Chaumeil, Pédagogie psychologique, p
çaise dans les livres de Thiers avant de la lui faire apprendre
dans ceux de Taine.
Des méthodes bonnes surtout pour les enfants. — On pourrait étendre encore ces observations, et dire qu'il y a une méthodologie enfantine. Nous parlerons plus tard des méthodes, et il est certaine méthode dont nous ferons surtout ressortir les dangers, celle qui fait du plaisir de l'enfant une sorte de critérium, et qui ne veut instruire qu'en amusant. Disons dès maintenant qu'il faut que l'enfant fasse de bonne heure la distinction du travail et du jeu, et que supprimer l'efifort, et que supprimer la discipline serait supprimer le bénéfice le plus net de l'étude elle-même. Il n'y en a pas moins une période d'apprentissage pour le travail pendant laquelle il faut ne pas trop demander et savoir se contenter de peu. L'attrait de certams exercices offre alors une heureuse transition entre les jeux qui avaient leur fin en eux-mêmes et les premiers essais d'une activité utile et réglée. -^ Les leçons de choses qui seraient aussi une méthode contestable, si on prétendait les substituer a l'enseignement didactique, sont par excellence une méthode enfantine, et tirent un ingénieux parti de l'intérêt que l'enfant attache à ce qu'il voit, à ce qu'il touche, atout ce qui compose sa petite vie. Donc ménager les transitions et mesurer les exigences est la règle de la toute première éducation. Il faut craindre de tendre à l'excès des ressorts encore frêles. 11 faut être économe des forces de l'enfant plus qu'il ne le serait lui-même, et le maint«înir toujours au-dessus de son ouvrage, comme faisait le père de Pascal pour son fils. Car il est des intelligences ardentes qui se consumeraient en efforts disproportionnés, et mangeraient en herbe les moissons de l'avenir. Pour celles-là le maître doit être
un modérateur.
Mais la oeur d'un mal ne doit pas nous faire tomber dans un pire qui serait ici de respecter la paresse, sous prétexte de respecter la nalare. Ce n'est pas assez dire : il est des parents dont la sollicitude va jusqu'à enseigner à leurs fils à avoir peur de leur peine, au lieu d'éveiller leurs énergies, et de faire appel a leur honneur d'enfant. Dans l'ordre intellectuel, il faut craindre de même de ralentir outre mesure la marche des élèves. Rien ne fatigue comme de piétiner. Sans compter que la monotonie
PSYCHOLOGIE APPLIQUEE
d'exercices trop faciles finit par désapprendre Tefifort qui eût trouvé au contraire dans la joie d'aller de Tavant une excitation et une récompense. Il faut sans doute traiter l'enfant en enfant, mais de façon cependant à faire sortir un homme de cet enfant; et l'éducation a pour but d'élever celui à qui elle s'adresse, e'est-à-dire de l'aider à grandir, et d'aider à mûrir les facultés qui en feront un homme. L'enfant lui-même attend de ses maîtres ce secours, il a hâte de n'être plus enfant. Il serait le premier déçu si on manifestait pour sa faiblesse physique ou intellectuelle un excès d'égards. Tout consiste donc ici dans l'àpropos et la mesure. En matière d'éducation surtout, l'erreur est une vérité dont on abuse.
Solidarité des différentes facultés et des différents enseignements. — Ce serait de même abuser de ce que nous avons dit sur Tordre de croissance de nos différentes facultés que de les considérer comme étagées les unes au-dessus des autres, de telle sorte que Téducation jde chacune d'elles forme un tout à part et qu'il y ait ainsi plusieurs éducations au Heu d'une. Rousseau a poussé jusqu'à ce paradoxe sa distinction des âges et de la culture qui convient à chacun d'eux. « Chaque âge, écrit-il, chaque état de la vie a sa perfection convenable et une sorte de maturité qui lui est propre. Nous avons souvent ouï parler d'un homme fait : mais considérons un enfant fait. Ce spectacle sera plus nouveau pour nous, et ne sera peut être pas moins agréable. » Ce n'est pas un enfant fait que nous montre Rousseau, mais deux ou trois. C'est d'abord l'enfant auquel n^
conviennent que l'éducation physique et l'exercice des sens. Pais c'est le tour de l'enfant propre à l'éducation intellectuelle, puis de celui que l'éducation morale et religieuse viendra surp/endre comme un coup de théâtre. Rien de plus fantaisiste que ce découpage de l'âme, et rien de plus dangereux que cette fragmentation de l'éducation. Mieux valait peut-être se représenter l'âme comme achevée du premier coup que de la composer ainsi de pièces et de morceaux.
