Sens et intelligence (I, ch. ii, I
2. Sur le sens vital, voy. le travail d'Albert Lemoine : apologie des sens
HàfM et le corpê^
LES SENS 43
ment immédiat de notre corps. Il est le fond et la base matérielle de toute notre vie.
Sensations externes. — Les sensations externes se distinguent des précédentes par deux caractères : l» ellesse rapportent au monde extérieur, tandis que les autres ne se rapportent qu'à l'état de notre propre corps; 2^ elles ont lieu par le moyen de certains appareils spéciaux (les yeux, les oreilles, le nez, etc.), liés au système nerveux, mais qui s'en distinguent, tandis que les autres n'ont pas d'organes propres autres que le système nerveux en général.
Organes des sens. — On appelle organes des sens les instruments dont nous venons de parler, et on appelle sens externes les fonctions de ces organes.
Il faut distinguer les sens et les organes des sens. Les organes sont des instruments matériels que l'on peut voir et toucher, et que l'anatomie dissèque. Les sens sont des fonctions, <5e sont les modes d'action de la sensibilité s'exerçant par certains organes déterminés. Les organes des sens font partie do corps, les sens font partie du moi, c'est-à-dire de l'âme.
Les cinq sens. — On distingue généralement cinq sens: le goût, l'odorat, l'ouïe, la vue et le toucher.
Mécanisme delà sensation. — Quoique la sensation soit un phénomène essentiellement psychologique, puisque nous en avons conscience, elle n'a lieu cependant qu'à de certaines conditions physiques et physiologiques, qui peuvent se ramener à trois principales :
!• Les objets extérieurs agissent soit immédiatement (tact, goût), soit par l'intermédiaire d'un milieu (odorat, ouïe, vue) sur les organes des sens. Absence d'organe, absence de sensa-
tion. . T. X- *
2» L'action exercée sur les extrémités des nerfs qui aboutissent
aux organes se transmet dans tout le parcours des nerfs qui font communiquer les organes avec le cerveau. En effet toute lésion des nerfs interrompt ou altère la sensation.
30 L'action se communique aux centres, soit à l'encéphale, soit à la moelle, qui la transmet elle-même à l'encéphale. En effet les lésions des centres peuvent empêcher la sensation^ malgré Tétat sain des nerfs ou des organes.
PSYCHOLOGIE THÉORIQUE
Telles sont les conditions communes à toutes les sensations : nous indiquerons pour chaque sens le mécanisme particulier qui lui appartient.
Odorat et g^oût. — Ces deux sens sont inséparables. Leurs sensations sont de même nature et elles se lient étroitement entre elles.
Mécanisme de l'odorat. — Les odeurs sont dues en partie à des particules matérielles émanant des substances odorantes et transportées par Tair jusqu'à Forgane sensitif. On remarquera que l'inspiration de Tair est indispensable à Faction de Todoral.
Mécanisme du goût. — Le goût n*a besoin que du simple contact des aliments avec la muqueuse buccale, mais à la condition de leur dissolution par la sécrétion salivaire. Il est probable que Todorat, aussi bien que le goût, est dû à une combinaison chimique qui se fait entre les particules odorantes et sapides et les particules de nos organes.
Sensations de l'odorat. — Les sensations de ce genre s'appellent des odeurs.
On a essayé de classer les odeurs. Voici la classification de Linné. Il distingue sept espèces d'odeurs :
10 Les odeurs aromatiques (telles que celles d'œillet ou de feuilles de laurier) ; 2» les odeurs flagrantes (par exemple le lis, le safran^ le jasmin) ; S® les odeurs ambrosiaques (celles de Tambre, du musc) ; 4» les alliacées (ail, assa fœtida, etc.) ; 5» les odeurs fétides (telles que celles du bouc, de la valériane) ; 6» les odeurs repoussantes, vireuses (comme celles de l'œillet dinde et des solanées) ; 7o enfin les odeurs nauséeuses (telles que celles des concombres et des eucurbitacées).
Outre les odeurs proprement dites, l'organe de l'odorat est le siège de sensations très différentes les unes des autres et qu'il est important de distinguer : i® des sensations tactiles générales, comme celles de l'air froid qui traverse le nez et glace les muqueuses nasales ; 2® la sensation de chatouillement, par exemple, si on y introduit les barbes d'une plume ; 3® les sensations complexes, comme celle du tabac qui, indépendamment de l'odeur, produit sur la membrane une impression piquante qu'elle ne produit pas sur les autres parties de l'organisation (Gerdy, Des sensations et de l'intelligence^ p. 74),
LES SENS
Sensations du goût. - Les sensations propres au sens du goût s'appellent saveurs. , ,
On a essayé de classer les saveurs comme les odeurs ; mais il est difficile de ramener à des types distincts des sensations dont les nuances sont infinies et qui sont aussi nombreuses que
les différents objets.
