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Encres, édit. Cousin, I. p

DE l'Éducation des sens

tôt ou tard qui ferait fi. Car c'est une vraie servitude que d'avoir à emprunter des mains étrangères pour la moindre besogne» Ajoutez que la main de l'homme est aux organes analogues des autres animaux, même les plus industrieux, ce que l'intelligence humaine est à l'instinct. Elle n'est destinée par sa structure à aucun usage déterminé. Elle est apte à tout genre de travail. A ce titre encore, elle est donc pour l'homme une cause et une marque de supériorité.

L'art d'observer. — Nous venons de considérer nos sen& un à un. Ce point de vue séparatiste serait faux si nous n'avions d'ailleurs appelé l'attention sur l'assistance mutuelle que les sen& se prêtent, et sur ce mode de perceptions qu'on appelle les perceptions acquises. L'éducateur prendra même garde de développer un sens aux dépens d'un autre, et d'exagérer encore par la culture les tendances souvent innées d'un sens à absorber toute la vie intellectuelle. On divise quelquefois les hommes en visuels et auditifs, suivant la prédominance chez eux des représentations visuelles ou des représentations auditives. Mais le parfait équilibre consiste à n'être ni visuel ni auditif, ou à l'être également. L'éducation des sens ne doit pas viser au tour de force. Elle doit être impartiale entre les différents sens, les habituer à concourir à une môme perception, à s'entr'aider, à se contrôler. Elle ne doit pas oublier enfin qu'elle a son but en dehors d'elle, et que ce n'est pas tel sens en définitive qu'il faut perfectionner autant que l'esprit.

Aussi bien, outre ce que nous avons dit qu'elle est, l'éducation des sens sera l'éducation de la faculté d'observation. Il importe d'habituer l'enfant à voir, c'est-à-dire, écrit M. Gréard, « à saisir les aspects, les figures, les ressemblances, les différences, les rapports des choses. » Pour cela on lui mettra peu d'objets, un seul objet à la fois sous les yeux. On l'exercera à tirer d'une sensation tout ce qu elle renferme d'intellectuel en quelque sorte, au lieu qu'il se serait contenté d'une vue rapide et d'une image fugitive. Mais il ne faut pas que ces leçons d'observations aient rien de formaliste et de routinier. Il ne faut pas par exemple que l'élève ait, sur un objet donné, un certain nombre d'observations à faire, toujours les mêmes. La mémoire et le mécanisme se chargeraient bientôt de toute la besogne.

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232 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE

Pour les mêmes raisons, nous n'emploierions qu exceptionnellement, et comme des jouets, les instruments pédagogiques inventés par une admirable institutrice, Mme Pape-Carpantier, la toupie spectrale, combinée pour renseignement des couleurs qu'elle montre dans l'ordre du prisme, puis permet de séparer, de comparer et de mélanger, et le pohjphone qui essaye de donner aux enfants une notion des différents bruits de la nature Nous pensons que la nature est ici la seule vraie éducatrice, et qu'il faut supprimer plutôt que multiplier les intermédiaires entre elle et l'esprit deVenfant. L'éducation des sens a pour but en effet de solliciter l'activité de l'enfant, de l'inviter à la découverte; et elle préfère parfois les découvertes enfantines à la science toute faite des livres et des instruments. Ainsi entendue, elle est vraiment intellectuelle.

L'éducation des sens et l'éducation morale. —

Nous avons dit qu'il y avait aussi une éducation morale des sens. €e constant appel à l'activité de l'esprit justifierait déjà cette expression. Bien des conseils dé détail, que nous avons donnés, la justifieraient encore, tellement tout se mêle dans l'éducation, et tellement le souci d'une âme à former prime et pénètre tous les autres. Nous n'allons point, comme Mme Pape-Carpanlier, jusqu'à trouver à la ligne droite et à la ligne courbe un sens moral, la première représentant l'absolu et l'idéal, la seconde la vie pratique et ses compromissions. Car cela est du symbolisme et de la subtilité. Mais l'influence des premières impressions est telle sur une sensibilité neuve que leur régularité et leur modération peut se communiquer au caractère, tandis que les secousses de nos sens retentissent dans l'âme entière, et sont pour elle une cause de trouble. Un philosophe anglais de notre siècle. St. Mill, a pu noter sur lui-même l'effet produit par les dimensions et l'architecture des appartements où il vivait; il lui semblait que sa pensée s'élargissait avec sa vue. Puis les sens sont causes de plaisirs et de souffrances, et par là donnent prise encore à l'éducation morale qui peut avoir à nous détourner des uns, à nous habituer aux autres, et qui, dans tous les cas, imprime à notre façon de sentir son premier pli. — Dirons-nous enfin que Kîertains spectacles et surtout certains sons, une musique mélodieuse, ou plus simplement une voix douce, calment nos chagrins,

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