La vérité est que toutes nos facultés sont en germe dès l'origine et que leur développement à toutes, quoique inégal en rapidité, est solidaire. Toutes les formes de l'éducation se mêlent
bÉVELOPPEMENT DES FACULTÉS INTELLECTUELLES 223
et se pénètrent, quand l'éducation est bien entendue. Un exerce de mémoire ne doit jamais être exclusivement un exercice de mémoire. U faut comprendre avant d'apprendre, ne serait-ce Sue po™r mieux apprendre. Puis il faut n'apprendre que ce qui ; utTpeine d'êfre retenu, ce qui ajoute vraiment quelque close à l'esprit. Alors l'élève ne sera plus cette « machine à récTer » dont parle le P. Girard. L'instruction, même Imstruc- S^^ primaire, comporte en effet quelque chose de supérieur a eue à savoir une éducation. Une éducation intellectuelle tout d abord : c'est ainsi que, pour le P. Girard, létude de la langue était dit M. Gréard S « un instrument à l'aide duquel, en appre- Sa l'élève ce qui lui est indispensable de savoir .s app^^^-
quait à exercer son jugement Or. -"•;>"\'« .f .!!^^;i:^ f.
méthode est applicable à toutes les matières de l enseigne
"Tuons plus loin. Il n'est pas d'étude , ajoute le même M. Gréard'« qui ne se prête à la culture des senUments^ U^^^^ si aisé de ne donner à des élèves aucun exercice d orthographe au? n'ait pour objet le développement d'une idée saine. De Tême à is forte raison pour l'histoire et la geograP^^^^^^^^^^^ l'étude des causes et des effets joue "° ^^ J^f^^^^^'^ [^^
parmi les exercices P^P^ j/;;n^;;;L 1^^^^^^^^^^ . faut compter au premier rang 1 s ex^^^^^^^^^^ ^^ .^^
composition " "^e J f^^ V ^Lettent davantage à un rL'inïïigrtt s'^ar'er de^'esprit de l'enfant et de le port, tour a tour ^^^^^^ ZT^Z!^^
Xr^r^nfaunL-'lt. .. est Pa-t. ce ^'e^^^^^ une mémoire, ce n'est même pas un jugement q;/ Ja^U ««r à tâche de lormer, c'est toujours et par tous les mojens
'^"dcs trois cours de l'enseignement P"™»^';;^ ' 7
C'est la psychologie dont nous venons d'esquisser les grandes
I.Gréard, É</u,-a,!nu ,-l insh-uction, Enseignement primaire, p. ■i. M., p. 91-92.
lignes qui a inspiré la division de renseignement primaire en trois cours et la progression établie entre les programmes de ces trois cours. Mais nous ne pouvons mieux faire que de laisser ici la parole à l'homme qui a donné, dans les écoles de la Seine qu'il dirigeait alors, le modèle de cette organisation, à M. Gréard que nous venons déjà de citer tant de fois *.
L'enseignement primaire étant, avant tout, un enseignement des principes, et les principes ne pouvant être trop souvent reproduits pour pénétrer, il est nécessaire que l'enfant repasse incessamment sur les mêmes traces, c'est-à-dire que les développements des différents cours puissent s'étendre et les exercices d'application s'élever d'un degré à chaque cours, sans que le fond cesse d'être le même.
De là le caractère concentrique des trois grandes divisions de V Organisation pédagogique. Mais pour être fortement reliés entre eux et soudés à une base commune, chacun des cours n'en a pas moins son caractère distinct et sa vie propre.
Le cours élémentaire est un cours d'initiation. Il a été longtemps de règle que la première année de l'école devait être consacrée exclusivement à apprendre à lire.
Or nul doute que si, pendant cinquante ans, l'enseignement primaire n'a pas porté tous les fruits qu'on pouvait en attendre, c'est en partie au moins, parce qu'au lieu d'attirer l'enfant à la classe par la variété des leçons appropriées à son âge, on rebutait son attention parla monotonie d'un exercice unique et trop prolongé. Quoi de plus contraire à sa nature vive, mobile, curieuse, que de le tenir chaque jour et tout le jour attaché comme par une courte chaîne à Tétude de l'alphabet? Rien ne pouvait plus sûrement arrêter le progrès de la lecture elle-même.
Tel esprit qui paraissait fermé aux mystères de l'épellation s'JUvnra à l'attrait des leçons de choses, et, une fois la brèche ^ite, tout le reste passera.
Le but du cours moyen est de constituer le fonds des connaissances. Il s'agit de familiariser l'enfant avec l'usage de la langue et du calcul, d'établir dans son esprit la trame des faits générateurs de l'histoire nationale et les grandes lignes de la géographie physique, politique, industrielle, commerciale de la France et du monde civilisé, de le doter en un mot de cet ensemble de.notions positives sans lesquelles un homme se trouve aujourd'hui en dehors de l'humanité.
Avec le cours supérieur l'enseignement s'élève. L'âge est venu