‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 44 sur 115 · DE L'ÉDUCATION DES SENS · texte numérisé non relu

DE L'ÉDUCATION DES SENS

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Nos sens sont capables d'éducation. Mais comment diriger cette éducation? On peut dire qu'il y a une éducation physique, intellectuelle et morale de chaque sens comme de chaque enfant. De l'éducation physique de nos sens nous avons déjà parlé en traitant de l'hygiène. Leur éducation intellectuelle consiste à les approprier aux besoins de notre intelligence, c'est leur apprentissage.

La vue. — La vue est le sens intellectuel par excellence. Elle évalue les distances. Elle les évaluera mieux, si on l'y exerce. Et ce qu'on fera pour les distances, on le fera pour les hauteurs, pour les dimensions d'objets lointains. On fera par exemple deviner la longueur d'une ligne tracée au tableau, on la fera diviser à vue d'œil en deux parties égales, on fera juger du degré d'inclinaison d'une oblique. Puis on vérifiera. Mais qu'on ne se hâte pas trop de vérifier; et qu'on n^ait recours au mèlre ou au rapporteur que lorsque l'œil aura fait un véritable effort. Car nous avons dit qu'il y a une paresse des sens trop habitués à être secourus. Il faut au contraire les stimuler par toutes sortes de moyens. On instituera d'inoffensifs paris et des concours de coup d'œil entre les élèves. Puis les jeux seront, comme souvent, un apprentissage tout trouvé. En lançant le volant ou la balle molle, l'enfant exerce son œil comme sa main. — L œil, avant d'être le sens des dimensions et des distances, est le sens de la lumière et des couleurs. Or la confusion des couleurs, à plus forte raison des nuances, est chose plus fréquente qu'on ne croit. Rendre ici l'œil plus subtil sera déjà rendre le goût plus délicat. Enfin il est des illusions classiques causées par Téloignement des objets, contre lesquelles il faut de bonne heure mettre l'œil en garde, celle de la tour carrée qui paraît ronde, celle d'une route droite qui semble se dresser en hauteur, celle de deux rangées d'arbres que l'on dirait se rejoindre,... etc.

Si, parmi les procédés d'éducation de lœil, nous n'avons point encore parlé du dessin, c'est qu'il les résume tous, nous entendons le dessin d'après nature. Bien dessiner c'est d'abord bien voir.

Èj ouïe. — L'éducation de l'ouïe consiste avant tout à ne pas assourdir les enfants par des bruits ou des cris qui seraient en mé!me temps pour eux d'un mauvais exemple. Car il y a une

constante réciprocité entre l'éducation de l'ouïe et celle de la voix. Les habituer au contraire aux intonations qu'on veut qu'ils reproduisent. Les habituer aussi à associer un bruit avec l'idée de l'objet d'où il provient, afin que l'ouïe devienne vraiment un sens indicateur et protecteur. Les habituer à reconnaître la direction et la distance d'un son. Une cloche qui sonne, un tambour qui bat au loin en fournissent l'occasion. Accroître la portée de l'oreille en y intéressant au besoin l'amour-propre : par exemple on suggère à l enfant l'idée de suivre aussi longtemps que possible la dégradation progressive d'un son qui s'éloigne de lui ou dont il s'éloigne, que ce soit le son de la cloche ou du tambour de tout à Theure, ou, plus simplement, le tic tac d'une pendule ou d'une montre. Entendre lui est naturel. Il faut qu'il apprenne à écouter.

La musique est à l'ouïe ce que le dessin est à la vue : une école de précision, et, c'est le cas de le dire, de justesse. Mais il n'y a pas musique seulement quand l'on chante ; il y a aussi une musique de la parole. On dit juste, ou on dit faux, tout comme on chante juste ou faux. La lecture et la récitation bien entendues formeront à la fois l'oreille et la voix.

L'ouïe et la vue sont appelées les sens intellectuels. Du goût et de l'odorat nous dirons peu de chose. Non qu'ils ne soient capables de délicatesses presque esthétiques. Mais celles-là dépassent l'enfance pendant laquelle ces sens ne sont guère pour l'éducateur que des ennemis. Tout au plus doit-il enseigner à apprécier et à distinguer le parfum des fleurs dans un jardin, et cela en évitant tout raffinement et toute sensualité.

Le toucher. — Le toucher est le plus modeste de nos sens. Toujours prêt à porter assistance aux autres sens, sitôt qu'on n'a plus besoin de lui, il se laisse oublier, et il faut avoir fait de la philosophie pour savoir tout ce qu'on lui doit. Observez le petit enfant, et vous verrez qu'il ne connaît bien que ce qu d a touché. Ses petites mains vont à la découverte de son propre corps, puis du monde extérieur. La résistance, les formes, les distances sont des perceptions du toucher. Mais la vue, plus rapide dans ses opérations, arrive vite à le suppléer. Des ombres, la dégradation des couleurs lui deviennent des indices du relief et des distances. On appelle ces perceptions indirectes et

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par associations d'idées des perceptions acquises. Mais, s'il y a doute, c'est au toucher qu'on demande aussitôt de contrôler le jugement par à peu près de l'œil. Lui seul juge en dernier ressort. C'est lui aussi, nous l'avons dit, qui reprenant ses fonctions, ou même empiétant à son tour sur les autres sens, s'ingénie à rendre aux sourds et aux aveugles les perceptions qui-

leur manquent.

C'est le moins spécial peut-être, et partant le plus éducable de nos sens. Aussi importe-t-il de maintenir en état cet instrument toujours disponible. Pour éviter le concours trop empressé de la vue, et qui empêcherait le toucher de peiner, bandez les yeux des enfants, et faites-leur reconnaître à tâton& les objets usuels. Faites-les jouer à colin-maillard, s'ils n'y jouaient d'eux-mêmes. Ce jeu de tous les temps et de tous les pays, et dont l'universalité tient comme à un instinct, semble fait justement pour expérimenter les ressources de notre toucher. Donnez encore à l'enfant l'habitude de se diriger dans l'obscurité, la nuit. Son intuition de la direction et des distances, son courage aussi y gagneront.

De la main. — L'organe dé toucher est la main. On l'a définie « un compas à cinq branches. » C'est, dit Maine de Biran S « le premier des instruments d'analyse. En vertu de leur mobilité, les doigts se replient, s'ajustent sur le solide, l'embrassent dans plusieurs points à la fois, parcourent successivement chacune de ses faces, glissent avec légèreté sur les arêtes, et suivent toutes leurs directions. » Grâce à la précision de ces explorations, notre connaissance du monde extérieur devient plus vraie, et un philosophe grec, Anaxagore, a pu dire : « L'homme pense parce qu'il a une main. » Entretenir la délicatesse de cet organe par la propreté d'abord, par l'exercice ensuite, est donc un vrai devoir intellectuel.

Mais ce n'est pas là toute l'éducation de la main. En même temps qu'un organe de perception tactile, elle est un outil. Les travaux manuels de tout ordre, depuis ceux de l'école maternelle jusqu'à ceux de l'école professionnelle, ont pour but de perfectionner cet outil. De l'adresse des doigts bien sot et bien puni

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