ATTENTION, GÉNÉRALISATION, JUGEMENT, RAISONNEMENT
SOMMAIRE
De l'attention dan<*i la première enfance.
L'éducation de l'attention. — Attention artificielle et attention naturelle. Comment on transforme celle-ci en celle-là (citation de M. Ribot). Qu'il faut ménager l'attention.
La physionomie de l'enfant attentif. — L'attention et le mouvement. Comment réveiller l'attention.
L'éducation par l'attention. — Les sauvages. Les fous. Les enfants. L'attention et nos différentes facultés. L'attention et la
vie morale.
Des premières généralisations. — Le langage enfantin.
De la formation des idées. — Méthode à^ suivre : comment il faut grouper les exemples concrels et contrôler les abstractions. Du rôle des mots et des définitions.
De l'abstraction dans l'enseignement. — Plaisir de l'abstraction.
Du Jugement. — Différents sens de ce mot. Importance de la pédago.^ie du jugement. Des défauts du jugement chez les
enfants.
Culture du Jugement à la maison et a l'école. Juste milieu à
garder entre la servilité du jugement et l'impertinence. La règle
de Descartes.
I^u raisonnement. — Qualités d'esprit qu'il requiert. Des sophis-
mes de sentiment. De l'abus du raisonnement. Faut-il raisonner avec les enfants?
LES FACULTÉS DE RÉFLEXION
De Tattention dépend tout le travail réfléchi de Tesprit qu'il nous reste à étudier. Aussi est-ce par l'attention que nous commencerons cette étude.
De Fattention dans la première enfance. —
L'enfant n'est pas naturellement attentif. Tous les objets flottent devant lui enveloppés d'un léger brouillard. Il passe de l'un à l'autre avec une rapidité dont nous ne pouvons plus, à nos âges, nous faire une idée. La mobilité de son humeur n'a point ellemême d'autre cause. Puis tous ces objets à peine vus forment dans son souvenir un tout indistinct. « L'univers, dit Mme Necker de Saussure *, est d'une seule pièce pour le petit enfant et pour l'animal. Il s'agit de tout détacher et de tout isoler au moyen d'une attention concentrée. » Ces premières attentions de l'enfant mettent dans son esprit les premiers points fixes autour desquels idées et émotions viendront s'agglutiner. Même plus tard faire attention à un objet, c'est lui donner droit d'entrée dans sa pensée. Maie nous n'en sommes point à craindre des attentions mal placées. L'essentiel, pour le moment, est d'apprendre à faire attention. Car là est le pont aux ânes de l'éducation.
L'éducation de Fattention. — H y a une attention naturelle et une attention artificielle, la première se confondant avec l'intensité même de la sensation, la seconde étant le libre choix fait par la pensée de son objet. Ces deux attentions sont aux deux extrémités opposées de la vie de l'esprit. L'attention artificielle n'en a pas moins sa condition et son point de départ dans l'attention naturelle, de telle sorte que la faculté qui, entre toutes, nous affranchit de la vie sensible, lui est d'abord soumise. Comme le dit M. Ravaisson en son beau langage, « en toutes choses, la nécessité de la nature est la chaîne sur laquelle trame la liberté. » Nous serions en effet incapables à l'origine de faire attention à ce qui n'a pas pour nos sens quelque intérêt, dans l'acception la plus large du mot. La vivacité de l'impression, le plaisir ou la douleur qu'elle nous cause sont les premiers stimulants de fattention.
Comment l'éducation transformera-t-elle cette attention invo-