique peut à la longue produire la tristesse. La tristesse est donc l'état général de l'âme privée du bien, ou subissant le mal présent.
Nous venons de voir ce qui se produit en présence de l'objet. Voyons ce que produit maintenant son absence ou sa privation. Ici la sensibilité n agit plus toute seule : il faut y joindre l'imagination. Car comment l'âme tendrait-elle vers le plaisir ou vers son objet si elle ne se le représentait d'une certaine manière?
L'amour de l'objet absent, représenté par l'imagination, est le désir. Le désir est un mélange de plaisir et de douleur. Il est accompagné ou précédé d'une certaine émotion plus ou moins pénible que Locke appelle « inquiétude» (imeasiness). Cette inquiétude, suivant Leibnitz, n'est pas tout à fait une douleur, mais plutôt une disposition ou préparation à la douleur.
C'est une sorte d'adresse de la nature, qui nous a donné des aiguillons du désir, des rudiments ou éléments de la douleur, si vous voulez, des demi-douleurs de sorte que cette continuelle victoire
sur ces demi-douleurs, ^^'on sent en suivant son désir, et satisfaisant en quelque sorte à cet appétit ou à cette démangeaison, nous donne une quantité de demi-plaisirs, dont la continuation et Vamas devient enfin un plaisir entier et véritable. {Nouveaux essais, liv. II, XXI, 35.)
Ainsi le désir, tant qu'il ne dégénère pas en besoin violent, ne nous donne que des demi- douleurs, qui sont plutôt des assaisonnements que des empêchements au plaisir : « Ce sont comme autant de ressorts qui tâchent de se débander et qui font agir notre machine. » D'ailleurs le désir en lui-même est déjà un plaisir, qui souvent est supérieur au .plaisir réel. « Je poursuis la jouissance, dit Faust, et dans la jouissance je regrette le désir. » C'est que les plaisirs d'imagination sont souvent supérieurs à ceux de la réalité.
Si maintenant nous considérons le mal comme absent, pourvu qu'il nous menace d'une manière quelconque, le mouvement de répulsion qu'il nous inspire s'appelle aversion. L'aversion est à la haine ce que le désir est à l'amour.
Amour, joiCy désir, dune part; haine, tristesse, aversion, de l'autre : telles sont les deux trilogies fondamentales, et de ces six passions primitives toutes les autres sont composées.
L'admiration est l'amour d'un objet considéré comme ayant quelque chose de rare et de grand. Le mépris est la haine d'un objet considéré comme bas et petit. L'espérance est l'amour et le désir d'un objet dont la possession nous laisse quelque doute. La crainte est la haine d'un objet dont la possession hous laisse quelque doute. Le désespoir est une tristesse qui provient de l'idée d'une chose future ou passée sur laquelle toute cause d'incertitude a disparu. L'envie est une haine qui dispose rhomme à s'attrister du bonheur d'autrui ou à se réjouir de son malheur. Le regret c'est la tristesse causée /ar la perte d'un objet. La colère est un désir, qui nous excite à faire du mal à celui que
nous haïssons.
Les passions, maladies de l'âme. — Telles sont nos principales passions considérées comme modifications naturelles de nos inclinations. Nous les étudierons plus loin dans la morale, en tant que, par leurs excès ou leur déviation, elles deviennent des vices ou des maladies du cœur humain.
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Problèmes et exercices pratiques.
De la sensibilité sans conscience. — Question de mot. Expériences de Claude Bernard sur la sensibilité des plantes (Cl. Bernard, Leçons sur les phénomènes de la vie, leçon vil). — Des anesthésiques.
Du plaisir. — Le plaisir n'est-il qu'une cessation de la douleur ?(Fr. Bouillier,Le plaisir et la douleur, ch. xn et xui.)
Le plaisir et la douleur sont relatifs et varient suivant les circonstances : nouveauté, uniformité, association; degrés de sensibilité ; manque de sensibilité (Louis Dumont, Théorie di la sensibilité y ch. ix).
