DE L'ÉDUCATION DES SENS
nos colères, ainsi qu'une caresse, que d'autres impressions au contraire ont quelque chose d'irritant, et qu'il y a ainsi entre les personnes ou entre les personnes et les choses un premier courant de sympathie dont nos différents sens sont les conducteurs *. Qu il s'agisse pour l'enfant d'inspirer ou de subir cette sympathie, elle impose au maître une surveillance d'un nouveau genre, en même temps qu'elle lui fournit mille subtiles ressources.
Histoire de l'éducation des sens. — L'éducation des sens a été longtemps négligée. Du moins les pédagogues s'en occupaient peu. Mais la pédagogie contemporaine nous fait assister à une véritable revanche des sens. Des théoriciens comme Rousseau, des hommes de bien comme Gochin avaient eu l'intuition des procédés spéciaux à l'éducation de la première enfance. Mais ils ne s'implantèrent chez nous que quand ils nous vinrent de l'étranger avec l'autorité des noms de Pestalozzi et de Frœbel. Ils ont constitué la méthode de nos salles d'asile, puis de nos écoles maternelles. Là ils sont tout à fait à leur place. Là en effet il ne peut s'agir que de suivre, parfois de stimuler la curiosité naturelle de l'enfant, et c'est avec des objets qu'il a, ou que, sans en avoir l'air, on lui met sous la main, qu'il faut indirectement l'instruire. — Mais c'est une autre question de savoir si cette méthode doit être continuée plus tard, et dans quelle mesure.
Certains prétendent que cette revanche des sens dont nous parlions doit surtout être une revanche de l'œil. On s'est trop longtemps adressé à l'oreille par la parole. Or, écrit Horace Mann, « on peut décupler les résultats de l'enseignement, en ayant recours à l'œil plutôt qu'à l'oreille. La supériorité de la vue sur les autres sens, en rapidité, en précision, en pénétration, est presque infinie. Un seul coup d'œil révèle parfois à l'esprit ce que des volumes et des mois d'étude ne lui feraient pas acquérir
1. C'est dans le même ordre d'idées que Sully Prudhommc écrit : « Nous savons que des perceptions de tout genre, visuelles, auditives, olfactives, etc., sont expressives, c'est-à-dire qu'elles ont quelque chose de commun avec les affections morales (le langage tout entier en témoigne), et qu'elles les éveillent en nous par leurs qualités agréables ou désagréables. » {Berne des Deux Mondes, 15 octobre 1890, p. 769.) »
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234 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE
d'une manière aussi vivante. Se servir de Toreille quand on peut employer les yeux, c'est aussi insensé que le serait le procédé des oiseaux, si, dans leurs migrations, ils voulaient marcher au lieu de voler. » De là les procédés connus sous les noms d'enseignement intuitif y à' emeignement par Vaspect, de leçons de choses. Ces procédés ont si victorieusement conquis leur place dans nos méthodes qu'il y a plutôt à craindre aujourd'hui qu'ils ne deviennent à leur tour envahissants. Ce n'est plus d'éducation des sens qu'il s'agit ici, mais d'éducation par les sens, de préférence aux livres et à la parole du maître. Nous reviendrons sur ce sujet *•