Éducation progressive, VI
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LEÇON YI
CULTURE DE LIMAGINATIO'-
SOMMAIRE
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Des fables. - Discussion de ropinion de Rou.seau. Des exercices de composition.
De l'éducation esthétique.
L'imagination enfantine. - .^-''^f^inalion «st la
faculté defenfants comme des poètes. Ils ont "«": f^««" J^"^
d'écouler, même de voir. Us personnifient tous les objet , et créen
de petites mythologies à leur usage. Leur «tat mental est cela»
des peuples enfants. Le sens du réel n'est pas affermi chez eux.
Peut-être même quelques-uns de leurs mensonges ont-Us la
leur excuse. Ils établissent entre les objets des analogies é ranges,
et c'est le plus sérieusement du monde qu'ils avancent les pires
drôleries, jusqu'à ce que nos sourires les aient avertis, e que
notre ad;n;raUon leur ait enseigné la vanité. Leurs rêves, faits de
PSYCHOLOGIE APPLIQUEE
CULTURE DE L'IMAGINATION
fictions extravagantes, souvent tragiques, à en juger par le phé nomène assez fréquent des peurs nocturnes, sont des rêves à la seconde puissance, puisque leur pensée éveillée ressemble déjà à un rêve. Dans le jeu, 1 imagination enfantine construit et détruit tour à tour, expérimente des combinaisons variées, faisant œuvre tantôt de création, tantôt d'analyse. Mais on a toujours admiré la puissance d'illusion de l'enfant qui veut vraiment s'amuser. Une chaise renve rsée lui représente un char, un balai un fusil, et il est même remarquable qu'il semble aimer d'autant mieux les jouets qui laissent plus à faire à son imagination. « Les joujoux qu'il invente, dit Mme Necker de Saussure, sont ceux qui l'amusent le plus. » Aussi est-il presque toujours imprudent de se mêler aux jeux des tout petits enfants et de prétendre les régler. On en rompt le charme, en supprimant, quoi qu'on fasse, la spontanéité capricieuse qui les inspirait.
De rimag'ination représentative. — L'imagination est un pouvoir de forme multiple, et cela chez l'enfant comme chez l'adulte. Car on lui attribue nos rêves les plus humbles comme les inventions de l'artiste et du savant. Tout au moins faut-il distinguer deux degrés de l'imagination : l'imagination reproductrice ou représentative, et l'imagination créatrice ou constructive.
La première n'est qu'une forme, la moins abstraite, de la mémoire, c'est la mémoire des yeux, des images. C'est la faculté d'évoquer, les yeux fermés, le spectacle que nous admirions les yeux ouverts. C'est la faculté de voir, dans un mot, l'image vivante dont il est le signe. Grâce à cette faculté, le passé ne s'éteint pas pour nous; grâce à elle aussi, notre langage se colore et s'anime, et notre pensée vit d'autre chose que d'abstractions et de symboles. Sans doute c'est par une sorte de progrès que nous passons de la mémoire de l'image à la mémoire de l'idée» Mais encore faut-il que ce progrès n'ait pas desséché l'imagination. L'éducation des sens et en particulier l'éducation de la vue, en nous apprenant à regarder, et en accentuant par là les images, accroîtra du même coup leur tendance à renaître.
Mais il est possible de stimuler directement cette faculté d'imaginer en exerçant l'enfant à décrire de tête l'objet qui l'a frappé et en l'empêchant, surtout à l'âge où il commence à penser
abstraitement, de se contenter toujours de souvenirs vagues et morts. L'enseignement historique ne peut se passer de l'imagination représentative. Car Thistoire bien entendue est une résurrection, elle doit nous faire voir le passé. Les costumes, les monuments, les armes d'autrefois, les figures des grands hommes^ font partie de l'histoire. C'est pourquoi des images dans les livres d'histoire populaire viennent à propos au secours de la description verbale. Ce sont les leçons de choses en histoire. Et réciproquement un pareil enseignement est une culture excellente pour cette faculté représentative à laquelle il s'adresse sans
cesse .
De rassocîatîon des idées. — L'imagination du second degré ou imagination créatrice ne crée rien, à proprement parler; elle combine des souvenirs et des fragments de souvenirs, elle fait du neuf avec du vieux. Dans sa manière d'être la plus commune, elle se confond avec ce que les psychologues appellent l'association des idées.
La psychologie contemporaine a amplement démontré en effet que nos idées ne se succèdent pas au hasard, qu'il y a entre elles des rapports de conséquent à antécédent, tout comme dans le monde physique, et que des lois gouvernent nos rêveries les plus désordonnées.
Entre toutes les classifications que l'on a données de ces lois,, il en est une qui importe particulièrement à la pédagogie, celle qui divise les rapports selon lesquels nous associons nos idées^ en rapports naturels et rapports artificiels. Les rapports naturels sont les rapports de cause à effet, de moyen à fin, et autres de même nature. Les rapports artificiels sont les rapports de consonance entre les mots qui expriment les idées, de ressem« blance, de contiguïté accidentelle entre les objets de ces idées. Or le tour de notre esprit dépend de la prédominance de fune ou de l'autre espèce d'associations. Sans doute l'esprit .le plus logique ne remonte pas du matin au soir la série des effets et des causes, et fesprit le plus futile a ses accès de raison. Ils n'en ont pas moins fun et l'autre des habitudes dominantes, et qui viennent du premier âge. Aussi importe-t-il de surveiller, parfois de rectifier ces premières associations enfantines. La chose est moins difficile quand, la complexité de l'esprit étant moindre,
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