‹ Cours de psychologie et de morale [microform]Chapitre 52 sur 115 · Éducation progressive, V · texte numérisé non relu

Éducation progressive, V

PSYCHOLOGIE APPLIQUEE

LES FACULTÉS DE RÉFLEXlON

lontaire en attention volontaire? Nous laissons ici la parole à un éminent psychologue contemporain, M. Ribot :

Un enfant refuse d'apprendre à lire ; il est incapable de tenir son esprit fixé sur des lettres sans attrait pour lui, mais il contemple avec avidité les images contenues dans un livre. « Que représentent ces images? » Le père répond : « Quand tu sauras lire, le livre te rapprendra. » Après plusieurs colloques de ce genre, Tenfant se résigne, se met d'abord mollement à la tâche, puis s'habitue et finalement montre une ardeur qui a besoin d'être modérée. Voilà un cas de genèse de l'attention volontaire. 11 a fallu grefl'er sur un désir naturel et direct un désir artificiel et indirect. La lecture est une opération qui n'a pas d'attrait immédiat, mais elle a un attrait comme moyen, un attrait d'emprunt; cela suffît; l'enfant est pris dans un rouage, le premier pas est fait....

Sans prétendre énumérer les divers mobiles que l'artifice met en jeu pour faire naître et consolider l'attention volontaire, c'est-à-dire, encore une fois, pour donner au but à atteindre une puissance d'action qu'il n'a pas naturellement, je note dans la formation de l'attention volontaire trois périodes chronologiques.

Dans la première, l'éducateur n'a d'action que sur les sentiments simples : il use de la crainte sous toutes ses formes, des tendances égoïstes, de l'attrait des récompenses, des émotions tendres et sympathiques, de cette curiosité innée qui est comme l'appétit de l'intelligence et qui se rencontre chez tous à quelque degré, si faible

qu'il soit.

Dans la deuxième période, l'attention artificielle est suscitée et maintenue par des sentiments de formation secondaire : l'amourpropre, l'émulation, l'ambition , l'intérêt au sens pratique , le devoir, etc.

La troisième période est celle d'organisation : l'attention est suscitée et maintenue par l'habitude. L'écolier dans sa salle d'étude, l'ouvrier dans son usine, l'employé dans son bureau, le marchand derrière son comptoir souhaiteraient le plus souvent d'être ailleurs; mais l'amour-propre, l'ambition, l'intérêt ont créé par répétition un entraînement durable. L'attention acquise est devenue une seconde nature; l'œuvre de l'art est consommée.

La pédagogie de l'attention est tout entière comprise dans la psychologie qui vient d'en être faite. 11 faut procéder par degrés, et ne demander aux enfants que la dose d'attention, et nous dirions presque la qualité d'attention dont ils sont capables. L'attention pure, qui n'a plus besoin de secours extérieurs, mais se suffit à elle-même, suppose une discipline de tout l'esprit, et une maîtrise de la volonté qui sont en partie Tœuvre du

temps. Une attention trop tôt docile semblerait même dénoter une sorte de pauvreté dans les impressions des sens impuissantes à la détourner. L'attention enfantine ne sera donc, pour longtemps, qu'une attention de la première ou de la seconde période. Il faudra en faire le siège et user de subterfuges. Il n'y aura attention que lorsque d'une façon quelconque il y aura attrait. Hàtons-nous d'ajouter qu'il ne faut pas se contenter trop facilement de cette attention par contre-coup, mais faire Tattrait de plus en plus lointain jusqu'à ce qu'on arrive à s'en passer tout à fait.

L'attention, disions-nous, doit aussi être dosée. Nous lisons dans un livre d'hygiène * : « Horace Grant a établi que, au delà de cinq à six minutes pour les enfants jeunes, et de trente à quarante-cinq minutes pour les grands écoliers, l'attention est fatiguée, et Teffort intellectuel fait défaut. »

Enfin, pour ne pas fatiguer Tattention, il ne faut pas la disperser. Une seule chose à la fois, voilà la règle. C'est une faute égale de tendre Tesprit trop longtemps sur le même objet, ou de le tendre sur plusieurs à la fois. Faire attention à plusieurs choses équivaut d'ailleurs à ne faire attention à aucune. Voilà pourquoi les leçons des maîtres doivent être composées de façon à laisser une impression simple. En pareille matière Tabondance de bien nuit. — La variété n'en est pas moins un élément indispensable de toute bonne méthode. Quand même un enfant manifesterait pour un objet ou pour une étude cette prédilection instinctive qui est sa manière à lui d'être attentif, ce ne serait pas une raison pour abuser de cette indication précieuse : « L'empressement à tirer parti d'un goût est souvent cause que nous le tuons ^. » L'enfant a beau aimer un exercice, il aime encore plus le changement d'exercice, et s'il ne faut pas lui faire faire plusieurs choses à la fois, il ne faut pas non plus lui faire faire toujours la même chose. — Ajoutons là encore qu'il y a loin de cette attention mobile, qu'on ne maintient qu'en voyageant avec elle, à l'attention véritable, à celle du savant, par exemple, dont le génie n'est souvent qu'une

Page 1