On signalera surtout les sensations douces (le sucre, le lait), amures (la quinine, la gentiane), acides (le vinaigre) ardenfe. aes liqueurs fortes), etc.; mais ces distinctions sont très insuffisantes pour exprimer le nombre considérable de saveurs que peuvent produire les différents aliments ou boissons.
1 o siège du sens du goût est le palais et la langue; mais, de même que pour l'odorat, il faut bien distinguer les sensations ' de saveur des autres sensations purement tactiles dont ces mêmes organes sont susceptibles; un morceau de cristal de roche mis sur la langue est senti comme un corps dur et froid, sans sapidité. La distinction entre les sensations tactiles et le sensations gustatives n'est pas toujours facile à faire; par exemple, les alcools, qui brûlent la langue, agissent à la fois sur le goût et sur le toucher.
L'ouïe. Mécanisme de Paudition. — Le son , comme nous l'apprend laphysique, est un mouvement vibratoire des corps sonores transmis à l'oreille par un miheu élastique nui est l'air, sans l'intermédiaire duquel les sons ne se produiraient pas. Les ondes sonores arrivent jusqu'à la membrane du tympan, les unes directement, les autres après avoir ete réfléchies parla conque; d'autres frappent les cartilages du pavillon et les os du crâne qui les transmettent aux parois du conduit auditif De la membrane du tympan les vibrations sont transmises par la caisse du tympan et par la chaîne des osselets, iusqu au liquide qui remplit l'oreille interne et aux membranes du nerf acoustique, lequel à son tour transmet les vibrations
iusqu'au cerveau.
Sensatîoi^* de l'ouïe. - La sensaUon propre aux
sens de Touïe s'appelle le son.
On peut distinguer dans le son différents points de vue: lola qualité ; 2» l'intensité; 3- le volume; 4» la tonalité ; 5« le
timbre.
PSYCHOLOGIE THEORIQUE
LES SENS
!• Sou8 le rapport de la qualité y les sons peuvent être rfowx, riches, moelleux, purs ou rfw7'5, âpres, criards, etc. Ces différences correspondent à celles que nous avons signalées dans les saveurs OH dans les odeurs. — 2® Sous le rapport de Vintensité, les sons sont forts ou faibles: un tintement de cloches près de l'oreille, une décharge de mousqueterie, sont des exemples de sons intenses. — 3® Le volume se distingue de l'intensité. II tient à l'étendue de la masse sonore. Le bruit de la mer, les clameurs d'une multitude, un grand nombre d'instruments semblables jouant à l'unisson sont des exemples du volume du son. — 4® Par tonalité ou par hauteur du son, on entend Vacuité ou la gravité. On sait que la différence du grave et de Taigu, différence qui ne peut être définie, mais que tout le monde sent, est le principe de la musique ; cette différence ne se confond nullement avec celle de l'intensité ou du volume, car un son musical restera le même, soit qu'on en augmente l'intensité par la pédale ou le volume par la multiplication des instruments. On ne peut donner d'autre idée de la hauteur du son qu'en disant que c'est une qualité qui correspond à un plus ou moins grand nombre de vibrations dans un temps donné : le son devient plus grave à mesure que le nombre des vibrations diminue, et plus aigu à mesure qu'il augmente. — 5® Le timbre est la différence de «ons, d'ailleurs semblables, qui proviennent d'instruments différents. Un violon, une flûte, un piano, la voix humaine, peuvent produire la même note, mais avec un timbre différent ^.
Telles sont les principales différences que Ton peut distinguer dans le son, et que l'ouïe livrée à elle seule est capable de sentir.
Quant à la distance ei à la direction du son, c'est une question de savoir si roreille peut toute seule, et sans le secours de l'œil ou de la main, nous faire connaître ces qualités 2.
La visicn. mécanisme de la vision. — Le mécanisme de la vision est très simple, si on se souvient des principes de l'optique relatifs au pouvoir réfringent des lentilles.
« Soit un corps placé à une distance de Tœil d'environ vingt mètres : il part de chaque point de cet objet un certain nom* bre de rayons divergents qui viennent tomber sur la cornée transparente : de ces rayons quelques-uns pénètrent dans l'œil. Au passage de l'air dans la cornée et dans l'humeur aqueuse, ces rayons, de divergents qu'ils étaient d'abord, deviennent
1. A. Bain, Des sens et de l'intelligence t part. I, ch. i, 5.