Éducation 2H'of//'essive, VI
fond c'est-à-dire par la nature des pensées dont ils subiront de même la contagion. Ils seront, grâce à une prodigieuse faculté d'adaptation de tout notre être à l'att.tude qu .1 prend et au langage quil tient, ils seront pour un instant les auteurs même dont ils récitent les paroles, et nous n'estimons pas que ce soit un petit bienfait pour eux que cette communion, même passagère, avec les plus grandes âmes.
Rapports des souvenirs entre eux. — Mais, pour bien apprendre, il faut comprendre, et ici nous allons retrouver le rôle du jugement. Car, si la mémoire fournit les données indispensables à l'exercice du jugement, le jugement est le meilleur auxiliaire de la mémoire et l'emporte sur tous les procédés mnémotechniques. - On appelle ainsi des moyens artificiels de fixer un souvenir. Par exemple, d.t le Pédagogue écossais Blackie, « l'élève peut se rappeler qu Abydos est situé sur la rive asiatique de l'Hellespont, s'il se rappelle seulement que les deux mots Abydos et Asie commencent 1 un et l autre par la lettre A. « Sans condamner absolument de pareils proiédés (car il faut souvent en éducation faire flèche de tout bois), nous craindrons le plus souvent de compliquer le souvenir sous prétexte de l'aider, et nous craindrons aussi d entretenir dans l'esprit de l'enfant l'habitude des associations arbitraires et factices. - Mieux d'ailleurs que tous les rapports
artificiels, les rapports réels, que le i-f"^'-\f'''''ZTAe les idées, en consolident le souvenir. Le meilleur moyen de retenir des dates est d'en saisir l'enchaînement historique le meilleur moyen de retenir une loi scientifique est d en posséder pleinement la démonstration.
Même dans une page de prose, même dans un morceau de poésie, il y a quelque chose à comprendre, partant a expliquer. Un bon maître explique en effet la leçon qu'il donne, en analyse les idées, en expose le plan, déduit la raison des beautés qu elle renferme. Et quand cela est fait, et bien fait, la leçon est a moitié sue. Et on a transformé en exercice éminemment actit et intelligent celui qui passe pour le plus mécanique de tous
Toutefois, comme on abuse des meilleures méthodes, prévenons ici l'abus qui consisterait, pour ne rien confier à la mémoire qu'on n'ait expliqué, à donner des explications qui la surchar-
244 PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE
géraient sans profit, par exemple des étymologies de noms propres et même de noms communs, ou une histoire de la langue en raccourci à propos de chaque locution et de chaque règle grammaticale.
11 faut que le lien qui tient unis nos souvenirs ne leur soit pas extérieur et ne soit pas un souvenir supplémentaire en quelque sorte. Mais il faut que ce lien existe. Nous nous souvenons mal d'une lecture faite en passant, et dont l'objet ne rentre pas dans le cadre de nos études ordinaires. Au contraire un souvenir, <iui a des similaires dans notre esprit, va se classer de lui-même où ses affinités l'appellent. Là est la raison d'une apparente singularité de notre mémoire que signale Mme Necker de Saussure : « Ceux qui se sont appliqués aux sciences de nomenclature ont pu s'apercevoir que les cinq premiers noms des objets divers s'apprennent avec beaucoup de peine, et qu'ensuite on en relient indéfiniment de nouveaux sans difficulté *. » \]n pédagogue contemporain, M. Bréai, remarque à son tour que ceux-là apprennent le plus facilement une langue étrangère qui sont conduits à apprendre d'abord dans cette langue le vocabulaire d'un métier ou d'une industrie quelconque. Ces mots, formant ensemble comme un système, résistent mieux à l'oubli, et les autres souvenirs, gravitant autour de ce système, sont comme retenus par son attraction dans l'orbite de la mémoire. — Voilà pourquoi aussi la meilleure façon d'apprendre est d'enseigner, ce qui est une vérité d'expérience. Celui qui enseigne, condamné à mettre de l'ordre entre ses souvenirs, les fixe par là même. — Voilà pourquoi enfin les idées générales, les lois qui résument les expériences et les faits, loin de les faire oublier, les forment en faisceau indissoluble, et soulagent la mémoire sans l'appauvrir.
En résumé, s'il s'agit d'un seul souvenir, c'est notre attention ^ui lui prêle vie; s'il s'agit de plusieurs souvenirs, c'est l'ordre que l'esprit met entre eux qui les maintient. Ce qu'il y a de vivace dans le souvenir vient de nous dans l'un et l'autre cas. Et c'est ce qui a fait dire à un philosophe que nous ne nous -souvenons que de nous-mêmes.