‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 41 sur 115 · Genèse des facultés de l'àme · texte numérisé non relu

Genèse des facultés de l'àme

DÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS INTELLECTUELLES il»

matière non seulement infiniment délicate et précieuse, mais aux prédispositions de laquelle son intervention personnelle

doit s'adapter. ■ , •

Une autre vérité dûment acquise est celle qu une psychologie spéciale de lenfant impliquait par définition, à savoir que, quelles que soient ces prédispositions, ce ne sont que des prédispositions, et qu'il y a une diff'érence entre l'homme et l'enfant. Mais les observateurs de l'enfant ajoutent que cette différence va s'atténuant selon une loi variable et immuable tout à la fois, immuable quant au chemin qu'elle trace, variable quant à la rapidité avec laquelle il est parcouru. C'est ce que le savant que nous citions tout à l'heure, Preyer, conclut encore : « A la vérité, tel enfant se développe rapidement, tel autre lentement, l'on rencontre les différences individuelles les plus considérables même chez les enfants de mêmes parents : mais ces différences portent bien plus sur l'époque et le degré que sur l'ordre de succession et d'apparition des divers phénomènes du développement Et l'essence de ces derniers eux-mêmes est identique chez tous .. - Cela est vrai de deux manières : jios facultés se succèdent dans un certain ordre, et chaque faculté aussi a ses débuts obscurs, sa croissance et sa décadence dont l'heure sonne plus tôt pour celle-ci que pour celle-là, et qui commence pour la mémoire par exemple avant même que la raison ait atteint tout son développement. .

De la progression à suivre dans 1 enseignement. — Ces observations sont fécondes en conséquences

pratiques : ../.•'

L'oi-ire des différentes parties du programme est détermine par l'ordre de croissance de nos facultés. Et cet ordre est le même po,ar tous les esprits. On ne peut, sans danger pour l'hygiène d* fesprit, exercer trop tôt certaines facultés. Faire appel à la raison abstraite de l'enfant ou à son sens critique est un anachronisme. L'enfant, pour longtemps, est crédule. U ne contrôle pas, il ne produit pas, il reçoit. Les sciences ne seront donc pour lui que des sciences de mémoire. Nous sommes a l'âge des nomenclatures géographiques dont il faut d ailleurs se garder d'abuser. Nous sommes peut-être aussi à l'âge des fables. Nous ne sommes pas à celui des mathématiques. Nous

PSYCHOLOGIE APPLIQUEE

ne sommes pas à celui de la grammaire, qui doit être fort retardé selon Bain. Sommes-nous même à l'âge des livres? car, comme le remarque encore Bain \ « longtemps après qu'un enfant sait lire, il est encore incapable de beaucoup apprendre dans les livres. »

Non seulement il y a ainsi des exercices ou même des sciences appropriées à tel âge plutôt qu'à tel autre; mais une même chose sera enseignée différemment selon le degré d'avancement intellectuel de l'auditeur. Un pédagogue contemporain observe que « si les mères et les nourrices procédaient, pour apprendre à parler aux enfants, comme nous procédons plus lard pour leur enseigner la grammaire, qui est l'art d'apprendre à parler à ceux qui savent parler, l'espèce humaine y perdrait l'usage de la parole 2. » L'histoire, pour prendre un autre exemple, ne saurait être la même à tous les âges. Non qu'il faille donner aux enfants des idées fausses pour avoir ensuite la peine de les leur ôter. Mais la vérité historique est complexe et l'image ne s'en forme dans notre esprit que par une série d'additions et de retouches. Les plus petits ne peuvent des faits passés retenir que ce qu'ils retiendraient des mêmes faits s'ils en étaient les témoins, ce qui frappe l'imagination, ce qu'il y a de matériel et de pittoresque. Il s'agit donc tout d'abord d'illustrer de souvenirs ayant couleur et vie une trame très simple d'événements. Plus tard, on comblera les vides, on enchaînera les événements les uns aux autres, on cherchera les mobiles de ces actep humains dont les conséquences retentissent pendant des siècles- Plus tard encore on habituera les esprits à voir les chose? de plus haut, et à remonter aux causes dernières qui sont .<ioins les volontés humaines que les institutions, les mœurs, to^ites ces influences enfin auxquelles les hommes eux-mêmes ont obéi. En d'autres termes, il y a un âge où on peut lire Plutarque, mais non encore Tacite. Ou, pour parler d'événements et d'auteurs qui nous touchent de plus près, à un enfî^nt laborieux et intelligent on ferait apprendre l'histoire de la Révolution fran-

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