Éducation et hérédité, p
2. Fragment cité dans la jRevue pédagogique^ février 1890, p. liô.
de la sécheresse. Un pédagogue italien, Edmondo de Amicis, a tiré de cette observation psychologique une véritable méthode. Dans un livre qu'il a fait pour les enfants revient comme un refrain ce conseil du père à son fils : « Pense à tant de pères et de mères qui se sont consumés de privations pour élever leurs enfants; pense à tant de maîtres et de maîtresses qui sont morts des fatigues de l'enseignement; pense, etc. » Il lui semble donc que ces pensées sera cesse évoquées dans l'esprit de l'enfant entreront dans son cœur. L'attention ne crée pas seulement des idées, elle crée des sentiments. — Et il arrive que ces idées et ces sentiments s'installant en maîtres dans la vie entière, lui communiquent cette élégance que donnent l'unité et l'hacmonie. Qu'est-ce qu'une grande vie? a-t-on dit, — une pensée de la jeunesse réalisée dans l'âge mûr. Ce qu'on appelle le caractère n'est aussi qu'une attention opiniâtre aux mêmes principes qui deviennent un centre de ralliement pour toutes nos opinions et une règle immuable pour notre conduite.
Des premières généralisations. — Mais reprenons la vie de l'esprit par son commencement. Sans un minimum d'attention, nous n'aurions pas une idée. L'abstraction et la généralisation, ces deux faces d'une même opération de l'esprit, ne sont elles-mêmes en effet que des formes particulières de l'attention, l'attention portée sur des caractères isolés et sur des ressem-^ blances. Quand ces caractères sont saillants et aussi ces ressemblances, l'abstraction et la généralisation se font toutes seules.. Il y a ainsi certaines idées générales dont les animaux sont capables. Le chien d'un quartier élégant aboie contre les gensmisérablement vêtus qu'il rencontre, et qui, ne ressemblant ni à son maître, ni aux amis de son maître, ne ressemblent pas autype de l'homme qui s'est fait en lui. Mais la différence entre l'animal et l'enfant est ici que l'enfant découvre des ressemblances que l'animal n'eût pas soupçonnées. Là est le don. humain par excellence, dit M. Taine. L'enfant qu'il observe « a vu d'abord un petit chien noir qui appartient à la maison et qui aboie souvent, c'est à propos de lui qu'elle a pour la première fois appris le mot oua-oua. Elle Ta très vite appliqué et avec très peu d'aide aux chiens de toute taille et de toute espèce qu'elle a vus dans la rue, puis, chose plus remarquable, aux chiens de
PSYCHOLOGIE APPLIQUÉE
faïence bronzée qui sont auprès de l'escalier. Bien mieux, avanthier, voyant un chevreau d'un mois qui bêlait, elle a dit oua-oua^ le nommant d'après le chien qui est la forme la plus voisine, et non d'après le cheval qui est trop grand ou d'après le chat qui a une tout autre allure ** »
L'audace des généralisations de l'enfant tient souvent à la pauvreté de son vocabulaire, heureuse pauvreté qui le force à trouver des analogies, et, en un sens, à réfléchir. M. Gompayré ^ le compare ingénieusement à un homme qui, n'ayant pas beaucoup de vaisselle, mangerait tous ses mets dans la même assiette. Les Romains firent comme les enfants lorsque, voyant pour la première fois des éléphants, ils les appelèrent bœufs de Lucanie. « De même les tribus sauvages qui n'avaient jamais vu de chevaux appelaient les chevaux gros cochons ^. » Le langage, apportant des mots nouveaux pour les idées nouvelles, leur donnera plus de précision et de fixité, et corrigera ces erreurs provisoires. Les premiers sons articulés de l'enfant, qui expriment tant de choses, rendent bien, pour le moment, ce qu'il y a d'indéterminé dans sa pensée.
De la formation des idées. — Mais, à l'école, on ne se contenterait pas de ces idées par à peu près. On procédera donc avec plus de méthode que dans ces abstractions spontanées. 11 y a bien des façons de solliciter l'attention de l'enfant et de la tourner du côté que l'on veut. 11 est bien entendu d'abord qu'on commencera par lui présenter des objets particuliers. L'abstrait suppose avant lui le concret. Mais ces objets ne doivent pas être mis là au hasard. Il n'en faut d'abord ni trop ni trop peu. Le nombre des exemples qui est nécessaire dépend du caractère de l'idée générale. « Pour une forme simple, pour la pesanteur, la fluidité, la transparence, un très petit nombre d'exemples suffit; pour l'idée de métal, de plante, d'arbre, d'oiseau, d'aliment, de force, de sociélé, il en faut un assez grand nombre *. » Puis il faut choisir ces exemples. Bain demande