De l'expression des passions. — La physionomie (Alb. Lemoine, La physionomie et la parole ; Gratiolet, De k
physionomie).
Des passions factices. L'amour du luxe, l'amour de:
narcotiques ; Famour du jeu, etc»
LEÇON ly
LES SENk.
SOMMAIRE
Les sens. - On appelle sensations les modifications spéciales ressenties par l'âme dans son rapport avec les corps et servant de fondement à la connaissance des objets extérieurs.
Deux sortes de sensations : les unes internes ou organiques^ ^ naissent des divers états du corps; les a.ntxes externes et qm nous
avertissent des qualités des objets. . ,^^^„t Aa
Orsanes des sens . ce sont des instruments qui servent de moyens de communication avec les objets extérieurs (les yeux, les oreilles, etc) ; les sens sont les fonctions exercées par le moi
J'^néeT^^st'rKnsa.lonen «.né,al. -Trois conditions ; 1. action de l'objet sur les organes ; 2» commumcation de cette action par le moyen des nerfs ; 3» transmission au cerveau.
Odora?etg«M. - Affinités entre ces deux sens. Essais de classH Sn des odeurs et des saveurs. Mécanisme spécial de l'odorat
L'oBic^- Mécanisme de l'audition. Sensations de l'ouïe : le son et sermodificaUons : 1» la qualité; 2' l'intensité; 3. le volume;
Lrv^sir-MéraSsmTS"^^ sensations de la vue : lumière
Lf r.!-"M^SS^.'sraUons du tact : température, cHatouillement, contact, pression, traction, poli et rude, potds.
Sensations subiecttves. - Sensations qm peuvent se prodmre enTaSênce des objets : bourdonnements d'oreille, pkosphenes.
La sensibilité physique ne nous donne pas seulement des plaisirs et des douleurs, c'est-à-dire des émotions; elle nous
PSYCHOLOGIE THEORIQUE
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fournît encore les premières données des notions que nous nous faisons sur les corps. Par les oreilles nous entendons les sons; par les yeux nous voyons des couleurs;, par le toucher nous sentons la chaleur, etc. On appelle proprement sensations les modifications ressenties par l'âme mise en contact avec les corps (20).
Il y a deux sortes de sensations : les unes internes^ qui naissent des divers états du corps, suivant qu'il est affecté de telle ou telle manière ; les autres externes, qui viennent du dehors et qui nous avertissent des qualités des corps.
Sensations org^aniqucs ou internes. — Voici •éniimération de ces sensations, d'après le psychologue Bain*:
i^ Sensations organiques des muscles : sensation de coupure ou de déchîmre, crampes et spasmes, sensation de fatigue, — 2® Sensations organiques des nerfs : fatigue nerveuse, différente de la fatigue musculaire, effets des stimulants. — 3« Sensations organiques de la circulation et de la nutrition : faim, soif, bien-être physique, nausées, dégoûts, etc. — 4« Sensations de la respiration, sensation de l'air pur; sw^ocaù'on. — 5« Sensations internes de chaleur et de froid, frisson. — 6<> Sensations électriques.
On remarquera que ces sensations, quoique liées à l'état des organes, et qui y sont plus ou moins localisées, ne nous apprennent rien sur Texistence de ces organes, ni sur la nature et le mode de leurs fonctions.
L'ensemble de toutes ces sensations, et de beaucoup d'autres infiniment petites qui murmurent en quelque sorte dans le dernier fond de nos organes, viennent se confondre dans une sensation générale, unique, qui accompagne toute notre existence,qui a des alternatives de force ou de faiblesse, de clarté et d'obscurité, qui s'affaiblit et qui s'évanouit presque dans le sommeil, qui dort dans l'enfant au berceau et s'endort dans le vieillard : c'est la sensation vitale; le sens général qui nous la donne, et qui enveloppe toutes les sensations organiques internes ou externes, a été appelé par Condillac sens fondamental (Traité des sensations, part. II, ch. i), et de nos jours sens vital^. Il est le senti-